Siouxsie and the Banshees : un groupe à redécouvrir

En 1976 un groupe (qui ne méritait pas encore ce terme) donnait son premier concert.

C'était en 1976... une période où tout était permis, ou au moins possible. La mode punk autorisait quiconque à monter sur scène. Ce que fit une jeune Anglaise de 19 ans; « Suzie and the Banshees » était né... et on en parle encore aujourd'hui.

Qui est cette mystérieuse Siouxsie?

Susan Janet Ballion, Anglaise née en 1957, peut sembler froide, distante, glaciale, détachée de tout ou presque ; cela peut s’expliquer par des évènements qui remontent à son enfance. A 14 ans, elle a vu mourir son père, alcoolique, d’une cirrhose du foie. La même année, elle est victime d’un ulcère du colon et de l’intestin grêle qui met sa vie en péril ; avoir côtoyé la mort de son géniteur et frôlé la sienne ne fait pas d’elle la plus joyeuse des adolescentes. Elle se fera connaître sous le nom de Siouxsie Sioux: après avoir fondé « Suzie and the Banshees » et s’être produite en septembre 1976 au premier festival punk organisé par Malcolm McLaren au Club One Hundred , elle transforme « Suzie » en « Siouxsie ». Cette première prestation était vraiment punk : le groupe n’ayant aucun morceau à son répertoire, les musiciens improvisèrent tandis que « Suzie » récitait des poèmes… voire même les prières dont elle pouvait se souvenir. C’est l’époque du « pas de complexe », le leitmotiv est « tout le monde peut monter un groupe ».

Allant plus loin dans la provocation, Suzie, dont les tenues et le maquillage sont déjà outranciers pour l’époque (la mode gothique n’a pas encore pris), porte un brassard arborant la croix gammée.

Arrive ce qu’il devait arriver..

C'était fatal: à Paris, elle se fait salement tabasser. Mais, explique-t-elle, « Le brassard, c’était pour choquer les bourgeois ». Preuve qu’elle n’adhère pas à l’idéologie nazie, elle écrira la chanson « Metal Postcard » (sur l’album « The Scream, 1978) en souvenir de John Heartfield, pseudonyme de l’artiste allemand Helmut Herzfeld connu entre autres pour ses photomontages qui ridiculisèrent Hitler et elle publiera en 1980 le 45-tours intitulé « Israel ».

Le succès de Siouxsie and the Banshees est immédiat

Le premier 45-tours, « Hong Kong garden » (1978) se place dans les dix meilleures ventes en Angleterre. Siouxsie a certes profité de la mode new wave pour accéder rapidement à la notoriété mais cette réussite, loin d’être usurpée, n’était pas un feu de paille. Au contraire son parcours traduit une véritable continuité et une véritable cohérence dans une œuvre que l’on peut qualifier d’imposante : avec son premier groupe (1976-1996), une douzaine d’albums (un nombre qui monte à une vingtaine si l’on inclut les albums live et les compil’ proposant des titres rares) ainsi qu’une dizaine avec The Creatures (1981-2005) et un album en solo.

C’est justement cette continuité qui surprend

En théorie Siouxsie and the Banshees (et ses ramifications) aurait dû disparaître depuis belle lurette. Une première fois, à la fin de l’ère punk, une seconde fois lorsque certains membres (leguitariste John McKay et le batteur Kenny Morris) firent sécession en 1979. Mais si certains membres prennent la poudre d’escampette, ça ne nuit pas à la créativité et à l’imagination de Siouxsie : durant l’enregistrement de l‘album « Kaleidocope » de Siouxsie and the Banshees (1980), elle ressent l’envie de monter, en parallèle, un second groupe, The Creatures, plus axé sur les percussions. De « Kaleidocope », en effet, on remarquait surtout la guitare aérienne d’un nouveau venu dans la formation, John McGeoch, du groupe Magazine.

Autre surprise...

Siouxsie se retrouve au hit-parade en 1983 avec une reprise du « Dear Prudence » des Beatles qu’elle a concoctée avec Robert Smith des Cure. Mais bientôt Siouxsie aura trente ans… Elle ne se comporte plus comme en 1976, lorsqu’elle faisait partie de la bande à Sid Vicious (avant d’être bassiste des Sex Pistols, il fut un temps batteur de Suzie and the Banshees) ; en 1987 elle publie « Through the looking glass », un surprenant album de reprises de titres des Doors, de John Cale, de Television, d’Iggy Pop, de Roxy Music… mais aussi, plus surprenant, des Sparks, de Bob Dylan et de Billie Holiday.

Depuis 2004, la quinquagénaire se produit en solo… mais n’hésite pas à reprendre les grands titres qui ont fait sa gloire du temps des Creatures et de Siouxsie and the Banshees.

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