Sûreté nucléaire : ce qui a changé après Fukushima

La catastrophe japonaise a obligé le secteur nucléaire à renforcer ses mesures de sûreté. En France, l'audit post-Fukushima de l'ASN a ré-haussé les normes.

L’accident de Fukushima a provoqué une remise en cause en matière de sûreté nucléaire. S'il n'y a pas eu de révolution post-Fukushima, les opérateurs sont désormais soumis à des normes renforcées, prenant en compte le retour d'expérience de la catastrophe japonaise.

Fukushima : causes spécifiques, enseignements mondiaux

Provoqué par un tsunami (suite à un séisme de magnitude 9.0) l'accident de Fukushima est la conséquence directe des spécificités sismiques de l'archipel japonais. Pourtant, les autorités de sûreté nucléaire du monde entier ont bénéficié des retours d’expérience de la catastrophe et ont connu des évolutions de sûreté majeures dans les mois qui ont suivi.

Aux quatre coins du globe, les organismes nationaux et internationaux en charge de la sûreté nucléaire ont fait évoluer les normes de sûreté nucléaire. En France, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a rendu en fin d'année un rapport d’audit post-Fukushima réclamant aux autorités et aux exploitants de centrales nucléaires de ré-hausser les normes de sûreté afin de tirer les leçons de l’accident japonais.

L’audit de l’ASN n’a préconisé aucune fermeture de centrale en France, estimant que “les installations examinées présentent un niveau de sûreté suffisant”, mais a réclamé à l’Etat et à EDF (opérateur unique du parc hexagonal) des investissements importants pour mettre les centrales françaises aux normes.

Audit post-Fukushima : ce qui a changé

- mise en place de “noyaux durs” : ensemble de dispositions matérielles et organisationnelles permettant d’assurer les fonctions principales du site en situation extrême (centre de gestion bunkérisé, un groupe électrogène diesel d’ultime secours et une alimentation en eau d’ultime secours). Un noyau dur de gestion de crise qui avait fait défaut à Fukushima.

- mesures pour réduire les risques de « dénoyage » des combustibles usés entreposés dans les piscines. C’est la baisse du niveau d’eau dans les piscines de refroidissement qui est à l’origine de l’accident japonais.

- mise en place progressive d’une « force d’action rapide nucléaire » (FAR) : un dispositif proposé par EDF pour créer un dispositif national capable d’intervenir en moins de 24 heures sur tout site accidenté.

- étude de faisabilité d’un dispositif supplémentaire pour protéger les eaux souterraines et de surface en cas d’accident grave, tel qu’une fusion du cœur entraînant la formation d’un corium.

- renouvellement des effectifs et des compétences des exploitants.

Nouvelles centrales : l'accent mis sur la sûreté

La tendance globale de l'industrie nucléaire depuis plusieurs années était la priorité donnée à la maîtrise des coûts. Les choix politiques autour de la construction de nouvelles centrales s'opérant souvent au moins coûtant.

L'accident de Fukushima a remis en cause cette politique du prix et a replacé au coeur des orientations politiques la question de la sûreté. Une aubaine pour l'industrie nucléaire française qui peinait à exporter son EPR.

Le réacteur hexagonal était en effet considéré trop cher et ses spécificités technologiques, visant à accroître la sûreté des installations, étaient souvent jugées inutiles... Avant Fukushima.

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