Frères du bled, une pièce au Vingtième théâtre

Une pièce de Christophe Botti jusqu'au 24 avril 2011 à Paris. Sur les souvenirs de la guerre d'Algérie, un pan de l'histoire de France, une famille raconte

Une pièce qui aborde la guerre d’Algérie sous un nouvel angle. Cette histoire évoque la France des années 1980 aux multiples contextes ; la montée du racisme, la reconnaissance tardive de la Nation française à l’égard des harkis, mais aussi un passé où OAS, pied-noir et harki doivent encore délivrer leur message.

Vingt-ans après la guerre d’Algérie

Vingt-ans après les événements de la guerre d’Algérie, dans un village français, une mère s’apprête à célébrer à la Toussaint, la mort du père de ses enfants, qui s’est suicidé pour des raisons étranges quelques temps avant l’arrivée de la famille sur le sol français.

Son fils et sa fille jumeaux sont là pour cette cérémonie. Manque à l’appel Djalil, le petit frère, le rebelle de la famille, celui qui ne ressemble pas aux autres…

Djalil débarque soudainement en tenue de soldat, il rapporte le journal personnel du père.

L’histoire de cette famille se recompose alors, à la fin de la lecture du journal secret, rapporté d’Algérie par Djalil. Les liens du sang disparaissent pour laisser place aux liens du cœur avant que n’éclate la vérité.

Une mise en scène de Thierry Harcourt, au Vingtième Théâtre

Après un démarrage de la pièce où l’on reste un peu dubitatif, le texte et les dialogues de l’auteur interprétés avec émotion, nous emmènent dans une atmosphère captivante, où l’on règle ses comptes dans une ambiance familiale paradoxale, teintée de conflits et de recherche d’amour.

C’est ainsi que la pièce utilise des flashs backs réguliers pour évoquer dans une alternance entre le passé et le présent, des faits et des blessures douloureux, toujours pas cicatrisées. Une famille en quête d’identité pour apaiser ses maux et ses souvenirs si durs à digérer.

Des personnages positifs qui laissent finalement transparaître l’espoir et l’humanité.

Un Manuel Blanc précis, une Déborah Grall étonnante, pleine de spontanéité et de fraîcheur, mais que vient faire Gabrielle Lazure dans un rôle à contre emploi ? une actrice si aérienne, gracieuse et élégante qui nous rappelle « La Belle captive » d’Alain Robbe-Grillet. Thierry Hardcourt a su saisir cette actrice, elle est subitement transportée d’émotion où se crispent la colère et la tristesse teintée parfois de remords.

Une pièce avec Gabrielle Lazure et Manuel Blanc

Née à Philadelphie Gabrielle Lazure a tourné de nombreux films, dont la Belle captive d’Alain Robe Grillet et Sarah de Maurice Dugowson, ou bien Noyade interdite de Pierre Granier Deferre. Elle tourne dans la cour des grands avec Olivier Dahan, Schöndorfer, Ariel Zeitoun, Philippe Labro… et bien d’autres. Elle joue parfois dans des pièces de théâtre et prépare actuellement son premier long-métrage, d’après son scénario.

C’est en 1988 que Manuel Blanc intègre le Cours Florent, puis l’école de la rue Blanche. Remarqué dans « J’embrasse pas » de Téchiné, aux côtés de Philippe Noiret et Emmanuelle Béart, ce film lui vaut le César du Meilleur espoir en 1992. Dès lors il n’a cessé d’enchaîner les films et les pièces au cinéma, au théâtre, comme à la télévision. Josée Dayan, Serge Moati, Werner Schroeter pour n’en citer que trois, Manuel Blanc continue une carrière brillante dans un parcours aussi riche que singulier.

Frères du Bled, une mise en scène réussie avec des comédiens convaincants, qui porte un texte où la réflexion sur l’histoire continue d’interroger à la recherche des vérités de chacun. À voir du mercredi au dimanche jusqu’au 24 avril 2011, au Vingtième théâtre à Paris.

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