Qui était Kitty Black, énigmatique traductrice de Sartre ?

Elle qui aurait pu devenir concertiste de renommée internationale a préféré suivre son instinct, s'amuser, délirer.. en clair avoir une vie excitante!
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Dorothy Black dite "Kitty"… Inconnue au bataillon. Même pas une ligne sur Wikipedia. C’est The Guardian qui annonça son décès en février 2007 alors qu’elle était morte le 20 décembre 2006 ; et pas une ligne en France. Pourtant elle fut loin d’être n’importe qui. Il n’est que temps de la réhabiliter…

Une enfance en mouvement

Kitty Black (1914-2006) est la fille d’un riche entrepreneur en bâtiments londonien qui avait décidé de vivre en Afrique du sud. Kitty est donc née à Johannesburg l’année du déclenchement de la Première Guerre mondiale. Elle achève ses études à Paris. Particulièrement douée pour le piano, elle aurait pu devenir une célèbre concertiste dès 1937 ; au contraire elle restera dans l’ombre. Un trait de personnalité qu’elle n’abandonnera jamais.

Black, femme de l’ombre. Logique !

C’est dans l’ombre qu’elle pianote. Ou plus exactement qu’elle apprend aux autres à pianoter : le terme n’existait peut-être pas à l’époque, on aurait plus volontiers dit « professeur » mais elle est… coach de stars du piano.

Pianoter encore et toujours

Elle s’attaque à un autre clavier, devenant sténotypiste (méthode servant à retranscrire un discours en le retranscrivant aussi vite que la parole). Elle est si douée, si vive, qu’avec sa machine elle va plus vite que les filles qui prennent la sténo au crayon (en anglais, short hand ). Quelqu’un sait-il encore aujourd’hui ce qu’est la sténo ? Et une dactylo ?

Elle suit ses passions et ses impulsions

Noter les courriers d’un grand patron, Kitty en a rapidement soupé. Le théâtre, de longue date, la fascine. Elle va donc proposer ses services aux journaux, en vue d’épauler un critique de théâtre. Elle va y gagner financièrement, et en plus elle va assister gratuitement à toutes les représentations ; Le bonheur !

Un bonheur n’arrive jamais seul

Elle rencontre Noel Coward, célèbre dramaturge britannique (1899-1973) mais surtout Hugh Beaumont surnommé Binkie ("one of the most beautiful young men I ever saw", proclame-t-elle ; avons-nous besoin de traduire cette merveilleuse déclaration d’amour?), acteur, réalisateur et scénariste américain (1909-1982).

Toujours dans l’ombre

Elle est devenue agent artistique : son admirable talent de « directrice de personnalité » très inspirée la mène à forger, par ses bienveillants conseils, celles des futurs grands acteurs et actrices dans plusieurs écoles d’art dramatique. Mais la guerre éclate.

Encore plus profondément dans l’ombre

En 1945 il est devenu beaucoup plus difficile de gagner sa vie grâce au théâtre et Kitty envisage de retourner modestement à sa machine. Mais grâce à ses contacts, elle ne va pas « sténotyper » pour n’importe qui : c’est elle qui va assister Arthur Miller (pour « All my sons »), Tennessee Williams (« Summer and Smoke ») et Jean Cocteau pour « L’Aigle à deux têtes ». Sa passion pour la France est immense et ses amis, pour lui faire plaisir, la surnomment Kitty Noir.

Elle suit sa passion

La guerre finie, elle choisit de devenir traductrice en anglais de grands textes français. Elle retrouve Cocteau, rencontre Jean Anouilh et Jean-Paul Sartre dont elle traduit « Morts sans Sépulture », son plus beau souvenir professionnel : « Ce fut le plus grand moment de ma vie car je ressentais l’impression d’avoir vraiment traduit à la perfection les sentiments de l’auteur ». Et effectivement aucune correction ne dut y être apportée. Ses souvenirs sont consignés dans son livre « Upper Circle: A Theatrical Chronicle » (1984).

Elle est partout où ça bouge

On pourrait s’étonner de la retrouver au centre d’un tragique fait divers. Pourtant c’est la réalité : au milieu des années 60, à l’époque du boom des radios pirates , elle est la secrétaire et la maîtresse du richissime major Smedley, ancien associé d'Allan Crawford à l'origine de Radio Atlanta, station concurrente de Radio Caroline. Tout ce petit monde montait des radios pirates en dehors des eaux territoriales et étaient donc, de par cette situation extra-territoriale, en marge de la loi. Smedley était en transaction avec le directeur de Radio City, un certain Reginald Calvert. Smedley, en vue d'une future collaboration, lui fournit un puissant émetteur d'une valeur de £ 10 000 que Calvert s'engagea à lui payer rapidement… ce qu’il ne fait pas. Smedley engage alors une bande de brutes pour récupérer de force l’émetteur qui lui appartient.

Calvert, bouillant, irascible, menace à son tour de recruter une bande de gros bras et de venir le reprendre ajoutant qu'il n'hésitera pas à faire usage d'un gaz toxique mortel de son invention.

Le drame

Le 21 juin 1966, Calvert, dans un état d'extrême excitation, se rend au domicile du major Smedley. De toute évidence, il représente une menace, pour Smedley ainsi que pour Kitty : lorsque celle-ci lui annonce que le major ne le recevra pas, Calvert lui lance une potiche, qu'elle parvient heureusement à éviter. Il se rue ensuite dans l'escalier qui mène à l'appartement de Smedley ; celui-ci l'abat. Calvert tenait en main un pistolet à cartouche de gaz et Smedley pensa immédiatement qu'il s'agissait du produit mortel évoqué la veille. Etant chez lui, Smedley est en état de légitime défense. La loi anglaise sera clémente : après avoir reconnu les faits, exprimé son regret tout en précisant qu'il avait voulu protéger sa secrétaire, Smedley est acquitté. Pour en savoir plus, cliquer ici .

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