Ronan O'Rahilly, l'homme qui faillit devenir manager des Beatles

En 1967, après la mort du légendaire Brian Epstein, les Beatles cherchèrent quelqu'un pour le remplacer. Deux noms leur vinrent immédiatement à l'esprit
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Ce n’est pas un hasard si la mort d'Epstein marque la fin de la cohésion des Beatles. Après son décès c’est son frère cadet Clive qui reprit provisoirement la direction de NEMS Enterprises avant que les Beatles décident de se débrouiller tout seuls. C'est enfin Paul qui prendra plus ou moins la place de leader, puisqu'il fallait bien que quelqu'un prenne des décisions, ou tout au moins coordonne les aspirations de chacun. Et John était alors trop à côté de la plaque pour pouvoir s’y coller ( cliquer ICI ). Mais entre-temps ils avaient failli engager un nouveau manager.

Eastman ou O'Rahilly?

Paul voulait engager John Eastman, le père de sa fiancée Linda (donc, par conséquent, son futur beau-père). George Harrison, lui, optait pour Ronan O'Rahilly, le directeur de la célèbre radio pirate Radio Caroline ( cliquer ICI ).

Ronan O'Rahilly, jeune Irlandais d'origine américaine né en 1940

Fougueux et rebelle dès son plus jeune âge, il est maintes fois renvoyé des écoles et collèges où il passe son temps à rêver de devenir cinéaste. Il envisage sérieusement de quitter l'Europe pour s'installer aux U.S.A., seul pays où il pense pouvoir se faire un nom rapidement dans le monde du cinéma (grâce au succès de Radio Caroline, certaines portes s'ouvriront ; il pourra notamment réaliser le film "Girl on a Motorcycle" avec, pour principaux acteurs, Alain Delon et Marianne Faithfull ). Il sera également l'agent artistique de l'acteur George Lazenby, le James Bond de "Au Service Secret de sa Majesté".

Revers de fortune...

Au moment où son avion va décoller, Ronan est informé que, de par sa double nationalité, il sera tenu d'effectuer son service militaire dès qu'il posera le pied en Amérique. Du coup, son billet d'avion Irlande-USA se transforme en billet Dublin-Londres. Malheureusement le début des années soixante n'est guère propice à la création cinématographique dans la capitale britannique. Au contraire ! La télévision, en plein essor, porte un coup dur à la profession ; la pop music, en revanche, est incontestablement le domaine où un jeune loup comme lui doit pouvoir faire son trou. Ronan se lie d'amitié avec les Rolling Stones (qui se produisent dans son club à Yam Yard), les Beatles (dont il manquera de devenir le manager en 1967), les Animals et les Move, entre autres.

1962…

Ronan O'Rahilly, manager de Georgie Fame, veut permettre à de nombreux artistes d'être connus en Grande-Bretagne. Les deux seules radios (la B.B.C. et le service anglais de Radio Luxembourg) écoutées par les jeunes Anglais ne diffusaient en effet que les productions des quatre firmes major : Decca, Philips, R.C.A et E.M.I. (et bien sûr de leur filiales, sinon les Beatles sur Parlophone, Cliff Richard et les Shadows sur Columbia seraient encore inconnus !). Dès lors, tout artiste, même talentueux, ayant signé pour une petite marque de disque est condamné à l'anonymat. C'est ce que veut combattre Ronan O'Rahilly : les deux premiers 45 tours de son petit protégé, organiste au sein du groupe des Blue Flames, étaient sortis en 1963 sur le petit label "R & B"... et n'avaient pas obtenu le moindre passage radio. Ronan, qui a fermement l'intention de monter son propre label indépendant, a vite fait de réaliser que c'est peine perdue si le monopole persiste.

1964…

Il avait fallu à Ronan deux années d'efforts, de prouesses et de malice pour mettre à flot sa propre station de radio, seul moyen de faire connaître les jeunes talents. Le gouvernement ou la BBC (ce qui revient au même !) auront beau clamer que "les pirates, c'est la mort des musiciens britanniques" (!), ces stations non autorisées sont à l'origine d'une véritable explosion artistique. A l'époque, encouragée par le succès des Beatles, l'Angleterre est véritablement en ébullition et les radios pirates sont le catalyseur d'un mouvement musical qui aurait sûrement eu bien du mal à s'exprimer sans elles. Les grincheux prétendaient au contraire que le fait de passer de la pop music à longueur de journée inciterait les jeunes à acheter moins de disques ! Cette lutte contre toute forme de monopole durera tant que dureront les radios pirates et permettra de découvrir des artistes brillants (à suivre).

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