Ouverture du procès des pirates somaliens agresseurs du "Ponant"

Les accusés, âgé de 25 à 50 ans, se sont présentés comme pêcheurs, chauffeur de taxi, comptable d'une société de pêche et ouvrier dans le bâtiment
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"Le procès de six Somaliens accusés d'avoir attaqué le voilier de croisière "Le Ponant" le 4 avril 2008 dans le golfe d'Aden s'est ouvert mardi devant la cour d'assises de Paris", explique le site du Nouvel Observateur. Les pirates présumés avaient libéré les 30 membres de l'équipage du "Ponant" après avoir obtenu une rançon de 2,15 millions de dollars le 11 avril 2008.

Incompréhension des deux côtés...

Face à notre colère, les Somaliens, eux, ne sont-ils pas en droit de se demander pourquoi l'Europe continue de piller l'Afrique ? La Somalie est certes un Eldorado de la friture depuis belle lurette: « De très nombreux navires étrangers ont profité de la faillite de l'Etat en 1991, pour venir piller impunément les ressources poissonneuses somaliennes » explique Sylvain Touati de l'Institut français des relations internationales, l'Ifri.

Les premiers pirates n'étaient donc pas Somaliens !

Pour pallier la déroute des autorités qui ne pouvaient plus les protéger, les humbles pêcheurs somaliens se sont improvisés garde-côtes. « Improvisés » ! Peut-on leur reprocher une absence d'éthique, une dérive ? De garde-côtes improvisés en 1991 au terme employé aujourd'hui de « pirates », ce sont cependant les mêmes hommes qui ont évolué, sans doute mal, face à des concurrents étrangers qui ont eux aussi évolué... mais en sens inverse : du statut de « pirates », ils ont, eux, su négocier pour continuer d'appauvrir l'océan, mais désormais en toute légalité. Ce type de mécanisme, écologiquement destructeur et humainement barbare, n'est-il pas tout aussi condamnable que la piraterie ? Posons-nous au moins la question.

« Nous semblons ignorer que notre prospérité repose sur le pillage des ressources du continent africain et d'autres continents pauvres. Car la Somalie n'est pas l'unique exemple: par le biais de l'achat de licences de pêche, les pêcheurs européens épuisent les ressources halieutiques marocaines, poussant les pêcheurs marocains à la misère » (Clément Wittmann).

Le poisson africain a-t-il meilleur goût que le nôtre ?

Le 1er juin 2006 entrait en vigueur un accord signé avec le Maroc, autorisant 119 bateaux de pêche européens (95 espagnols, 14 portugais et 10 français) à racler les fonds marocains en échange d'une somme de 144 millions versée par l'Union européenne au Maroc. Depuis, d'El Jadida à Agadir, des milliers de pêcheurs « artisanaux » rentrent bredouilles, impuissants face à la pêche industrielle : leurs concurrents, ou devrait-on dire leurs adversaires, sont, eux, équipés de sonars et autres instruments pour traquer les bancs de poissons.

Combattre les inégalités pour vaincre la misère

Ne devons-nous pas nous engager le plus rapidement possible sur les voies d'une réflexion refusant la dictature des marchés et des contraintes économiques ? Dans un de ses derniers ouvrages, Yves Paccalet, philosophe et naturaliste nous rappelle que « deux à trois pour cent des hommes possèdent la moitié des richesses de la planète. » Les cent plus grandes fortunes ont plus d'argent que tous les pays d'Afrique noire réunis... Au XXe siècle le capitalisme a multiplié par dix l'inégalité entre les hommes. On recense sur le globe un milliard de riches (habitants de l'Amérique du Nord, de l'Europe, du Japon et les privilégiés des pays émergents). Et cinq milliards et demi de pauvres. Paccalet s'interroge : « Le grand possédant a-t-il mille ou un million de fois plus de valeur que l'indigent ? Mille ou un million de fois plus d'aptitudes ? D'énergie ? De créativité ? De génie ? Un seul homo sapiens peut il en égaler des légions d'autres ? Du point de vue biologique, écologique, sociologique, moral ou philosophique c'est indéfendable. Insultant. Ignoble. Hitlérien. Mais c'est notre façon de penser. Nous incarnons jusqu'à l'absurde une espèce hiérarchique. » Hitlériens encore, ces gouvernements, en mesure de trouver 3 000 milliards de dollars pour sauver les banques alors qu'ils ne parviennent pas à débloquer 30 milliards pour régler le dramatique problème de la faim.

Pourquoi piller ailleurs des ressources déjà largement présentes dans notre propre pays ?

Pour s'en aller pêcher si loin, il doit y avoir une raison : rapporter PLUS. Pourquoi la quête du profit qui motive les Européens ne pourrait-elle pas motiver les Africains ? De fil en aiguille (depuis 1991, ils ont eu le temps d'y songer !), les pêcheurs devenus garde-côtes puis pirates ont réalisé que le poisson par lui-même n'est plus aussi motivant qu'à l'époque. Avec plus de 100 millions d'euros extorqués depuis le début de l'année 2009, la piraterie est devenue une activité des plus florissantes, beaucoup plus motivante que la pêche.Souhaitons que les pêcheurs européens n'adoptent pas le même discours !

Le poisson se mord la queue

Du fait de cette pêche intensive, le poisson, en Somalie, se raréfie et les prix montent de façon insupportable pour une population déjà très pauvre. "Il n'y a plus, en Somalie, que les pirates qui peuvent s'acheter du poisson" expliquait un autochtone fin janvier 2010 sur France 5 (émission "Somalie, la saison des pirates"). "Sans compter, ajoutait-il , que ces navires étrangers rejettent dans nos eaux territoriales des déchets toxiques".

Tous végétariens !

Le Livre vert sur la réforme de la politique commune de la pêche (PCP) rendu le 22 avril 2009 visait entre autres à préparer la gestion de la pêche après 2013. La Commission européenne y reconnaît l'échec de la PCP des années 1990 et 2000 et invite tous les acteurs concernés à présenter leurs analyses et propositions. La Commission a ouvert en avril 2009 une vaste consultation sur l'avenir de la politique commune de la pêche européenne. Elle sera close le 31 décembre 2009. Une synthèse des contributions sera faite par la Commission début 2010, avant présentation d'un projet de règlement au Parlement et au Conseil début 2011, qui pourrait être appliqué avant le 1er janvier 2013. En attendant, on continue d'aller pêcher au large de l'Afrique... avec de plus en plus de gens armés à bord ? De quoi en inciter plus d'un à devenir végétarien !

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