Pour quelles raisons Mark Chapman a-t-il assassiné John Lennon ?

Incroyable mais vrai : dans les années 70, John Lennon était universellement détesté. Mais de là à le tuer...
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Paul McCartney, à une certaine époque, le détesta (« C’était un pourceau paranoïaque, un coquelet égocentrique jaloux de mes chansons » avait-il révélé en 1985 au magazine britannique Woman avant de rapidement se rétracter)… Les critiques d'art puis la moitié des médias à partir de 1970 se moquaient de lui… Les habitants de Liverpool le répudièrent lorsqu'il décida de s'installer à New York… La police le "coinçait" régulièrement pour détention de substances illicites… Les services d'immigration américains lui refusaient un visa et le ministère de la Justice demandait son expulsion… Elvis Presley manifesta contre sa demande d'obtenir la nationalité américaine… L'ensemble de l’administration Nixon voulait sa peau lorsqu'il décida d'entamer une vaste tournée des USA pour manifester contre la guerre du Vietnam. Bref, une bonne partie de la planète semblait en vouloir à l’ex-Beatle. Etait-ce suffisant pour le faire éliminer purement et simplement ?

John Lennon (1940-1980) avait déclaré "La vie commence à quarante ans"

Mais quelques jours plus tard, le 8 décembre 1980, un déséquilibré mettrait un terme à l’une des carrières les plus brillantes du vingtième siècle. S’agissait-il vraiment de l’œuvre d’un déséquilibré ? Yoko Ono, veuve de John, en doute fortement. En revanche elle accrédite la thèse d’un complot :

« De par son activisme et son influence sur les masses, John Lennon fut l’une des bêtes noires du gouvernement Nixon (1969-1974) et des services du FBI, dirigé alors par Edgar J. Hoover, qui continuèrent à le surveiller tout au long des années 1970. A tel point que certains adeptes de la théorie du complot voient la main des services secrets dans l’assassinat de John Lennon par un déséquilibré, le 8 décembre 1980, affirmation pourtant fantaisiste », écrit le site biosphere.tv

Le comportement incohérent de Chapman (incohérent, même pour un fou) conduit à envisager cette explication, bien qu’elle soit la plus folle.

Un déséquilibré, ce Mark Chapman ?

Possible, mais Yoko n’en est pas convaincue : interviewée par Philippe Manœuvre, elle fit débrancher toutes les caméras pour lui expliquer, sous le sceau du secret, qu'à son sens le FBI avait armé le bras qui avait tué John. Manœuvre livrera cette confidence beaucoup plus tard, sur Canal Jimmy. Si l'on reprend la presse de l'époque (1980), on relève que Chapman, au moment de son arrestation, aurait été en possession d'une somme de 2 000 dollars en espèces. La thèse, alors, d'un "contrat", devient plausible.

La haine

Chapman a déclaré avoir été « très en colère » (quel doux euphémisme !) après Lennon, pour deux raisons principales :

1) Dans sa chanson « God »… Chapman lui reproche d’avoir écrit « Je ne crois pas en Dieu, je ne crois pas aux Beatles ». Suffisant pour avoir envie de le tuer ? Rappelons qu’il s’est écoulé une décennie entre la parution du disque et le meurtre de John. Dix ans à ressasser la colère qui se transforme en haine ?

2) Selon Gloria, l’épouse de Chapman, il était « très en colère » après John car celui-ci, dans « Imagine » préconisait de ne pas avoir de possession, il se déguisait en hippie, mais il aimait l’argent.

Chapman, hippie fervent, et donc profondément méprisant envers l'argent, aurait assassiné John par haine de son hypocrisie, pour débarrasser la terre d'un milliardaire progressiste. Cette interprétation couramment répandue ne fut-elle pas montée de toutes pièces par un avocat ?

Un mort richissime

À la mort de John, le patrimoine du couple Lennon-Ono était en effet estimé à 125 millions de dollars... somme à laquelle il fallait ajouter divers immeubles et appartements à New York, la confortable propriété de Palm Beach, celle de Long Island, etc. Yoko, qui hérite des droits d'auteur de son mari (en solo, et un quart de ceux des Beatles) perçoit régulièrement des sommes monstrueuses (un homme d'affaire américain estimait à 200 000 dollars l'accroissement journalier de sa fortune).

Freudien: le meurtre du père

En 1994 parut une biographie de Mark Chapman. Intitulé « Don't let me down, inside the mind of Mark Chapman, the man who killed John Lennon », l'ouvrage révèle les faits suivants : l'idée de meurtre remonte à son enfance. Or, à l'époque (et pour de nombreuses années), il n'a d'autre idée en tête que de tuer son propre père. Mais en même temps, et cela dès l'âge de dix ans, il ne cesse d'écouter la musique des Beatles. Il n'est pas insensé de penser qu'il y a, dès lors, amalgame entre la personnalité de John Lennon et celle de son propre père ( à suivre ).

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