Nucléaire : une centrale ancienne est-elle une vieille centrale ?

Existe-t-il un lien entre l'âge d'une centrale et son niveau de sûreté ? Si le débat fait rage dans la classe politique, pour l'ASN, c'est un raccourci.

L'Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) vient de rendre un rapport sur l'état de sûreté de la centrale de Bugey , la deuxième plus ancienne de France que les écologistes veulent voir rapidement fermer en raison de son âge.

A l'heure où la fermeture des centrales les plus anciennes de France (Fessenheim, Bugey, Tricastin) fait l'objet de négociations entre écologistes et socialistes, deux logiques s'opposent : l'expertise technique et la dynamique politique.

Bugey dispose de "fondamentaux robustes"

Logique technique et experte tout d'abord. Les conclusions de l'ASN vont à l'encontre des idées généralement conçues sur la question : la centrale de Bugey serait en effet l'une des installations nucléaires les plus sûres de France.

Selon le chef de la division Lyon de l'ASN, Grégoire Devirmendjian, " Bugey a des fondamentaux en matière de sécurité qui sont robustes ", et la centrale se situe au-dessus de la moyenne nationale en matière de sûreté nucléaire.

Mais quel est le message sous-jacent que veut faire passer l'ASN à l'heure où la France est confrontée à un vif débat sur l'avenir du nucléaire ? Que l'âge d'une centrale nucléaire n'est pas le seul facteur à prendre en compte en matière de sûreté nucléaire et que les débats actuels sur la fermeture de Bugey, Tricastin ou Fessenheim ne peuvent pas seulement reposer sur les dates de mise en service des centrales.

Une centrale ancienne n'est pas une "vieille centrale"

A l'exception de la cuve du réacteur et de l'enceinte de confinement, toutes les pièces d'une centrale nucléaires peuvent être changées et remplacées. L'âge d'une centrale peut donc avoir moins d'importance que la qualité de la maintenance et des travaux réalisés lors des arrêts de tranche .

De façon paradoxale, les centrales les plus anciennes disposent également d'un avantage important dans le contexte nucléaire : le retour d'expérience. Après des décennies d'utilisation, les ingénieurs qui l'opèrent ont développé une connaissance accrue de son fonctionnement, ce qui permet d'améliorer son utilisation.

Enfin, les centrales les plus anciennes font l'objet de contrôles renforcés de la part des autorités de sûreté, notamment à l'occasion des visites décennales à l'issue desquelles les autorités décident de la poursuite ou non de l'exploitation.

ASN : des arguments techniques dans un débat de société

Si les arguments avancés par l'ASN sont justes d'un point de vue technique, sont-ils pertinents dans le cadre d'un vaste débat de société tel que celui de la sortie du nucléaire ? La logique technicienne ne doit-elle pas s'effacer face à celle de la politique et de la démocratie ?

Les négociations actuelles entre le parti socialiste et Europe Ecologie indiquent une tendance en faveur de la fermeture des centrales les plus anciennes à défaut d'une sortie du nucléaire que les écologistes espéraient.

Une décision qui est peut-être réductrice d'un point de vue technique, mais la question nucléaire est aussi politique et il est indispensable que les partis politiques s'en emparent au-delà des expertises.

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