Un nouveau livre sur Jean Harlow. Le mystère Bern enfin élucidé?

Depuis 1932, on se demande si le mari de l'actrice s'est vraiment suicidé ou s'il a été assassiné. "By Love Reclaimed", qui vient de sortir, en dit plus
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"By Love Reclaimed", de Adrian Finkelstein et Valerie Franish (éditions iUniverse) le livre qui vient de sortir aux Etats-Unis (y aura-t-il une version en français?) revient en détail sur les trois années de vie commune (pas si commune que ça!) de l'actrice Jean Harlow, la Blonde Platine, et de Paul Bern, le producteur de cinéma qui s'était (officiellement) suicidé peu après son mariage.

Un mystérieux suicide

Samuel Marx, scénariste de MGM, avait pu se rendre au domicile du défunt le 5 septembre 1932 avant l’arrivée de la police. Il eut immédiatement des doutes sur la véracité du suicide… mais ne fit une réelle investigation que bien plus tard. Quoiqu’il en soit, son intime conviction était que Bern avait été assassiné par sa première épouse, Dorothy Millette, et que le crime avait été maquillé pour que, une fois de plus, l’opprobre ne soit jetée sur Hollywood. Il publiera d’ailleurs en 1990 le livre « Deadly Illusions » réédité quatre ans plus tard sous un titre beaucoup plus explicite : « Murder Hollywood Style - Who Killed Jean Harlow's Husband? ».

Un crime maquillé

Selon Marx, le producteur de films Irving Thalberg, Louis B. Mayer et le responsable de promotion Howard Strickling avaient effacé toute trace du passage de Dorothy Millette (celle-ci se suicida un ou deux jours après les funérailles de Bern). En 1932, on savait fort peu de choses la concernant : après leur vie commune (de 1911 à 1920), son mari l’avait placée dans un centre de soins spécialisé où il l’avait laissée de nombreuses années pour tenter de guérir sa maladie mentale ; elle n’en était sortie que vers 1930. On l’avait vue tomber (se jeter ?) d’un bateau de croisière, le Delta King, peu après l’enterrement de son ex-mari et l’on retrouva son corps sur la rive de Georgiana Slough. Son enterrement fut payé par Jean Harlow et sa pierre tombale par Louis B. Mayer, dit-on à l’époque. Or récemment cette double information fut démentie : ni l’un ni l’autre n’aurait mis la main à la poche, les biens personnels de Dorothy Bern ayant été vendus aux enchères pour payer ses funérailles. On apprend également qu’elle serait née en France, en 1895 (et non en 1896 comme l’indique sa pierre tombale). Et surtout qu’à sa sortie de la clinique psychiatrique, donc dans la période 1930-1932 elle avait beaucoup revu Bern et avait fait la connaissance de Jean.

L’enquête repartait de plus belle dans les années 80…

En mai 1932, Dorothy Millette s’installa à San Francisco, au Plaza Hotel. Jean, qui venait d’apprendre son existence, n’était pas, c’est le moins qu’on puisse dire, enchantée d’apprendre qu’il existait déjà une première madame Bern. Et s’il s’agissait d’une imposture ? On sait que Jean, sa mère et un certain Marino Bello avaient effectué, quelques mois avant la mort de Paul, un voyage éclair à Frisco : il n’y étaient restés qu’une heure, en route pour Los Angeles. Dorothy Millette leur avait montré des preuves de son mariage. Et après la mort de Paul, on apprit qu’il avait rédigé trois testaments ; son notaire stipula que les deux premiers étaient en faveur de Dorothy. Seul le troisième, daté du 29 juillet 1932, désignait Jean comme sa légataire universelle. Mais en revanche, à cette même date, Bern était toujours souscripteur d’une assurance-vie au profit de Dorothy. Il aurait donc pu sembler urgent à cette dernière d’assassiner son mari tant que la police d’assurance courait… mais pourquoi, dans ce cas, se suicider quelques jours plus tard ? Ou bien la fille était (toujours) complètement cinglée, ou bien elle avait été poussée du bateau à vapeur Delta King…

Et puis, si Paul avait véritablement été assassiné, par qui ?

Par Dorothy ? Pas sûr : l’homme était nu, le revolver à la main. Or, ce revolver était constamment dans la poche de son veston. Jean le savait ; Dorothy, elle, aurait dû fouiller toute la maison avant de le trouver. La conclusion possible : c’est Jean qui a tué Paul, et, dès le lendemain, un tueur à gages se mettait sur la peau de Dorothy : faire croire qu’elle s’était suicidée la plaçait en première ligne de la liste des possibles coupables.

Revenons sur les quatre scénarios possibles :

1) C’est celui qui semble le plus logique : Dorothy est furieuse d’avoir été enfermée durant de longues années. Elle n’accepte pas que Jean vive la vie dorée que, elle, avait méritée. La vengeance !

2) On sait que, malgré sa prétendue impuissance, Bern avait, de longue date, une relation avec sa secrétaire Irene Harrison. Une relation qu’il continuait à mener de front avec celle qu’il avait avec Jean. Et Dorothy connaissait bien cette secrétaire puisque c’était elle qui, de la part de Paul, lui envoyait du courrier et sa pension hebdomadaire. Après la mort de Paul, Irene avoua qu’elle avait été très mécontente de l’irruption de l’actrice dans la vie de son patron.

3) On sait que la maman de Jean avait une énorme influence sur sa fille. Or elle détestait Paul Bern et voulait détruire leur relation, bien avant le mariage. N’étant pas parvenue à ses fins, elle aurait loué les services de Abner “Longie” Zwillman, un redoutable mafioso, pour flinguer Paul. D’autant qu’après le mariage, elle savait que c’était sa fille qui entretenait le gendre détesté. Et, comble de l’affaire, c’est le fric de Jean qui servait à payer la pension de Dorothy ! Au total, son compter l’enterrement, Jean épongea 20 000 $ de dettes de son mari.

4) Néanmoins, sans aucune preuve (un demi-siècle plus tard, il était difficile d’en trouver), nous devons nous en tenir à la thèse officielle du suicide de Paul, sur lequel, en plus de tous ses ennuis, couraient des rumeurs d’homosexualité ( à suivre en cliquant ici ).

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