Samedi soir sur Arte, "Mods & Rockers", un documentaire

Si l'on sait tout ou presque sur le phénomène "rockers", celui des Mods est passé presque totalement inaperçu en France
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Arte fait oeuvre salutaire en présentant ces deux mouvements qui, d'ailleurs, se sont violemment affrontés : les Rockers, toujours fidèles au poste, et les Mods, inconnus au bataillon, au moins en France. Car l'affaire a éclaté outre-Manche au début des années soixante. En apparence, l’optimisme faisait son retour dans la société britannique ; dans les faits, la nation était très inquiète.

Les Mods étaient obsédés par leur look, par la musique black et par les amphétamines

A l’origine, les Mods étaient organisés en petites bandes régionales relativement discrètes. Brusquement, en l’espace de quelques semaines, c’était devenu un mouvement de masse à l’échelon, pas encore national, mais englobant néanmoins toute la partie sud de l’Angleterre. Et pour tous les petits malins capables de vendre du rêve à une jeunesse friquée, c’était une aubaine.

Les Mods devinrent, du jour au lendemain, un phénomène d’ampleur nationale

Quand ? Fin mars 1964, lorsque plusieurs centaines d’entre eux firent le voyage depuis Londres jusqu’au bord de la mer, exactement à Clacton, pour célébrer le week-end pascal. Exaspérés par le froid, par ce bord de mer affligeant et par ces boutiques qui avaient tiré le rideau, ils cherchèrent par tous les moyens à s’amuser... et cela s’acheva par des affrontements avec la police. C’était au départ pourtant bien innocent, des bêtises d’adolescents, mais les médias britanniques virent en ces échauffourées un moyen de monter la population contre sa jeunesse. Il n’en fallait pas plus pour déclencher une réaction de leur part, et les deux week-ends suivants, des émeutes éclatèrent à Brighton, Margate et Bournemouth.

Triste Pentecôte sur la côte !

Ces bagarres impliquaient, cette fois, des bandes de blousons noirs, les Rockers nostalgiques des années 50 violemment hostiles aux Mods. Et le fait que les médias les attendent sur les plages pour fixer leurs exploits sur pellicule ne pouvait que les inciter à davantage de violence.

Pour la première fois depuis les méfaits des Teddy Boys dix ans auparavant, un authentique mouvement de révolte des jeunes Anglais émergeait de nulle part pour semer la terreur.

Ces émeutes mirent un terme au quasi-anonymat du mouvement mod

On apprit qu’il avait ses leaders, qu’on appelait les Faces qui avouaient leur déception de voir leur mouvement récupéré par des bandes violentes et incultes, des types qui auraient bien aimé se prétendre mods mais qui étaient trop indisciplinés pour pouvoir l’être.

La drogue complique la situation

Des hordes de jeunes Anglais qui n’avaient pas été convaincus par le côté bon enfant des Beatles qui affichaient avec un peu trop d’ostentation une pseudo-joie de vivre une belle époque dans un beau pays. Le problème prit une plus grande ampleur à partir de 1964 lorsque les jeunes, et principalement les Mods, utilisèrent, pour se défoncer, certains médicaments contenant des amphétamines. Un point de non-retour fut atteint lorsque cette même jeunesse fut prise d’un véritable engouement pour les purple hearts , des pilules qui combinaient amphétamines et barbituriques.

C’est le début de la guerre à la drogue

Courant 1964 la détention d’amphétamines sans ordonnance devint un délit inscrit dans la loi. Dans la foulée, les médias se déchaînèrent sans égard aucun aux substances incriminées, mettant dans le même sac drogues dures, drogues douces et médicaments. Une cellule de crise gouvernementale, en 1964, informa la nation sur la future loi dite « Dangerous Drugs Act » qui entrerait en vigueur l’année suivante et durcirait les peines encourues par les contrevenants. Simultanément les pouvoirs de la police seraient renforcés pour mieux lui permettre d’agir en matière d’investigation et de répression. Par mimétisme avec la réaction des médias, le législateur semblait bien ne faire grande différence entre les différents types de drogues, ce qui revenait à les rendre aussi diaboliques les unes que les autres.

La dure vie des prolétaires

Les émeutes déclenchées en 1964 par les Mods ( modern young men ) et les Rockers avaient mis sous les feux des projecteurs la dure réalité voire la brutalité de la vie des classes laborieuses ; dans tout le pays, les salles de danse se transformaient en champs de batailles où s’affrontaient les bandes rivales.

Deux groupes émergent derrière les Beatles

En raison de leur notoriété et de leur réputation d’artistes anarchistes, les Rolling Stones ( cliquer ici) ne pouvaient qu’être les figures de proue du mouvement dissident, et, ça ne ratait pas, chacune de leurs apparitions publiques était suivie d’émeutes sur tout le territoire. Une vague de violence qui s’étendrait bientôt au reste de l’Europe et à l’Amérique du Nord. Face aux Rolling Stones, le groupe des Who représentait les Mods. Mais les Who n'étaient pas moins violents que les Stones (à suivre). Et les Mods n'étaient pas plus doux que les Rockers, comme on peut s'en rendre compte grâce à "Quadrophenia", film et disques du groupe précité ( cliquer ici .

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