2011 : une année symbolique pour la Russie

De l'anniversaire de l'abolition de l'esclavage à celui de la chute de l'URSS, la Russie a revécu une partie de son Histoire cette année.
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2011 est une année chargée de symboles pour la Russie. En mars, on fêtait les 150 ans de l’abolition du servage. En avril, on célébrait les 50 ans du vol de Youri Gagarine dans l’espace. Le 12 juin était la première d’une longue série de dates anniversaires de la chute de l’URSS : 20 ans auparavant, Boris Eltsine était élu Président de la Russie. Le dernier Président de l’URSS, Mikhaïl Gorbatchev, fêtait lui ses 80 ans cette année . Le 25 décembre 2011, on se souviendra qu’il y a 20 ans, il remettait sa démission en tant que Président d’une Union Soviétique qui n’existait déjà plus, et qui allait disparaître officiellement le 26 décembre 1991.

La réforme décisive du « Tsar libérateur »

Il y a 150 ans (et quelques mois), le 3 mars 1861, le Tsar Alexandre II libérait les paysans russes de leur servitude. La réforme donnait aux serfs la possibilité de racheter une partie des terres de leurs propriétaires en contractant un crédit pouvant aller jusqu’à 50 ans. La dénonciation du servage et la défense de la cause paysanne étaient au cœur de l’œuvre des grands écrivains russes du XIXe siècle. La réforme d’Alexandre II a donc eu une importance historique majeure, qui a valu à son initiateur le surnom de « Tsar libérateur ». La libération était d’autant plus grande que, comme le note Hélène Carrère d’Encausse dans La Russie inachevée , les serfs représentaient à ce moment-là 40% de la population russe. Même si la réforme n'a pas eu les effets escomptés, la situation matérielle des paysans ne connaissant pas de transformation fulgurante, elle marque quand-même une étape importante de la modernisation de la Russie.

Le premier homme dans l’espace est un Russe

100 ans (et un mois) plus tard, une nouvelle page décisive de l’Histoire russe s’écrivait. Le 12 avril 1961, en effet, Youri Gagarine devenait le premier homme à effectuer un vol dans l’espace. Cet événement reste aujourd’hui encore l’une des plus grandes fiertés de la Russie. « Personnalité du XXe siècle la plus attrayante » d’après les sondages , Gagarine a été fêté comme il se doit en avril dernier dans les anciennes républiques soviétiques. Non sans une certaine nostalgie. Car le cosmonaute est le symbole d’un certain prestige que beaucoup regrettent. Il est le symbole, surtout, d’un pays dont personne n’imaginait à ce moment-là qu’il s’effondrerait 30 ans plus tard : l’URSS.

Du triomphe au naufrage de l’URSS

En 1991, le processus déclenché par la Perestroïka en 1985 et accéléré par la Chute du Mur de Berlin en 1989, va connaître les étapes décisives qui conduiront à l’éclatement de la deuxième puissance mondiale. La première de ces étapes est sans doute l’élection, le 12 juin, de Boris Eltsine à la présidence de la Russie. Ce scrutin est doublement symbolique, comme le note H.Carrère d’Encausse, dans Victorieuse Russie cette fois. D’une part, parce que « c’est la première fois que le peuple russe est appelé à choisir librement celui qui va le diriger », et d’autre part parce l'homme qu’il choisit pour cette tache entend émanciper son pays du pouvoir du Parti communiste.

En 1991, les Russes choisissent Eltsine

C’est en réaction à cette tentative d’éviction totale du Parti au pouvoir depuis plus de 70 ans qu’intervient la deuxième étape décisive du processus de démantèlement de l’URSS : le Putsch d’aout 1991. Un groupe de conservateurs, membres du Parti communiste, tentent de rétablir le monopole de ce dernier et de reprendre le pouvoir en écartant Gorbatchev qui l’avait perdu au profit de Eltsine. Mais, soutenu par la population et une majeure partie de l’armée, c’est Eltsine qui aura le dernier mot et déjouera le coup d'Etat, avant d’interdire au PCUS toute activité politique. L’image du Président russe, debout sur un char, fera le tour du monde et symbolisera la victoire du peuple opprimé sur la dictature. Vingt ans plus tard, comme on pouvait le lire dans Courrier international , cette vision a bien changé et aujourd’hui la disparition de l’Union soviétique laisse un gout amer à beaucoup de Russes.

Il y a 20 ans, l’ordre mondial basculait

Aussi, en décembre 2011, lorsque les médias reviendront sur les deux derniers évènements historiques de l’URSS, à savoir les Accords de Minsk du 8 décembre, remplaçant l’Union soviétique par la Communauté des Etats indépendants, et la démission, le 25 décembre, de Mikhaïl Gorbatchev, renonçant au poste de Président d’un Etat qui n’existait plus, il y a peu de chances que l’on assiste à des scènes de liesse dans les rues de Moscou. Car si les Russes ont gagné au cours de ces mois décisifs certaines libertés qui leur faisaient cruellement défaut, ils ont aujourd’hui l’impression d’avoir surtout perdu de leur prestige et de n’avoir pas profité des grands changements annoncés par la chute du régime communiste. Toujours est-il que cette chute, achevée il y a tout juste 20 ans, a bel et bien marqué un profond changement dans l’ordre mondial, passant de l’affrontement entre deux blocs Est/Ouest à l’existence de deux autres entités : le Nord et les Suds. La Russie, qui fait théoriquement partie du premier, garde toujours une place à part sur cette carte,

La fin de cette riche année 2011 est marquée à Moscou par deux autres évènements hautement symboliques : le congrès de Russie unie qui, le 24 septembre dernier a ouvert la voie à une présidence jusqu’en 2024 pour Vladimir Poutine ; et la réouverture du Théâtre Bolchoï après six ans de rénovation. Sur la façade du théâtre, la Faucille et le marteau ont laissé leur place aux armoiries de la Fédération de Russie…

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