Wembley, banlieue de Londres, faillit avoir sa Tour Eiffel

Certains jours plus visité que Buckingham Palace, le Wembley d'aujourd'hui ne ressemble en rien à celui des XVIIIe et XIXe siècles.
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Il n’existe certainement pas en Angleterre de banlieue plus célèbre que Wembley. Cette notoriété est due à son célèbre édifice, le Stadium. Est-il besoin de nommer le stade Wembley, temple du football anglais ? Inauguré en 1923 en vue de l’Exposition impériale britannique qui devait se tenir l'année suivante, il s'appela d'abord Empire Stadium. Il accueillit les Jeux Olympiques de 1948 et la Coupe du monde de football de 1966. Avant la construction du Stadium, Wembley existait déjà.

Wembley, rêve ou cauchemar?

Wembley, cette banlieue du nord-est londonien, est un endroit dont rêvent de s’échapper tous les enfants qui y grandissent pendant que le reste du monde n’a qu’une seule envie, y venir, particulièrement pour prendre part à la Coupe finale qui se tient chaque année en mai. Ce fameux stade national qui appartient à la Fédération d’Angleterre de football, l'un des plus grands du monde avec 90 000 sièges couverts, accueille aussi des concerts de rock. Faut-il ajouter que, dans ces conditions, Wembley, par moments, attire davantage de monde que Buckingham Palace ?

Il devient alors quasiment impossible d’imaginer qu’il y a moins de cent ans, Wembley était à la campagne. Et pourtant ce fut le cas durant des siècles...

En 1542, on y comptait… six maisons!

En 1805, on passe à 22 bâtisses. Durant tout le XIXe siècle, la population moyenne de Wembley compte en permanence à peine deux cents habitants. On aurait pu néanmoins se douter que quelque chose allait changer, lorsqu’en 1844, une gare fut construite pas bien loin, à Sudbury, sur la ligne qui reliait Londres à Birmingham. Deux ans plus tard, Wembley méritait le terme de paroisse civile, puis en 1895 celui de Conseil de district urbain: le quartier avait pris un développement considérable à partir de 1879, lorsque la première ligne de métro, la Metropolitan line, avait choisi de traverser Wembley pour rejoindre Harrow-on-the-Hill.

Metroland

Sir Edward Watkins, fondateur de Metropolitan, la société qui gérait le métro, fit l’acquisition de tous les terrains de part et d’autre de la ligne et y fit construire des bâtiments modernes, remplissant ainsi l’espace vide qui, jusqu’alors, séparait Londres de ses paroisses, notamment Wembley. On inventa alors le terme metroland pour désigner ces faubourgs qui poussaient comme des champignons sur les terres de l’ancienne paisible campagne.

Un mal pour un bien?

Ce nouvel urbanisme inspira grandement les poèmes de Sir John Betjeman, notamment «A Wembley Lad and The Crem». Véritable touche-à-tout, Betjeman, sorti d’Oxford sans le moindre diplôme, fut secrétaire, professeur, chroniqueur de cinéma, anima (le terme est plus qu’exact!) de nombreuses émissions à la BBC. Mal connu (et peu traduit) dans notre pays, il finit poète officiel de la reine.

Irréductible défenseur de l’architecture victorienne, Betjeman (1906-1984), élève de T.S. Eliot et «plumitif» (c’est ainsi qu’il se définissait) se battit bec et ongles pour la sauvegarde de nombreux monuments historiques. Il avait fondé la Victorian Society pour la préservation et une meilleure connaissance des arts et de l’architecture de types victorien et édouardien.

Mais tout n’avait pas pu être sauvé

Betjeman n’avait qu’un an en 1907, lorsque fut démolie en plein cœur de Wembley la Folie de Watkins… car c’est ainsi qu’on avait péjorativement nommé l’ultime projet de Sir Edward Watkins, à savoir une réplique, en plus grand, de la Tour Eiffel. Commencé d’être érigée dans Wembley Park, qui avait ouvert ses portes en 1894, l’originale construction ne dépassa jamais le tiers de la hauteur prévue, après révision à la baisse du projet, pour des problèmes de budget. On commença à démolir la tour en 1904, et, enfin, on fit exploser ses fondations en 1907. Le Wembley Stadium prendrait sa place quelques années plus tard. Mais la folie de Watkins ne s’était pas limitée à ce malheureux épisode: visionnaire, il fut l’un des premiers à envisager la possibilité d’un tunnel sous la Manche. Finalement, pour lui qui avait géré les travaux du métro londonien, cette tâche semblait à peine plus ardue.

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