Accident nucléaire au Japon : éviter le raccourci Tchernobyl

L'accident intervenu à la centrale de Fukushima est le troisème plus grave de l'histoire du nucléaire civil, mais ce n'est pas un nouveau Tchernobyl.

Les accidents intervenus à la centrale de Fukushima sont gravissimes et posent évidemment de nombreuses questions sur la sûreté des installations nucléaires. Mais il faut aussi se méfier des discours volontairement catastrophistes de certains qui confinent parfois à la propagande.

Après un séisme d'une amplitude de 8,9 (la secousse la plus violente de l'histoire du Japon) et un tsunami, une série d'incidents graves ont mis en péril deux réacteurs de la centrale de Fukushima.

Fusion partielle et problème de ventilation

S'il est encore trop tôt pour dresser un bilan complet de ces accidents, on estime que s'il y a bien eu fusion partielle dans au moins un de ces deux réacteurs, les procédures de sûreté les entourant ont jusqu'ici joué leur rôle (ce qui ne veut pas dire que la situation est sous contrôle).

Suite au tsunami, la centrale a perdu les générateurs électriques permettant le refroidissement du coeur des réacteurs. Cette situation a provoqué une montée en pression et en température dans la cuve.

Pour résoudre cette situation, les ingénieurs japonais ont libéré de la pression. Cette vapeur radioactive (faiblement contaminée) volontairement libérée pour éviter l'explosion, constitue le véritable coeur de l'accident puisque les populations ont potentiellement été en contact avec elle.

Sur un des réacteurs, le système de ventilation n'a toutefois pas fonctionné et de l'hydrogène s'est accumulé, provoquant l'explosion (spectaculaire mais peu dangereuse) observée.

Les médias évoquent également la possible fusion partielle du coeur de l'un des réacteurs, provoqué par cette suite d'évènements.

Il faudra des mois pour évaluer l'impact sur les populations voisines et pour que surtout les autorités japonaises revoient leur politique de sûreté eu égard aux problématiques sismiques du pays.

Un accident grave, pas un nouveau Tchernobyl

Le parallèle avec la catastrophe de Tchernobyl (qui vient naturellement à l'esprit) n'est pas pertinente puisque ce qui caractérisait ce drame était la fusion complète (explosion) du réacteur, ainsi que l'absence de systèmes efficaces de confinement de la radioactivité.

Il ne s'agit pas de minimiser les incidents gravissimes survenus au Japon, mais de faire la part des choses et de différencier un accident nucléaire majeur d'une catastrophe ayant affecté et affectant des milliers de personnes.

Les accidents intervenus à la centrale de Fukushima sont plutôt à comparer à ce qui s'est passé le 28 mars 1979 à la centrale de Three Miles Island aux Etats-Unis.

Quelques mois seulement après sa mise en service, le coeur de l'un des réacteurs de la centrale a subi une fusion partielle. Les rejets radioactifs ont été globalement maîtrisés par l'enceinte de confinement.

Une situation qui ressemble étrangement à la situation japonaise et qui permet de prendre un peu de recul. S'il n'a pas fait de victimes, Three Miles Island demeure aujourd'hui le deuxième accident nucléaire le plus grave de l'histoire du nucléaire civil.

L'accident de Fukushima (qui a été classé en catégorie 4 sur une échelle en comptant 7) devient donc le troisième plus grave accident de l'histoire du nucléaire civile après Three Miles Island (catégorie 5) et bien sûr Tchernobyl (catégorie 7).

Le savoir-faire japonais

Un accident qui pose de nombreuses questions quant à la maîtrise possible des catastrophes climatiques.

Heureusement d'ailleurs que cet accident est intervenu au Japon et pas dans une centrale de l'ex-bloc soviétique, où les autorités n'auraient sans doute pas eu les ressources et le savoir-faire pour faire face à cette situation d'urgence.

S'il est trop tôt pour tirer les conséquences définitives de ce drame, on peut d'ores et déjà saluer le sérieux et le professionalisme dans la gestion de l'accident, qui intervient pourtant à un moment où le pays est ravagé par le pire séisme de son histoire.

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