Vers une future affaire Macé-Scaron ?

Et si ceux qui n'ont pas le temps d'écrire leurs livres eux-mêmes l'avouaient, le monde des lettres ne serait-il pas plus sain ?
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L'année passée, c'était Poivre d'Arvor qui faisait la Une, non pas en raison de l'intérêt de ses écrits, mais pour ses talents de moine copiste. Rebelote cet automne avec l'omniprésent Joseph Macé-Scaron. Il aurait par inadvertance réutilisé des notes de travail pour son livre "Ticket d'entrée". Un aveu qui le rend difficilement défendable : on risque de l'attaquer (" il n'a pas écrit son livre lui-même "), il se défend en sous-entendant qu'il ne l'a pas relu. Ca fait vraiment pas sérieux. Autre possibilité, tout aussi inquiétante : il ne sait plus ce que lui aurait écrit, et ce qui a été écrit par l'Américain Bill Bryson. Canal + , I. Télé , Marianne et Le magazine littéraire qui l'emploient risquent d'y perdre un peu en crédibilité.

Nègre, teinturier ou écrivain fantôme

Un responsable politique, une star de la TV n'a généralement pas le temps d'écrire un bouquin. Tout le monde le sait, personne ne l'avait encore jamais dit avant l'affaire Poivre d'Arvor il y a quelques mois. Aujourd'hui on remet le couvert...

Tout cerveau normalement constitué a dû se poser la question, devant les étals des libraires regorgeant, débordant d’épais bouquins signés par des grands noms, entre autres, de la politique ou des médias : mais comment font-ils, comment trouvent-ils le temps d’écrire des livres avec tout le travail qu’ils abattent ? Passé ce moment –fugitif- de questionnement, l’homme de la rue retourne regarder la télé.

La honte de la littérature

Le critique, lui dont la mission est de véhiculer l’art, la culture, l’information, celui qui fait partie des « milieux bien informés », comment fait-il pour s’accommoder de cet implacable paradoxe ? Va-t-il cirer les pompes, pour son livre, d’un type dont il sait pertinemment qu’il ne l’a pas écrit ?

Le 4 janvier 2011, en mettant en doute l’authenticité du travail de Patrick Poivre d’Arvor en suggérant que sa biographie d’Hemingwa y avait été rédigée par un nègre qui avait profité de son anonymat pour faire un bête copié-collé, l’Express révélait au grand public ce que tout le monde sait depuis belle lurette.

Comment une telle honte peut-elle exister?

Les nègres, par contrat, s’engagent à ne pas révéler qu’ils ont écrit pour / à la place de… sinon ils sont «morts» (professionnellement parlant. Espérons que ça ne va pas plus loin) ; ils doivent rembourser l’argent qu’ils ont touché, et de plus, ils encourent des poursuites. Comme ce sont des types pris à la gorge financièrement, on put longtemps leur faire confiance ; sauf que depuis une bonne vingtaine d’années ces types brillants et exploités ont vu surgir dans la corporation des types faignants ou malicieux, voire les deux. Pour la même somme (une part infime de ce que touche la star sans écrire une seule ligne) pourquoi iraient-ils se tuer à «pondre» un texte qu’ils peuvent couper-coller … d’autant que ce n’est pas eux dont le nom sera sali lorsque la supercherie sera découverte (si elle est découverte, ce qui est rarement le cas).

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