Pourquoi tant d'hommes ne savent pas dire "Je t'aime"

Les femmes se plaignent de ne pas assez entendre la phrase reine des preuves d'amour. Mais les hommes ont peur d'être dévalorisés s'ils la prononcent.
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Nous nous sommes habitués à reconnaitre aux hommes une pudeur des sentiments. Cependant en consultation, une femme se désolera souvent de ne pas entendre les mots d'amour de la bouche de son partenaire

Tout commence très tôt

Cette interrogation est grosse d'une autre question: lors de leur enfance, les petits garçons ont-ils l'opportunité d'exprimer ce qu'ils ressentent? Il suffit souvent de se promener dans un parc et d'observer comment les parents réagissent à la vie intérieure des filles et des garçons pour répondre à cette question.

Pleurer au parc

Une petite fille est dans le parc avec sa mère. Tout à coup, un enfant commence à pleurer. La petite fille demande à sa mère ce qui se passe. La mère pourra évoquer avec sa fille tout un ensemble de raisons: "Peut-être cet enfant a eut peur"; "Peut-être a-t-il perdu son jouet préféré, ce qui le rend triste"; "Peut-être d'autres enfants ont été méchants avec lui". Avec ces explications, la mère n'hésitera pas à interroger sa fille sur ce qu'elle en pense. Dans une situation similaire, si un petit garçon pose la même question à sa mère, celle-ci répondra de façon rapide, allusive, raccourcie : "Je ne sais pas bien ce qui se passe, ne t'occupe pas de ça, ce n'est pas poli de regarder".

Nos mondes intérieurs

Ainsi la petite fille est encouragée à penser ses émotions, à en parler, à décrire de quoi elles procèdent. L'intérêt de la petite fille pour son monde intérieur est accepté, gratifié, encouragé. Le petit garçon sera, au contraire, subtilement découragé. Nous continuons, quand même, à demander pourquoi les hommes sont si mal équipés pour utiliser un registre lexical amoureux.

Même pas peur

Autre exemple, un enfant est surpris par un éclair aveuglant suivi d'un coup de tonnerre. A la petite fille, le père dira quelque chose comme: "C'était un peu effrayant, n'est-ce pas?". Au petit garçon, le même père dira plutôt quelque chose comme: "Eh ben quel tonnerre effrayant, tu es fort, tu n'as pas eu peur". La petite fille aura reçu l'autorisation de ressentir ses émotions, même la peur. Le garçon aura, de son côté, compris qu'il devra censurer normativement ses émotions et ne devra jamais faire l'aveu de sa crainte de la foudre ou du tonnerre.

T'as de beaux yeux

Nous pourrions multiplier les exemples. Les garçons dévoilerons peu ce qu'ils ressentent sauf à transgresser une règle tacite du comportement masculin. Le sentiment amoureux loge dans l'intime. L'expression de cette l'intimité procède d'une confidence impossible pour le garçon. Lorsque les femmes pensent que les hommes ne veulent pas être simplement dans l'intime, elles se trompent, car ils ne le peuvent pas, tout aussi simplement. A l'acmé de ce qu'ils appellent leur sensiblerie, ils diront, virilement : "T'as de beaux yeux", oubliant de dire combien ils aiment ces yeux. Ils sont mal préparés à cette chose qui est néanmoins si essentielle à une vie enrichissante et satisfaisante.

Manque de formation

Le malentendu s'installe, les femmes croyant à un manque de désir là où il n'y a qu'un manque de formation.

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