Odilon Redon, un artiste entre rêve et mystère

Une exposition au Grand Palais jusqu'au 20 juin 2011, avant de partir pour Montpellier. Fusains, pastels et peintures, une collection orchestrée par la RMN
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Né le 20 avril 1840, il passe son enfance à Bordeaux et près de Listrac. C’est à l’âge de six ans qu’il inaugure ses premiers fusains dans une nature pleine de clairs-obscurs bercée par les paysages du Médoc. Scolarisé à Bordeaux, il obtient un premier prix de dessin qui annonce une personnalité douée pour les arts plastiques.

Odilon Redon, prince du rêve et du mystère

Plus tard, il tente des études d’architecture mais en vain. Dans la capitale de l’Aquitaine, il rencontre Rodolphe Bresdin vers 1863 qui lui apprend la gravure. Il commence alors une série de plusieurs eaux fortes. Rodolphe Bresdin est un artiste qui marquera profondément la carrière de Redon, notamment dans la première moitié de son œuvre. Redon se passionne aussi pour Darwin et Lamark et tout autant pour Baudelaire. L'artiste entretient des liens profonds avec la littérature de son temps.

Pour pénétrer l'atmosphère des oeuvres de Redon, il est bon de relire les histoires extraordinaires d'Edgar Poe, ou Les Fleurs du mal de Baudelaire.

Il s’installe en 1877 à Montparnasse et fréquente le salon littéraire et musical de Madame Rayssac. Curieux des arts et des sciences, il explore l’imaginaire à travers ses fusains, lithographies et eaux fortes. Il sera présenté par Maurice Denis aux Nabis, avant d’être sollicité pour son exposition à la grande galerie Durand Ruel en 1900.

Il joue un rôle essentiel dans la genèse du symbolisme et devient l’un des principaux acteurs de l’art, au tournant du XIXe et XXe siècle.

Impressionnisme, symbolisme, surréalisme, la traversée des courants esthétiques

Son apprentissage de la gravure, du fusain et de la lithographie l’amène à l’éclosion du monde « des noirs ». Cela lui vaudra une notoriété dans le courant symboliste naissant, avec ses techniques accomplies et d’une rare maîtrise. Redon traverse les époques et les courants esthétiques. En 1886, il participe à la dernière exposition du groupe des impressionnistes dont il se démarque très vite. Il sera ensuite considéré comme un esprit du courant symboliste, avant d’être reconnu comme l’un des précurseurs du surréalisme.

A partir de 1890, l’univers de l’artiste se métamorphose progressivement, développant chez le peintre l’univers de la couleur et de l’onirisme. Il s’adonne ainsi au pastel dans lequel il excelle et abandonne au fur et à mesure le fusain et la lithographie pour se révéler dans un esprit nouveau où le rêve tient une large place et la couleur devient rutilante. A l’aube du XXe siècle, les formats de ses œuvres deviennent de plus en plus grands. Les thèmes mythologiques et les bouquets de fleurs éclatants que se disputent les collectionneurs, marquent une sérénité nouvelle.

C’est durant cette période qu’il réalise quelques grands décors dont celui de l’Abbaye de Fontfroide. Bonnard, Vuillard, Matisse et les fauves lui rendent alors hommage, tandis qu’il amorcera vers la fin de sa vie une collaboration avec la Manufacture des Gobelins. Il disparaît en 1916.

Une exposition organisée par la Rmn, le musée d'Orsay et le musée Fabre à Montpellier

Cette rétrospective est la première organisée à Paris depuis celle de l’Orangerie en 1956. Elle représente une véritable redécouverte de cet artiste. Quelques 170 peintures, pastels, fusains et dessins, dont plusieurs inédits, composeront un parcours chronologique, qui s’attachera à mettre en évidence l’évolution stylistique et thématique de Redon. De l’époque inquiète des Noirs jusqu’à la profusion colorée de ses dernières œuvres.

Fusain, mine de plomb, crayon graphite, grattage, craie ou encre noire, et bien sûr les eaux fortes et pointes sèches achèvent de représenter Redon dans l'utilisation de ces techniques, pour nous faire découvrir un monde sombre et symbolique jusqu'aux références religieuses ou mythologiques.

Ange, démon, Christ, Centaure, apparition de la mort ou bien l'oeil, divin peut-être ? Ces sujets sont récurrents chez l'artiste et caractérisent une grande partie de ses représentations.

C'est au environ de la période 1895 - 1900 que le peintre donne un tournant à son parcours artistique. Il écrit d'ailleurs en 1902 :

" J'ai voulu faire un fusain comme autrefois : impossible, c'était une rupture avec le charbon. Au fond, nous ne survivons que grâce à des matières nouvelles. J'ai épousé la couleur depuis, il m'est difficile de m'en passer ."

Les sanguines de 1895 à 1898 illustrent bien ce changement en devenir chez l'artiste, en quête de couleurs et de lumière, dont la révélation sera marquée par ses superbes bouquets de fleurs.

Pastel, huile sur toile et aquarelle seront à profusion dans la deuxième période artistique de Odilon Redon.

Cette exposition est organisée par la RMN-Grand Palais, le musée d’Orsay et celui de Montpellier, Fabre. Elle sera présentée dans ce dernier musée du 7 juillet au 16 octobre 2011. Odilon Redon, prince du rêve, c’est aux Galeries Nationales du 23 mars jusqu’au 20 juin 2011.

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