Psyché vintage: Pink Floyd et Syd Barrett dimanche soir sur Arte

Le titre, inapproprié ("Behind The Wall") fait croire à tort qu'il s'agit de la période "lourde" du groupe légendaire. Or nous remonterons à ses origines
19

Pink Floyd, premier groupe psychédélique anglais ? Pas tout à fait vrai... mais en tout cas, premier à être vraiment connu. Comment la petite formation underground est-elle progressivement devenue multimillionnaire du disque ?

En changeant trois fois de leader !

Le membre fondateur se nomme Syd Barrett (1946-2006) ; encore étudiant, il joue de la guitare dans diverses formations musicales et monte un duo avec un certain David Gilmour, qui aura beaucoup d'importance dans le futur.

De leur côté, Roger Waters, Rick Wright et Nick Mason s'illustrent au sein d'un groupe appelé Sigma 6. Ils ont auparavant essayé de décrocher, sans succès, un contrat d'enregistrement sous les noms de T-Set, Abdabs et enfin Screaming Abdabs.

Dans l'espoir d'évoluer, Waters prie Barrett de se joindre à Sigma 6

Barrett accepte et baptise le groupe The Pink Floyd Sound (contrairement à l'opinion répandue, Pink Floyd ne signifie pas "Flamant rose" : c'est le collage de deux noms de joueurs de blues, PINK Anderson et FLOYD Council).

La formation commence à se produire en public dès 1966

Pink Floyd acquiert la notoriété de groupe d'avant-garde : projections de diapositives multicolores, distribution de fleurs au public et sonorisation quadraphonique (on parle alors de "happenings"). Syd Barrett, créateur fou, compositeur halluciné, donne une teinte des plus originales à ce nouveau groupe britannique dont les premières armes se font à Londres, dans des clubs "psychédéliques" (l'UFO, le Pink Flamingo) : soirées débridées où les fleurs volent au rythme du son, projections de taches colorées accompagnant la musique.

En 1967, Pink Floyd enregistre son premier disque

Un 45 tours, pour commencer. " Arnold Layne", le titre principal, est très controversé. Pour certains, c'est un appel à l'utilisation des drogues. Plus réservée, Radio London la pirate le bannit de ses ondes sous prétexte qu'il s'agit d'un disque coquin et pervers, "Arnold Layne" contant l'histoire d'un travesti qui vole des sous-vêtements féminins sur les cordes à linge. Ces interdictions successives ne l'empêchent pas d'obtenir un succès d'estime, parvenant à se glisser dans le Top 20 britannique.

Un deuxième 45 tours, "See Emily play"

C'est le pas décisif. Un texte étrange dont Syd explique ainsi l'inspiration :

"Un soir, après un concert, je m'étais assoupi dans un petit bois. Soudain, je vis sortir d'entre les arbres une jeune fille. C'était Emily".

Partie sur sa lancée, la clique de Barrett boucle son premier album, " The Piper At The Gates Of Dawn" (le joueur de pipeau aux portes de l'aurore). Des morceaux tels que "Astronomy Domine" ou "Interstellar Overdrive" resteront à jamais typiques du Floyd de l'époque Barrett.

A la recherche d'hallucinations nouvelles de plus en plus intenses, Syd se détruit

Sa volonté se désagrège et sa place au sein du Floyd est menacée. Ses ultimes efforts portent sur les 45 tours "Point Me At The Sky " et "Apologies" / J"ugband Blues" . 1967 se termine tristement pour Syd, qui se voit accompagné, secondé par David Gilmour qui est également un ami d'enfance de Waters. Guitariste chevronné, David a déjà joué avec des dizaines de musiciens. Pendant quelques semaines, les deux guitaristes, Barrett et Gilmour, cohabitent au sein d'un Floyd hybride à cinq membres. Mais Barrett est dans un tel état qu'il fait juste acte de présence.

Début 1968, Barrett quitte définitivement le Floyd

La science-fiction, l'usage des trucages électroniques va prendre un nouvel aspect. Les fans acceptent mal le départ de Barrett, son remplacement par Gilmour mais surtout le fait que le nouveau leader est Roger Waters, jusqu'alors bassiste discret bien qu'efficace.

Leur deuxième album, "A Saucerful Of Secrets", sort exactement un an après le premier. Pour ne pas brutaliser leur image de marque, certains morceaux à gimmicks reproduisent l'atmosphère bien particulière du premier album ("Set The Controls For The Heart Of The Sun"). Les fans ne sont pas dépaysés.

Barbet Schroeder les convie à composer la musique de son prochain film, « More »

Cette dernière création est exécutée en quelques jours. Le Floyd réalise son premier concept, le légendaire "The Man", longue suite racontant la journée d'un homme, commençant avec le petit-déjeuner (The Breakfast) et dans lequel s'insèrent des morceaux qui seront gravés plus tard sur "Umma Gumma", leur double album mi-studio, mi-live, qui sort presque simultanément avec le film More, la bande sonore du film faisant elle aussi son apparition dans les bacs des disquaires vers la fin de 1969. Chaque tournée américaine ou anglaise élargit le cercle des fanatiques. Mais tout fanatiques qu'ils soient, ils ne sont encore guère nombreux.

Si les Anglo-saxons continuent à faire la fine bouche, la France les accueille avec enthousiasme. Notre presse spécialisée les hisse aux nues tandis que "Umma Gumma" et "More" se vendent par dizaines de milliers.

C'est l'époque du "planant"

Le thème même de More est un reflet de l'état d'esprit de la jeunesse à cette époque : le film raconte en effet l'histoire d'un jeune Allemand qui, ayant échoué à Ibiza ("L'île des hippies") se détruit sous le soleil des Baléares, victime de la drogue et de l'amour. On est bien loin des "Chemins de Katmandou".

Grâce aux albums "Atom Heart Mother", "Meddle", à la musique du film d'Antonioni "Zabriskie Point", et de "Obscured By Clouds" / "La Vallée", BO du nouveau Barbet Schroeder tourné en Nouvelle-Guinée, le groupe conforte son emprise sur le grand public. Il attendra encore trois ans avant d'atteindre les records des Beatles... et devra changer une troisième fois de leader ! (pour en savoir plus sur Syd Barrett, cliquer ici ).

Sur le même sujet