Une cinéaste française à redécouvrir : Jacqueline Audry

Dans la lignée d'Alice Guy et de Germaine Dulac, Jacqueline Audry devrait être aujourd'hui encensée. Malheureusement, elle était en avance sur son époque
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Petite nièce de Gaston Doumergue, président de la République française de 1924 à 1931, Jacqueline Audry (1908-1977) est la cinéaste française par excellence. Hélas, elle a dû exercer son talent dans une époque frileuse au niveau des moeurs. Courageusement, elle filma sa petite révolution... en prenant soin, autant que possible, d'éviter la censure. Fût-elle née quelques années plus tard que son oeuvre aurait collé à merveille à l'esprit de Mai 68. Il n'est pas trop tard pour découvrir, voire redécouvrir, ses films qu'il serait urger d'éditer sur DVD.

Qui était Jacqueline Audry?

La réponse se trouve sur le site d'Universalis :

"Jacqueline Audry fut script pour vingt-cinq films (Tourjanski, Decoin, L'Herbier, Siodmark...) et finit par devenir l'assistante d'Ophüls pour Werther . Elle tourne ainsi une dizaine de films en travaillant avec Lacombe, Pabst, Delannoy. En 1943, enfin, elle réalise à Nice son premier et très beau court métrage Les Chevaux du Vercors . La même année, elle rencontre le compagnon de sa vie, son dialoguiste préféré, Pierre Laroche, qui a laissé son nom dans l'histoire du cinéma comme coscénariste et dialoguiste avec Jacques Prévert des Visiteurs du soir , de Marcel Carné, et de Lumière d'été , de Jean Grémillon. Seize longs métrages naîtront de cette passion commune pour le métier".

Quels sont ses principaux films à découvrir en priorité?

Ceux qu'elle a réalisés, entre 1946 et 1977, sont au nombre de 18 :

- Les Malheurs de Sophie, d'après le roman de la comtesse de Ségur

- Sombre Dimanche

- Gigi d'après le roman de Colette

- L'ingénue libertine

- Olivia

- His-Clos d'après le roman de Jean-Paul Sartre

- La Caraque Blonde

- Mitsou

- La Garçonne d'après le roman de Victor Margueritte

- C'est la faute d'Adam

- l'Ecole des Cocottes

- le secret du Chevalier d'Eon

- Les petits matins

- Cadavres en vacances

- le bonheur conjugal

- fruits amers

- le lys de mer d'après A. Pieyre de Mandiargues

- un grand amour de Balzac

Un choix s'impose

Avec goût et délicatesse, elle dresse ainsi d'intéressants portraits de femmes, de la femme adultère à la lesbienne, de l'ingénue à la perverse. Ce sont donc ces films qu'il faut chercher en priorité, notamment "La Garçonne", qui en était à sa troisième version, et dont voici le synopsis :

- Les parents de Monique Lerbier veulent, par intérêt, la contraindre à épouser un homme qu’elle n’aime pas. Elle quitte alors le foyer familial et succombe à toutes les tentations charnelles et plaisirs artificiels qui lui étaient jusque-là inconnus…

" Succombe à toutes les tentations charnelles et plaisirs artificiels "

Il est évident qu'avec un tel portrait, porter à l'écran l'oeuvre de Victor Margueritte constituait une gageure. Guère facile à porter à l'écran ! La première version (une jeune femme apprenant que son fiancé la trompe décide de mener à son tour une vie libre, avec des partenaires multiples) d'Armand du plessy fut censurée à sa sortie et l'auteur du roman publié en 1922 eut à en souffrir : considéré à l'époque comme choquant, Victor Margueritte se vit retirer sa Légion d'Honneur à la suite du scandale causé : le livre sortait dans une France se relevant à peine de la Grande guerre, et où existait un lourd déséquilibre démographique (10% environ) entre les deux sexes, déséquilibre susceptible de créer quelques tentations tant chez des maris davantage sollicités que chez des femmes seules.. (à suivre)

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