Radio : les bienfaits du numérique

La RNT (Radio numérique terrestre) tarde à s'implanter en France. Pourtant, elle présente bien des avantages par rapport à la radio analogique

Plus de dix ans qu'on en parle, de cette fameuse RNT. Rien ne semble beaucoup bouger. Pourtant, l'idée est séduisante...La majorité des Français reçoivent en moyenne 20 stations. Mais à Paris, où l’on compte 54 radios en FM, celles-ci seront reproduites en numérique sur sept multiplexes pouvant héberger chacun neuf stations. 7 fois 9… 63. En ce qui concerne la capitale, le numérique n’offre donc que 63 – 54 = 9 nouvelles offres, et l’on sait que RTL et Europe 1 sont déjà sur les rangs pour s’emparer de ces emplacements via des programmes de remplacement qui seront présentés comme de « nouveaux » projets.

Les "PLUS" de la RNT

Une meilleure qualité sonore, c'est évident... de sérieuses économies à venir sur l'entretien des émetteurs dont le nombre sera drastiquement réduit grâce à la propagation du son... des auditeurs plus nombreux, dans la mesure où les "zones d'ombres", ces sites où les ondes hertziennes ne passent pas, seront éliminées (les stations nationales couvrent en moyenne 75% du territoire. Grâce au numérique, elles peuvent espérer en couvrir la totalité)... et un enrichissement des programmes, si l'on considère que, techniquement, le numérique peut multiplier par trois l'offre proposée actuellement. Et la diversité y gagnerait, permettant la création de nombreuses nouvelles radios, thématiques par exemple.

De 2000 à 2005, rien, chez nous, n'avait bougé

La France ne parvenait pas à décoller alors que l'Allemagne, la Belgique, l'Italie, les Pays-Bas, le Danemark, le Portugal et l'Angleterre voyaient les demandes de particuliers se multiplier. Pourtant, en cet instant, il n'aurait pas fallu grand chose pour inciter le public à s'équiper : simplement ouvrir le marché. Mais la France rechigne à "casser" une structure exceptionnelle, indiscutablement plus évoluée que celle des pays voisins : nous disposons d'un service public dont la couverture est remarquable, d'une quinzaine de réseaux bien implantés, et de centaines de radios locales. Les barons de la radio française, qui étaient surtout concentrés sur le plan "FM 2006" de réorganisation des fréquences, n'envisageaient pas d'un très bon œil de faire, au présent, une révolution lourde et coûteuse qui ne porterait ses fruits (des économies, c'est certain... des bénéfices, peut-être) que dans un futur inconnu. Autre problème auquel seront confrontées les stations de l'Hexagone : la concurrence avec les émetteurs étrangers.

Cette question, évidemment, ne concerne pas tous les auditeurs

Il est certains que les fidèles de RTL, Europe 1, France Inter et Skyrock ne sont pas près de "décrocher" de leur station préférée, en raison du lien affectif tendu entre eux et leurs animateurs préférés. Mais pour les amateurs de musique quelle qu'elle soit (classique, pop-rock, jazz, rap, etc.), c'est le choix du répertoire diffusé qui prédomine ; il est probable qu'un passionné de concerts de musique classique choisira parfois une station allemande au détriment de France Musique, et qu'un amateur de rhythm'n'blues et de dance music , pour découvrir en primeur les nouveautés, sera tenté de se porter à l'écoute d'une station américaine. C'est peut-être la raison pour laquelle, en juillet 2005, NRJ émit le souhait de voir la bande FM numérisée avec le standard IBOC, le moins utilisé de tous, et qui présenterait donc l'avantage de réduire à l'extrême le nombre de stations étrangères audibles en France.

Le danger, pour les réseaux bien implantés, viendra d'ailleurs

On se souvient des déboires connus (perte d'audience, et, pour les radios commerciales, appauvrissement du chiffre d'affaire) par Radio France, Europe 1, RTL et RMC lors de la montée en puissance des "autres radios" issues du mouvement de mai 1981. Hormis RTL, qui semble bien décidée à se numériser, et RMC à qui elle a proposé de l'équiper, les radios leader d'aujourd'hui vont-elles subir le raz-de-marée des "petites nouvelles" qui connaissent déjà le succès sur le web et qui vont directement diffuser en numérique sans passer par la case analogique ?

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