Soirée Tina Turner mardi 2 août sur Arte

Deux heures et dix minutes passionnantes. "Simply the best", notamment, accompagnera en images la bio que nous vous proposons ici

Après "Live in Rio", célèbre concert de 1988, Arte propose, avec "Simply the best", le survol d'une carrière hors du commun. Mais au fait, qui est Tina Turner ?

Elle est d'abord le fantasme d'Ike Turner

La belle Anna Mae Bullock dite Tina est née en 1939. A dix-huit ans, elle rencontre Ike Turner . Il aime les femmes bien en chair et portant des vêtements courts. Pour lui, Tina se transforme, allant jusqu'à ingurgiter des pilules pour grossir.

Ils se marient et fondent The Ike And Tina Turner Revue qui sillonne les U.S.A. Le spectacle, faut-il le préciser, est particulièrement axé sur la présence scénique de Tina, provocation sexuelle et sensuelle. Rapidement, le couple bat de l'aile, Ike, macho dans l'âme, ne parvenant pas à accepter que le show repose presque entièrement sur les épaules et sur le buste de sa moitié.

Fallait-il une preuve supplémentaire ?

En 1966, Tina est remarquée par le célèbre producteur de disques américain Phil Spector qui va lui faire enregistrer son seul et unique succès avant plusieurs années, "River Deep, Mountain High", n°3 en Grande-Bretagne mais seulement 88e aux Etats-Unis (le titre sera repris en 1971 conjointement par les Four Tops et les Supremes, 11e en Grande-Bretagne, 14e aux Etats-Unis). Il sort sous le nom de Ike and Tina Turner.

Quand donc la vérité sera-t-elle rétablie ?

Ce disque, depuis toujours, aurait dû sortir sous le seul nom de Tina, car non seulement Ike n'y joue pas, mais Phil Spector lui avait expressément demandé de ne pas venir au studio. Pour en revenir à la VO, son échec aux USA est lourd de conséquence : à la suite de cette énorme déception, Phil Spector se retire du monde du disque trois années durant. C'est la fin d'une aventure sonore unique en son genre, et poussée dans ses ultimes retranchements : au détriment des artistes impliqués qui ne deviennent plus que de simples marionnettes (et des prête-noms : aucune des Crystals, par exemple, n'a participé à l'enregistrement de la plupart de leurs tubes), Spector bâtissait son Mur du Son (qu'un sévère chroniqueur qualifia de Barrage de Bruit). Pourtant ! Spector avait du nez pour écrire, co-écrire ou reconnaître un tube.

Les années fastes

Pour avoir une idée du succès de la Revue, signalons qu'en 1975, après un passage à l'Olympia, Tina se fit voler la recette dans sa chambre d'hôtel, 85 000 dollars, en liquide. Car les succès s'enchaînaient depuis plusieurs années : "I've been loving you too long" (1969), "Come together" (1970), "Nutbush city limit" (1974) mais surtout "Proud Mary" (1971).

Proud Tina... Proud Mary

Le titre, en 1968, fut porté au sommet du hit-parade américain (et 8e en Angleterre) par ses créateurs, le groupe Creedence Clearwater Revival. Immédiatement enregistré par Claude François, sa première adaptation en français (“Roule”) est un coup d’épée dans l’eau. Il faudra alors attendre 1978 pour la redécouvrir dans la bouche de Dick Rivers (“Roule pas sur le Rivers”), puis 1996 dans celle de Johnny Hallyday (“Rouler sur la rivière”). Mais, finalement, la version véritablement inoubliable est celle, surexcitée, de Ike and Tina Turner en 1971. Au point que la version originale est oubliée, d'autant que le groupe est séparé. Sans son leader John Fogerty, la formation fut incapable de résister. Fogerty, en procès avec sa maison de disque, a juré de ne plus jamais jouer le moindre titre enregistré avec ses ex-compères… jusqu'au jour où Bob Dylan lui fait remarquer que, s'il ne joue pas au moins "Proud Mary", tout le monde finira pas croire que les véritables créateurs du titre sont Ike and Tina Turner. Piqué au vif dans son orgueil, Fogerty s'exécuta et retourna enfin au monde du rock.

Jaloux du succès de sa femme, Ike Turner devient violent

Prendre ombrage du succès de Tina... Le mot est faible car la consommation de cocaïne n'arrange pas les choses. En juillet 1976, après avoir été rouée de coups, Tina prend la fuite sans un dollar en poche. Menacée de mort par Ike, elle ne se sépare jamais de son pistolet.

La séparation consommée avec son mari, Tina se retrouve sans emploi

Elle tente de remonter la pente, mais c'est dur : criblée de dettes (500 000 dollars, c'est pas rien dans les années 70), pendant deux mois, elle est contrainte de faire des ménages. Cinq années noires durant lesquelles elle se produit dans les clubs les plus glauques pour rafler quelques cachets dérisoires.

1981, le retour sous les feux de la rampe

Tina se voit miraculeusement confier le rôle d'Acid Queen dans le film opéra-rock des Who, "Tommy". Le cinéma lui fait des courbettes : elle imposera sa personnalité dans "Mad Max III". Mais, dans son domaine de prédilection, la chanson, elle stagne : pas le moindre tube... Concerts dans des salles à moitié vides...

La star vieillissante est-elle au bout du rouleau ?

A quarante-cinq ans, l'heure de la retraite aurait-elle sonné ? Pour une fois, au lieu de "se tirer dans les pattes", les acteurs du show business vont faire fonctionner à fond l'atout de la solidarité. Deux grands noms de la musique populaire vont rendre un hommage à Tina : David Bowie la pousse à retourner en studio et Mick Jagger à retrouver les grâces du grand public en se joignant à la dixième tournée américaine des Rolling Stones dont, d'ailleurs, elle reprend "Honky Tonk Woman". Pour ne pas faire de jaloux, elle enregistre également "Help" des Beatles, mais sa version plafonne à la 40e place des classements américains. Auréolée d'une reconquête en chantier, elle fait la part belle à un jeune Canadien, Bryan Adams, à qui elle prête sa voix pour un duo, "It's Only Love" qui se vend à merveille.

Son retour au hit-parade - seule - se situe en 1984

"What's Love Got To Do With It" est n°1 aux Etats-Unis. Désormais plus rien ne semble pouvoir l'arrêter. La voici nominée meilleure chanteuse aux American Music Awards (janvier 1985) puis meilleure performance vocale aux Grammy Awards (février 1985). L'album "Private Dancer" se vend à dix millions d'exemplaires. En février 1988, elle se produit à Rio devant 180 000 personnes.

L'œuvre commune de Ike et Tina est reconnue au Rock'n'roll Hall Of Fame en janvier 1991.

Les deux ex-tourtereaux vont-ils tomber dans les bras l'un de l'autre ? Que nenni ! Aucun des deux ne vient recueillir le prix, et c'est Phil Spector qui s'empare du trophée. Infatigable, Tina prend la plume pour un best seller, "I, Tina", sa biographie. Un film en est tiré ("What's Love Got To Do") dont elle tient évidemment le rôle pivot.

Et au moins est-elle toujours vivante alors que son tortionnaire d'ex-mari est mort en 2007 ( à suivre en cliquant ici ).

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