La télémédecine officialisée en France

À partir de janvier 2010, le décret de loi du 19 octobre 2010 va permettre aux professionnels de santé d'établir un diagnostic médical à distance.

En pleine interrogation sur l'avenir des médecins de campagne dans certaines régions désertées par la profession, la télémédecine va se déployer en France. Webcam, visioconférence ou simple coup de fil, les télécommunications et les nouvelles technologies rendent désormais possible les consultations médicales à distance.

Sous la responsabilité d'un professionnel médical

Cependant, pas question de laisser faire n'importe quoi, il ne suffira pas de se connecter à Internet pour se faire diagnostiquer, tout acte de télémédecine s'exercera sous la responsabilité d'un professionnel médical ayant reçu le consentement de son patient parfaitement identifié, informé, formé/ou préparé pour utiliser le dispositif, lorsque la situation l'imposera. Les professionnels de santé intervenant seront dûment authentifiés, des conditions incontournables à la pratique de la médecine à distance seront requises, et ils devront pouvoir accéder aux données médicales du patient nécessaires à l'acte. Le dossier médical devra être mis à jour, en y incluant notamment le compte rendu de l'acte et des prescriptions effectués en télémédecine.

L'établissement qui organise une activité de télémédecine aura le devoir de s’assurer que les professionnels de santé participant aux activités de télémédecine possèdent la formation et les compétences techniques indispensables à l’utilisation des dispositifs correspondant et que l’usage des technologies de télémédecine est bien conforme aux conditions de traitement et d’hébergement des données de santé à caractère personnel.

La télémédecine et ses différentes formes

  • La téléconsultation et le télédiagnostic: consultation médicale à distance.
  • La télé-expertise: autorise un praticien à demander l'avis d'un expert ou d'un ou plusieurs de ses confrères, pour partager leurs avis sur la prise en charge éventuelle d'un patient.
  • La télésurveillance: permet au médecin d'interpréter les données nécessaires au suivi médical d'un patient et si nécessaire de prendre les décisions qui s'imposent à sa prise en charge.
  • La téléassistance: permet à un professionnel de médecine d'assister à distance un collègue en cours de réalisation d'un acte médical.
  • La réponse médicale: dans le cadre de l'aide médicale d'urgence ou de la permanence des soins.
  • La téléchirurgie: permet de manipuler du matériel médical à distance et d'avoir une action directe du praticien sur le patient.
  • La création de réseau de télémédecine: permet la transmission des dossiers

Ce que va apporter la télémédecine

Même si elle ne pourra pas tout englober et ne se substituera pas entièrement aux consultations dans les cabinets médicaux qui resteront indispensables à la pratique de certains actes, la télémédecine, si elle se banalise, pourra pallier aux problèmes qui se posent cruellement dans certaines régions françaises peu peuplées ou au climat peu attrayant, désertées par les médecins. C'est peut-être aussi un moyen pour inciter des médecins isolés à ne pas quitter des villages ou des communes où ils sont absolument nécessaires aux résidents, car outre le manque de généralistes, se pose aussi le problème des transports en commun qui sont parfois déficients, les centres d'examen se trouvant souvent éloignés du lieu de résidence du consultant.

Du côté des médecins généralistes la télémédecine leur permettra d'avoir recours à l'avis d'un spécialiste, sans perte de temps en déplacements.

Les hôpitaux expérimentent le système

Aujourd'hui, le système est surtout expérimenté en milieu hospitalier. Ainsi un suivi en psychiatrie a été organisé à Vannes (Morbihan) et à Belle-Île-en-Mer, où le projet est déjà en expérimentation, des enfants qui devaient se rendre chaque semaine en bateau et par la route aux consultations psychiatriques auront désormais la possibilité de se faire soigner par visioconférence. À Paris, c'est le projet baptisé «Telegeria», qui est expérimenté depuis quatre ans, à l'hôpital Georges-Pompidou, et l'hôpital gérontologique Vaugirard, s'est relié aux services de pointe de cet établissement hospitalier européen, avec la possibilité de transferts d'images.

Que pense les Français de la télémédecine?

Suivant un sondage Viavoice, effectué fin octobre 2010, par le groupe Pasteur Mutualité, sur un échantillon de 1 010 personnes âgées de 18 ans et plus: 17% des personnes interrogées se déclarent prêtes à utiliser la médecine par Internet pour consulter un médecin et 70% ne l'envisagent pas du tout.

Pour les «contre»: la télémédecine est encore mal connue du grand public... et de nombreux professionnels de santé; certains craignent un mauvais diagnostic ou ne peuvent se passer d'une proximité directe avec leur médecin.

Les pour se trouvent plutôt chez les hommes et les jeunes, ceux qui ont un emploi du temps très rempli et les personnes qui utilisent beaucoup Internet.

Enfin, il est paradoxal de constater que les habitants des communes rurales en panne de médecins ne sont pas les plus enclins à opter pour la télémédecine, puisqu'ils ne sont que 14% à être intéressés, 70% pas du tout, 11% plutôt pas et 2% à ne pas se prononcer, alors que ceux de l'agglomération parisienne sont partants à 22%.

Quelques pionniers de la télémédecine

En 1992, c'est le docteur Jean-Yves Chauve, médecin officiel des courses à la voile, qui s'est révélé au grand public, quand, au cours du Vendée Globe, le navigateur Bertrand Debroc s'est coupé la langue. Il l'a guidé pour se suturer lui-même, ayant un fax comme seul moyen de communication, qui prenait quinze minutes entre le moment de l'envoi du message et sa réception. Les progrès technologiques permettent, désormais, d'ausculter à distance grâce à un stéthoscope numérique.

Mais c'est le 8 novembre 1994, que la première démonstration de télémédecine a eu lieu sur un patient placé dans un scanner à rayons X de l'hôpital Cochin à Paris et piloté depuis l'Hôtel-Dieu de Montréal. Puis en 2001, une première mondiale a été réalisée cette fois en téléchirurgie, avec l'opération de la vésicule biliaire par le professeur Jacques Marescaux (chef du service de chirurgie digestive et endocrinienne des hôpitaux universitaires de Strasbourg) qui était à New York, alors que sa patiente était à Strasbourg. Opération réalisée à l'aide d'un robot télécommandé presque en temps réel, grâce à une liaison haut débit.

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