Cour des comptes : "coûts réels" du nucléaire et compétitivité

La Cour des comptes a publié son rapport sur les "coûts réels" du nucléaire. Un secteur qui nécessite de lourds investissements mais reste compétitif.
13

La question du "coût réel" du nucléaire anime depuis des années le débat sur l'avenir de l'atome. Pour les partisans du nucléaire, les coûts sont parfaitement identifiés et maîtrisés par les opérateurs et les pouvoirs publics. Pour les opposants, il existerait des "coûts cachés" (notamment en matière de démantèlement des centrales et de gestion des déchets).

Le rapport (très attendu par les uns et les autres) de la Cour des comptes, qui a réalisé un audit global des coûts de la filière nucléaire apporte des réponses à ces questions, mais prête à interprétation.

A 49,5€ le MWh, le nucléaire toujours compétitif

Au terme de 400 pages d’un rapport technique, détaillé et abondamment chiffré, on apprend que la France a investi 228 milliards dans le nucléaire depuis les années 1950, dont 121 milliards pour la seule construction de ses centrales nucléaires. Un rapport qui permet in fine de déterminer le "coût réel" de la production d’électricité nucléaire.

Avec un coût de 49,5 euros le mégawatt/heure, l’organe de contrôle des finances publiques aboutit à des résultats peu ou prou similaires à ce qu’avançaient depuis des années EDF (47€) et le gouvernement (42€).

49,5€ le MWh ! Pourquoi ce chiffre est-il si important ? Tout d’abord parce qu’il garantit à la production nucléaire française un niveau de compétitivité important face aux autres moyens de production électrique. Seules l’hydroélectricité (environ 20€) et le charbon (44€) demeurent moins chers… sans offrir les mêmes garanties (réserves hydrauliques limitées ; émissions de gaz à effet de serre et fluctuation des cours pour le charbon).

Le gaz s’avère en revanche toujours moins compétitif (74€)… sans parler des énergies renouvelables (éolien à 69€ et photovoltaïque entre 150 et 400€), dont l’exploitation n’est rendue possible que grâce aux subventions publiques et dont le niveau de rentabilité est par ailleurs limité par l’intermittence de leur production.

Pas de "coûts cachés", mais des "incertitudes sur le démantèlements et les déchets

Si les associations anti-nucléaires se sont déclarées satisfaites de la publication d'un rapport mettant un terme "au mythe du nucléaire bon marché" (Eva Joly), les conclusions de l'audit ne sont pas totalement en accord avec le modèle économique des écologistes selon lequel les coûts du démantèlement et de gestion des déchets nucléaires étaient très largement sous-estimés et que le MWh nucléaire n’était plus compétitif une fois intégrés les "coûts réels".

Le travail de la Cour des comptes permet d’y voir plus clair sur ce point. Les Sages pointent des "incertitudes" et un "manque de recul" en la matière, mais alignent leur estimation du coût global du démantèlement (18,4 milliards d’euros pour les 58 réacteurs en activité) sur ceux avancés par les pouvoirs publics.

Réfléchir à l’avenir énergétique

Mais le coût de l’électricité n’est pas le seul point abordé par la Cour des comptes, qui s’est également penchée sur l’avenir énergétique de la France, en dressant un portrait qui devrait faire réfléchir la future majorité, quelle qu’elle soit.

Avec l’essentiel du parc nucléaire en fin de vie d’ici 2022, la France doit s’atteler très rapidement à concevoir son futur parc de production électrique. Et la Cour des comptes de proposer trois scénarios :

  1. La construction de 11 EPR pour compenser le manque à produire : une option difficilement envisageable pour des raisons politiques, mais aussi économiques et même industrielles.
  2. Une évolution de notre mix énergétique vers moins de nucléaire : option plus réaliste, mais qui impliquera des investissements massifs pour construire de nouveaux outils de production… des outils de production basés sur les énergies thermiques (gaz et charbon notamment), émettrices de gaz à effet de serre.
  3. Un prolongement de la durée de vie des centrales nucléaires en activité : option qui ferait passer de 40 à 60 ans la durée de vie des centrales, mais impliquerait également des investissements massifs pour sécuriser le parc hexagonal.

Sur le même sujet