L'Europe prépare-t-elle le "pillage" d'EDF ?

La "guerre de l'électricité" bat son plein depuis plusieurs semaines entre EDF et ses concurrents privés, que le groupe public qualifie de "pilleurs".

En faisant voter par le Parlement, le 25 novembre 2010, la loi sur la Nouvelle organisation des marchés de l'énergie (Nome), le gouvernement français a cédé aux pressions européennes. Au point de remettre en cause la notion de "service public de l'électricité" mis en place après la Seconde Guerre mondiale ?

Casser un monopole ou briser un service public ?

Dans le cadre du marché commun européen et d'une idéologie libérale largement partagée à Bruxelles, l'UE s'attaque depuis des décennies aux monopoles de tous poils à travers l'Europe.

La situation d'EDF (comme France Telecom avant elle) ne pouvait laisser indifférente la Commission car jusqu'à récemment, il s'agissait du seul opérateur électrique en France.

C'est dans ce contexte qu'est intervenue la loi Nome, qui a obligé dans un premier temps l'électricien public à démanteler une partie de ses activités (notamment par la création d'ERDF, qui gère désormais les réseaux de distribution), puis a autorisé la concurrence privée à s'implanter en France.

Le dernier volet de la loi Nome, qu doit entrer en vigueur en juillet, est beaucoup plus intrusif et contesté au sein d'EDF, puisqu'il s'agit pour l'électricien public de céder une partie de sa production nucléaire (jusqu'à 25%) à prix coûtant à ses concurrents privés.

Reste désormais au gouvernement à fixer le prix de revente auquel EDF pourra facturer cette électricité... Et c'est là que la situation s'est tendue ces dernières semaines.

Henri Proglio contre le "pillage d'EDF"

Auditionné par l'Assemblée nationale lors des consultations sur la fixation de ce prix de revente, le patron d'EDF, d'habitude si discret, est entré dans une colère noire.

"Je ne vois pas pourquoi la France serait la plus abrutie des nations du monde où on ferait cadeau du patrimoine national à des concurrents. Il n’est pas de ma responsabilité, de ma feuille de route, de faire travailler 170 000 personnes pour faire des cadeaux à des concurrents. Il n’est pas de ma responsabilité d’ouvrir le bilan au pillage", s'est emporté Henri Proglio.

Une colère qui reflête la frustration de l'ensemble du personnel d'EDF qui se sent lésé : pour l'opérateur public les investissements à long-terme et les lourdes charges d'entretien, pour la concurrence de l'électricité à prix bradée et des bénéfices faramineux !

Des bienfaits de la libéralisation ?

On pourrait toutefois comprendre que le gouvernement passe outre les états d'âme des employés d'EDF, si les consommateurs finaux bénéficiaient in fine de cette nouvelle concurrence. A y regarder de plus près, ce n'est pas vraiment le cas.

EDF garantit depuis 50 ans la souveraineté énergétique de la France, et est une des rares entreprises publiques qui rapporte de l'argent aux contribuables et se développe à l'international...

Son "monopole" a surtout permis aux Français de payer en moyenne leur électricité 30% moins cher que leurs voisins européens...

Le système public d'EDF fonctionnait donc plutôt pas mal pour les consommateurs... Qu'en est-il de la nouvelle donne libérale ? Depuis la mise en place de la loi Nome, les prix ont pris l'ascenseur et tout laisse à penser que les hausses de tarif se poursuivront encore jusqu'à ce que la France rattrape le niveau européen. C'est en tout cas ce qu'a laissé entendre la semaine dernière le ministre de l'Energie Eric Besson en parlant de "hausse inéluctable".

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