Areva : les échecs oubliés d'Anne Lauvergeon

A l'heure de son départ, la presse est dithyrambique pour saluer l'héritage d'Anne Lauvergeon à la tête d'Areva. Son bilan est pourtant très mitigé.

Anne Lauvergeon n'a pas été renouvelée par l'Etat pour un troisième mandat à la tête d'Areva. "Atomic Anne", comme la surnommaient ses collaborateurs, a payé un bilan mitigé et ses mauvaises relations avec Nicolas Sarkozy.

Déficit. EPR. Abu Dhabi. Uramin. Les échecs récents d'Anne Lauvergeon ont fait oublier à ses actionnaires le rôle fondamental qu'elle a joué dans la création et l'essor d'Areva (devenu en 10 ans leader mondial du nucléaire).

2010 : annus horribilis pour Areva

Avant l'accident de Fukushima, le secteur nucléaire connaissait une certaine forme d'âge d'or. La croissance fulgurante des pays émergents associée à la raréfaction des ressources fossiles ouvrait des perspectives historiques pour l'atome.

Pourtant, et malgré ce contexte ultra-favorable et l'abondance de contrats potentiels, Areva a perdu de l'argent en 2010... beaucoup d'argent. Les comptes 2010 du groupe montrent un trou d'un peu plus d'un milliard d'euros de cash-flow.

Si des ventes ont permis de combler en partie le trou comptable, le bilan 2010 est sans appel en défaveur d'Anne Lauvergeon... et les actionnaires (fussent-ils l'Etat) ont rarement beaucoup de mémoire ni de reconnaissance.

Les conséquences de l'aventure de l'EPR finlandais

La gestion du dossier de l'EPR finlandais a également pesé dans la balance. L'histoire avait pourtant bien commencé. En 2003, Areva a décroché un contrat pour la construction d'une centrale nucléaire de nouvelle génération (EPR) en Finlande.

Un contrat voué à devenir la vitrine du groupe, mais aussi du savoir-faire français, et dont les ratés ont écorné, au-delà d'Anne Lauvergeon et d'Areva) l'image de l'excellence nationale dans le domaine nucléaire, Areva étant incapable de livrer à temps cette centrale.

La centrale de Olkiluoto, qui devait être livrée en 2009, n'est toujours pas terminée, et reste comme un boulet aux pieds des acteurs français du nucléaire lors des négociations internationales. Les considérations post-Fukushima pourraient même sonner le glas du projet.

Abu Dhabi, la rupture avec Nicolas Sarkozy

S'il est un point sur lequel défenseurs et détracteurs d'Anne Lauvergeon convergent, c'est sur le fait que l'ex-patronne d'Areva a toujours fait preuve d'un caractère en acier trempé. Au point de rendre ses relations avec ses clients et ses actionnaires difficiles.

L'échec en 2009 des négociations pour la construction de deux centrales nucléaires à Abu Dhabi aura été celui des guerres intestines destructrices au sein de la filière nucléaire. Anne Lauvergeon et Pierre Gadonneix (alors PDG d'EDF) ont chacun joué leur partition au détriment de l'autre et la proposition française, qui était pourtant favorite, a vu un consortium sud-coréen remporter la mise et lui souffler un contrat de 20 milliards d'euros.

C'est, dit-on, après cet échec que Nicolas Sarkozy a décidé de repenser la stratégie nucléaire française en en confiant le pilotage à EDF et à son nouveau PDG Henri Proglio. Et c'est à la même époque que le sort d'Anne Lauvergeon, considérée ingérable, aurait également été scellé.

Uramin, le dossier oublié

Moins connu, le dossier de l'acquisition de la start-up canadienne d'exploration minière Uramin, a également certainement joué un rôle dans l'éviction d'Anne Lauvergeon qui avait personnellement poussée pour cet investissement historique.

En 2007, Areva a acheté Uramin pour 1,8 milliard d'euros, ce qui constituait la plus importante acquisition de l'histoire du groupe. Uramin, disposant de concessions d'uranium en Afrique du Sud, en Namibie et en Centra-Afrique, l'objectif d'Areva était de diversifier et sécuriser ses approvisionnements.

On reproche à Anne Lauvergeon d'avoir payé le prix (trop ?) fort pour Uramin, la société ayant été acquise au plus fort de la bulle des matières premières et le prix de l'uranium s'étant effondré depuis. Pire, malgré ses permis d'exploration, Uramin n'a pas encore exploité le moindre gramme d'uranium.

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