Peter Dogett: un livre sur Bob Dylan au concept astucieux

«100 Chansons de légende, Photographies, Histoires, Partitions»... Mine de rien, la sélection n'était pas facile à opérer avec un tel artiste

Bob Dylan en 100 chansons, cent partitions et cent photos, c’est le pari tenté, osé et réussi par l’auteur Peter Dogett. Un exercice de style, un exercice difficile mais dont les lecteurs lui sauront gré. Et n’en déplaise aux inconditionnels qui encensent le moindre enregistrement du «Zim» (diminutif de son véritable patronyme, Zimmerman), force est de constater que toutes ses plus grandes chansons ont été écrites au début.

70 bougies !

Bob Dylan est né en 1941. Vingt ans plus tard, il a déjà composé la plupart des chefs-d’œuvre qui font le faire connaître mondialement ; de 1961 à 1966 il vit à cent à l’heure. Puis un (vrai ou faux ?) accident de moto l’oblige à faire un trait sur les excès des dernières années. En 1967, l’homme a changé… mais son public continue de le suivre. Aujourd’hui, ses fans connaissent plus ou moins bien 300, 400 voire 500 chansons du Maître. S’il fallait n’en retenir qu’une poignée, la sélection serait impossible… ou impitoyable, la lutte acharnée entre les défenseurs de tel ou tel titre: « Blowin’ in the wind » -mais n’est-elle pas trop rabâchée, aujourd’hui ?- « I want you », « Just like a woman », « Like a rolling stone ». Heureusement, Peter Dogett a pris le parti d’en sélectionner cent. Cent, à condition de pouvoir les agrémenter, pour chacune, de photos rares d’époque, des partitions et des souvenirs de l’auteur. Une sorte de descente dans la vie privée d’un artiste discret.

«Blowin’ In The Wind» et «A Hard Rain’s A-Gonna Fall»

Pourquoi donc celles-ci lui ont-elles apporté une renommée internationale, alors que ses précédentes chansons avaient été accueillies dans la plus profonde indifférence ? A cela, une explication évidente : avant « Blowin’ In The Wind », Dylan n’avait publié qu’un seul album, et les treize chansons qui y figuraient n’avaient pas le caractère universel que revêt « Blowin’ »... En gros, ce premier recueil évoquait Woody Guthrie, New York, une autoroute américaine (Highway 51) et toutes sortes d’autres questions temporelles que se pose principalement le peuple américain. Avec ce premier album, Dylan ne pouvait prétendre au titre de porte-parole de la jeunesse d’après-guerre. Tandis qu’avec «Blowin’ In The Wind» et « A Hard Rain’s A-Gonna Fall », son discours devenait planétaire : tout le monde craignait la guerre atomique, détestait les fabricants d’armement, les jeunes du monde entier rêvaient d’amour, de liberté et d’amitié. Plus encore, chacun se posait des questions... auxquelles personne ne pouvait répondre, si ce n’est à travers un hypothétique… murmure du vent ! Il est caractéristique que la chanson « Blowin’ In The Wind » est strictement composée de questions (on ne peut, en effet, considérer comme une affirmation la seule phrase qui ne se termine pas par un point d’interrogation: “La réponse est soufflée par le vent”).

« Masters Of War »

Cette chanson contient toute la haine qu’on peut avoir pour les marchands d’armes : «Et j’irai à votre enterrement, et je suivrai votre corbillard, pour être sûr que vous êtes vraiment morts».

« The Mighty Quinn »

Après la réussite, en 1966, de leurs reprises de "If you gotta go, go now" et de “Just like a woman”, le groupe anglais Manfred Mann publie une chanson jusqu’alors inédite, enregistrée en maquette par Dylan accompagné par le groupe The Band (ces chansons sortiront dans les années 70 sous le titre générique « Basement tapes » qui signifie « enregistrements réalisés dans la cave »). Ce « Mighty Quinn », qu’on appelle également « Quinn the Eskimo » sera n°1 au hit-parade anglais au printemps 1968.

« Knocking on heaven's door »

Ce n'était, à l'origine, qu'une modeste musique de film, celle du western "Pat Garrett and Billy the Kid", de Sam Peckinpah. Elle avait sans doute pour but d'apporter une dose d'apaisement dans un film particulièrement violent pour l'époque. Mais par la magie de Bob Dylan (qui, d'ailleurs, y tient le rôle, énigmatique, d'un personnage secondaire nommé Alias), la chanson est devenue légendaire. Disponible chez les disquaires (1973), le 45 tours vinyl de Dylan ne parvient pas à s'inscrire dans les dix meilleures ventes, plafonnant aux douzième et treizième places des hit-parades anglais et américains (ce qui représente cependant des chiffres de ventes fort honorables). Eric Clapton , dès lors, s'en empare, en reggae, pour son tour de chant. Si le titre est très populaire et galvaudé, le 45 tours, en revanche, se vend médiocrement l'année de sa sortie (1975). Finalement, au hit-parade, le meilleur classement est fourni par la version de Guns N'Roses, n°7 en septembre 1992. Presque vingt ans après sa naissance !

Ce tour d’horizon trop rapide de 5 des 100 chansons évoquées dans le livre «100 Chansons de légende, Photographies, Histoires, Partitions» (éditions White star, 496 pages format 31x25cm, 38€), vous pourrez le réaliser au centuple : ce livre génial sera en librairie le 1er décembre 2010.

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