Théâtre Michel à Paris, un spectacle de barbares

Le repas des fauves où la tragédie humaine révèle perversité et égoïsme, une mise en scène de Julien Sibre, quand la banalité fait place à la stupeur

Quand l'animalité remplace la convivialité, c'est l'instinct de conservation qui prime et remet à jour les réactions implacables et sordides nourries de lâcheté et de délation. Dans un dilemme cruel se joue le sort de l'un d'entre eux, qui sera le bouc émissaire ?

Une histoire sous l'occupation allemande

En 1942, dans la France occupée, sept amis se retrouvent pour fêter l’anniversaire de leur hôte. La soirée se déroule sous les meilleurs auspices, jusqu’à ce qu’au pied de leur immeuble soient abattus deux officiers allemands.

Par représailles, la Gestapo investit l’immeuble et décide de prendre deux otages par appartement. Le commandant qui dirige cette opération reconnaît M. Pélissier, le propriétaire de l’appartement, un libraire à qui le commandant achète régulièrement des ouvrages. Soucieux de préserver sa bonne relation avec son libraire, le commandant décide de ne passer prendre les otages qu’à la fin de leur repas en leur laissant l’épouvantable choix de choisir eux-mêmes les deux otages qui l’accompagneront.

Le repas des fauves, des bourgeois dans un appartement sous la France occupée, des gens peu préoccupés par l’occupation, sans soucis, voir mêmes spéculateurs au marché noir pour certains. Et puis soudain, l'envers du décor, la menace : qui sera l'otage ?

Une mise en scène originale

Une mise en scène de Julien Sibre, surprenante par son aspect cinématographique mêlant ainsi le théâtre et l’animation dans une illustration musicale, où le monde off projeté en fond de scène ne fait que rajouter de l’atmosphère au spectacle. Égoïsme, esprit pervers, lâcheté et cruauté dans une histoire universelle : Que ferais-je à leur place ?

Menée tambour battant par huit comédiens sur scène, dont l'interprétation est sans complaisance et convoque la nature humaine dans ces abjections qui oscillent entre manipulation et délation. Une comédie dramatique à voir, de Vahé Katcha. L'auteur réunit un jour de fête, des gens ordinaires qui s'accommodent des contraintes de l'occupation. C'est à la suite d'un fait inattendu que se révèle alors, chacun d'entre eux dans un nouveau visage animé par la peur. Une idée que B.Brecht avait également esquissé dans "grand peur et misère du IIIe Reich", Vahé Katcha la développe dans toute sa complexité. cette pièce est au théâtre Michel.

Le Théâtre Michel

Créé en 1906, ce charmant théâtre parisien porte le prénom de son fondateur Michel Mortier, un célèbre boulevardier de l'époque. On joue du Tristan Bernard puis du Feydeau dans un théâtre à l'italienne, puis Elvire Popesco vers 1923. Une grande pléiade d'acteurs suivront dans les décennies suivantes pour ne citer que : Raimu, Sacha Guitry, puis Simone Signoret, Michel Serrault et Alice Sapritch.

Aujourd'hui sous la direction de Didier Caron une nouvelle ligne éditoriale a commencé, des idées et des comédies nouvelles et humaines.

Le repas des fauves, Au Théâtre Michel, 38 rue des Mathurins 75008 Paris. M°Havre Caumartin. Un succès couronné de 3 Molières en 2011.

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