Pourquoi allume-t-on des briquets à la fin des concerts ?

Pour une fois, l'idée est née en France... mais de façon tout à fait fortuite !
248

Si l'on tape la question sur internet, on trouve... la question mais pas la réponse. Enfin, pas la bonne réponse. Ceux nés de la dernière pluie soutiennent mordicus que cette coutume a été inaugurée lors d'un concert de Patrick Bruel. Grave confusion : pour Bruel, on gueule Patriiiiiiiiiiick à s'en casser la voix. Ensuite on peut, en plus, allumer son briquet mais ce n'est pas une obligation.

Alors, c'est encore un coup de Johnny !

Depuis une quinzaine d'années, sur des paroles de Zazie, Johnny s'est... cassé la voix à hurler "Allumez le feu, allumez le feu". L'explication, dès lors, s'impose, vu le succès de l'Idole et les millions de fans à l'avoir vu sur scène. Mais, manque de chance, la coutume est plus ancienne et remonte aux années 70 alors que " Allumez le feu " est sorti en 1998. Il ne nous reste plus, alors, qu'à chercher dans le temps.

La coutume remonte à 1970

Alors, la réponse est évidente puisque les Doors, en rappel, jouaient "Light My Fire" ("Allume mon feu"). Explication logique... mais fausse ! La grande époque des Doors se situe quelques mois plus tôt. Quant à "Light My Fire" il avait été numéro un au hit-parade américain durant l'été 1967; trois ans plus tard, au contraire, les Doors étaient dans la tourmente, Jim Morrison (qui mourra un an plus tard à l'âge de 27 ans) menaçait de quitter le groupe. Caramba, encore raté !

Ni Johnny, ni Bruel, ni les Doors... mais Joan Baez

Franchement, qui pourrait bien avoir l'idée de demander un rappel à Joan Baez ? Au contraire, les rares qui ne dorment pas encore attendent avec impatience le moment de rentrer se coucher. Or, contre toute attente, le premier "allumage de briquets" remonte à un concert de Joan Baez, en France, en 1970.

Mais qui put bien avoir cette idée saugrenue?

Un fan de Joan Baez ? On ne sait même pas si cela existe ! Ce n'est pas un fan, mais un photographe, qui a lancé cette coutume. Le nom du responsable : Gilbert Nencioli. Aujourd'hui réputé (il a été photographe attitré du magazine Lire et a illustré des beaux livres), il a commencé sa carrière en proposant des pochettes de disques et fit partie de la toute première équipe du mensuel Rock & Folk dès 1966. Mais pourquoi cet engouement pour Joan Baez ?

Un geste maladroit

Ca se passe en 1970 au festival de Biot (Alpes-Maritimes, à côté d'Antibes). Gilbert a malencontreusement laissé choir l'une de ses précieuses pellicules de photo. Dans l'obscurité et dans la foule compacte, elle a toutes les chances d'être piétinée. Gilbert allume son briquet pour essayer de la retrouver et demande aux personnes autour de lui d'en faire autant. Et, comme on le découvre dans le livre "40 ans de culture rock" :

- "D'autres spectateurs s'amusent à les imiter. Et bientôt c'est une salle entière qui dresse des dizaines de petites flammes illuminant le concert. Et voilà comment, depuis ce jour, la tradition du briquet allumé au moment des rappels fait partie des clichés des concerts de rock".

Sur le même sujet