EDF se voit confier les clés du nucléaire français

EDF a été confirmé dans son rôle de "capitaine de l'équipe de France" du nucléaire et de chef de file de la filière lors des appels d'offre internationaux.
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La volonté du gouvernement de rationnaliser la filière nucléaire française autour d'EDF pour améliorer la compétitivité de ses acteurs à l'échelon international, était un secret de polichinelle depuis plusieurs mois qui a finalement été levé cette semaine.

Tensions et contrats perdus

La "rationnalisation" du secteur nucléaire était devenue indispensable aux yeux des pouvoirs publics français depuis le fiasco d'Abu Dhabi.

En 2009, miné par des tensions entre les principaux groupes tricolores (EDF, Areva, Alstom, GDF Suez), le conglomérat français s'était fait soufflé un projet de construction de centrales nucléaires aux Emirats Arabes Unis d'une valeur de plus de 20 milliards d'euros.

Un appel d'offre perdu malgré une proposition technique supérieure à celle des Coréens qui ont remporté la mise... et qui a décidé le gouvernement à faire cesser les luttes de clan au sein de la filière.

Henri Proglio et EDF confirmés

Nicolas Sarkozy a alors décidé de confier les clés du secteur nucléaire à un interlocuteur unique , chargé de coordonner l'ensemble de l'offre française et éviter les couacs.

C'est naturellement vers le groupe public que se sont tournés les pouvoirs publics, estimant qu'EDF, qui gère le plus grand parc nucléaire au monde, disposait d'une "expérience sans équivalent" sur l'ensemble du cycle nucléaire.

La nomination du "buldozzer" Henri Proglio à la tête d'EDF s'est inscrite dans cette logique et tout laisse à penser que sa feuille de route prévoyait dès le début le pilotage de l'ensemble du secteur.

C'est désormais chose faite. Le Conseil de politique nucléaire, réuni cette semaine, a acté plusieurs évolutions significatives : EDF est désormais le "chef de file" officiel de la filière lors des appels d'offre internationaux et Henri Proglio prend la vice-présidence du Comité stratégique de l'électricité nucléaire.

Areva et Anne Lauvergeon jouent le jeu

Si EDF (qui pourra en outre développer comme le souhaitait Henri Proglio son propre réacteur de 1000 MW, un réacteur de taille intermédiaire que les entreprises françaises ne comptent pas pour l'heure dans leur portefeuille) est le grand gagnant de cette nouvelle donne, Areva a également obtenu des garanties.

Dans un mouvement d'apaisement, le gouvernement a renoncé à l'entrée (très contestée) d'EDF au capital d'Areva qui aurait pu handicaper le groupe d'Anne Lauvergeon dans ses partenariats commerciaux internationaux.

La hache de guerre semble donc enterrée entre les "frères ennemis" du nucléaire français. Areva, dans un premier temps hostile à "l'OPA" d'EDF, a digéré la nouvelle donne nucléaire.

Les relations entre les deux principaux dirigeants ne sont toujours pas au beau fixe, mais le temps des querelles de clocher semble révolu et Areva accepte sa spécialisation sur "l'amont du cycle" et la prédominance d'EDF comme "architecte-assemblier".

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