Streets Of London d'Arnaud Devillard et Olivier Bousquet

Si de Liverpool, on connaît presque uniquement Penny Lane, à Londres, les lieux-souvenirs ne manquent pas, comme en atteste ce livre sorti le 15 novembre

Il serait exagéré de dire qu’aujourd’hui le livre rock tourne en rond (une impression, due à la production, qui, semble-t-il, n’a jamais été aussi abondante au point d’en devenir surabondante) mais il faut reconnaître que c’est davantage le nom des auteurs (Keith Richards !) que les sujets abordés (biographies, recueils de souvenirs sur les années soixante, discothèques idéales… au pluriel, comme s’il pouvait y en avoir plusieurs) qui attire notre attention. Aussi on ne peut que saluer le travail accompli par Arnaud Devillard et Olivier Bousquet dans « Streets Of London / L’Histoire du Rock dans les rues de Londres ».

Le sujet est, semble-t-il, traité pour la première fois

Nous sommes invités à une balade aux airs de ballades dans les rues de la capitale. Capitale qui, en terme de musique populaire, ne mérite vraiment ce nom qu’à partir de 1964 : il avait fallu moins d’un an pour que, dans les médias, la formule Swingin’ London remplace le mot Merseymani a. Quelques rues en plein centre donnaient l’image d’une Angleterre résolument joyeuse sur tout son territoire alors qu’à quelques encablures, à Dartford, patelin de Keith Richards (et de Mick Jagger, nettement moins pauvre) ou à Wembley, fief de Keith Moon, les classes laborieuses ramaient toujours pour trouver un job ou un logement ; c’était comme si, au même moment, toute la France avait ressemblé au Quartier Latin.

Mais c'est où, Abbey Road ?

Si de Liverpool, on connaît presque uniquement Penny Lane, à Londres, les lieux-souvenirs ne manquent pas, à commencer par la toujours vivante Abbey Road (choix qui s’impose puisque nous venons d’évoquer Liverpool, donc, sans les nommer, des Beatles). La promenade est passionnante et, ce qui ne gâte rien, le livre est richement illustré. Comme disent les auteurs en parlant de leur ouvrage, « Il est beau, il a des photos, un dos carré, une couverture souple, un index et ça parle de musique. De rock, de pop, de punk, de new wave, de blues anglais. Et de Londres. Bref: c'est un genre de guide touristique en apparence, découpé quartiers par quartiers (West End, East End, Notting Hill, Battersea, Camden, Hampstead, Belgravia, Chelsea, les parcs...).

On vérifie ?

Puisque les Rolling Stones sont actuellement omniprésents dans l’actualité (on n’a pas tous les jours 50 ans) commençons la promenade à Denmark Street, là où ils enregistrèrent leur premiers rugissements, dans les studios de Regent Sound. Un studio qui devait être tout sauf mauvais, puisqu’ils virent ensuite défiler les Kinks et même les Beatles, très exactement le 9 février 1967, pour l’enregistrement de "Fixing A Hole" (pour la première fois depuis la signature de leur contrat avec Parlophone, les Beatles enregistraient ailleurs qu'à Abbey Road.

Les studios habituels n'étaient pas disponibles ce jour-là

Les Beatles évoquent un studio vieillot, vétuste... mais le résultat est tout-de-même assez satisfaisant pour être conservé). Denmark Street… Stratégique : une fois le souple (acétate) sous le bras, l’artiste n’a plus qu’à traverser la rue pour faire écouter ses œuvres aux journalistes du New Musical Express (hebdomadaire aujourd’hui fusionné avec son rival de toujours, le Melody Maker). Arrêtons-nous quelques instants –c’est la moindre des choses, certains s‘y sont arrêtés pour l’éternité- sur Curzon Place, petite rue jouxtant Hyde Park… petite rue où moururent, dans le même appartement du même immeuble, Keith Moon et Mama Cass.

Hyde Park…

Restons-y pour à nouveau évoquer les Stones et leur bien piètre concert de l’été 69. Un concert dont beaucoup croient qu’il fut organisé à la va-vite pour rendre hommage à Brian Jones mort quelques jours plus tôt alors qu’en réalité le guitariste blond avait été invité, trois semaines auparavant, à quitter le groupe qu’il avait fondé. Dès lors, s’il faut se souvenir d’un concert à Hyde Park, choisissons plutôt celui de Blind Faith le mois précédent pour la bonne et simple raison que c’est à cette occasion que pour la première fois les médias employèrent un terme qui allait devenir la tarte à la crème du début des seventies : supergroup .

Un détour par Sloane Avenue, là où fit retraite Syd Barrett de1973 à 1982 et où, en 1977, logèrent deux Sex Pistols, Rotten et Vicious. Oh, pas bien longtemps : ayant « oublié » de payer le loyer, ils furent rapidement virés du logement qu’ils occupaient. Finalement, on en vient à se demander qui n’est pas passé, un jour ou l’autre, à Londres ou au moins par Londres ?

Au gré des pages, nous croisons un peu tout le monde

Pink Floyd, les Who, AC/DC, Hawkwind, T. Rex, Diamond Head, Blur, Jesus and Mary Chain, Coldplay, les Libertines, Fleetwood Mac, Alexis Korner, Syd Barrett, Queen, John Peel, Jimi Hendrix, Nick Drake, Fairport Convention, Sandy Denny, David Bowie, Elton John, les New York Dolls (et pasles London Dolls), Jam, les Buzzcocks, les Damned, les Kinks, Ten Years After, Led Zeppelin, John Mayall, Eric Clapton, les Pogues, Cream, Blind Faith, Lou Reed, Iggy Pop…

Ce livre s'appelle: Streets of London, est édité chez Le mot et le reste ( http://atheles.org/lemotetlereste/attitudes/streetsoflondon/ ), compte 270 pages, coûte 20 euros et a une page Facebook: http://www.facebook.com/pages/Streets-of-London/269238003188257?ref=hl

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