Qu'est-il véritablement advenu d'Antoine de Saint-Exupéry?

Disparu en vol durant la Seconde Guerre mondiale, on ignora longtemps dans quelles circonstances précises il avait trouvé la mort
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Antoine Marie Jean-Baptiste Roger de Saint-Exupéry, né en 1900 à Lyon, disparut en vol le 31 juillet 1944. Il était seul à bord, son avion n'était pas armé et il n’avait du carburant que pour six heures de vol. À 8 h 30 avait été signalé le dernier écho radar. On déduisit que son avion se serait écrasé à quelques encablures des côtes de la Provence sans qu’on n’ait pu retrouver son corps ni l’épave de l’avion car, en temps de guerre, il est impossible d'effectuer des recherches sur le terrain. «Saint-Ex» était officiellement porté disparu.

Des recherches impossibles à effectuer dans l'immédiat

Le 12 mars 1950, le commandant Antoine de Saint-Exupéry fut cité à l'ordre de l'armée aérienne à titre posthume, pour avoir «prouvé, en 1940 comme en 1943, sa passion de servir et sa foi en le destin de la patrie», et «trouvé une mort glorieuse, le 31 juillet 1944, au retour d'une mission de reconnaissance lointaine sur son pays occupé par l'ennemi».

Durant des décennies, on ignora dans quelles circonstances Saint-Exupéry avait trouvé la mort. On ne l’apprit véritablement qu’à l’ultime fin du XXe siècle. Et encore des zones d’ombres subsistaient-elles. Aujourd’hui, plus aucun doute ne semble permis: l’auteur de Pilote de guerre a été abattu par un militaire allemand, Horst Rippert, qui a récemment reconnu les faits.

Le mystère s’éclaircit…

Tout commence en 1998 lorsqu’un pêcheur marseillais trouve dans ses filets la gourmette de l'auteur du Petit Prince. Jusqu’alors, on savait seulement qu'il avait décollé de Corse pour une mission de reconnaissance et qu'il n'était jamais rentré à sa base. La découverte de la gourmette confortait l'hypothèse de la chute en mer. Etait-ce l'épilogue d'un des plus étranges mystères de la Seconde Guerre mondiale? Au terme d'une longue enquête, on a retrouvé le pilote allemand, un as de la Luftwaffe, qui l'a abattu. L’homme, qui avait alors 88 ans, a reconnu les faits.

Après la gourmette, l’avion

En 2000, Luc Vanrell, un plongeur marseillais, découvre l'épave du Lightning P-38 de Saint-Ex près de l'île de Riou, devant Marseille. Le plongeur a découvert autre chose à cet endroit: un moteur de Messerschmitt, ce qu'on apprendra que beaucoup plus tard (le moteur sera dentifié en 2006). D'où l'hypothèse d'une collision entre deux avions. Vanrell se tourne alors vers Lino von Gartzen, un Allemand qui a fondé une association de recherche d'avions perdus pendant la guerre.

La quête de von Gartzen

Von Gartzen croit peu à la thèse de la collision, et, après avoir consulté d’innombrables archives, s’arrête sur le nom de Horst Rippert qui, sans détour, lui avoue que c’est bien lui qui a abattu le Lyonnais.

Dans quelles circonstances?

Agé de 24 ans en 1944, Horst Rippert est affecté à un groupe de chasse de la Luftwaffe en Provence. Le 31 juillet, il reçoit l'ordre de décoller pour descendre un avion ennemi. Il ne le trouve pas mais au-dessus de Marseille, il aperçoit, 3 000 m sous lui, un avion d'observation.

«Je me suis dit, mon gars, si tu ne fous pas le camp, je vais te canarder. J'ai tiré. Le zinc s'est écrasé en mer, le pilote n'a pas sauté.»

Il avait tué son héros

Quelques jours plus tard, l'aviateur apprenait que ce devait être Saint-Exupéry, un de ses héros. «J'ai espéré et j'espère toujours que ce n'était pas lui. Dans notre jeunesse, nous l'avions tous lu, on adorait ses bouquins. Si j'avais su, je n'aurais pas tiré. Pas sur lui.»

Gardant son terrible secret, Horst Rippert entame, après la guerre, une carrière de journaliste à la télévision allemande. Un jour, forcément, quelqu'un viendrait lui poser la question fatidique… ce qu'on fait Luc Vanrell et Jacques Pradel, auteurs du livre Saint-Exupéry, l'ultime secret . Editions du Rocher, 19,90€.

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