A 48 ans, le couple franco-allemand déborde d'énergie

48 ans après l'historique Traité de l'Elysée, les relations franco-allemandes ne cessent de se renforcer.
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« Même s’il vaut mieux se garder d’un certain narcissisme franco-allemand, le changement intervenu dans les relations entre les deux pays depuis 1945 est un prodige ». C’est par ces mots que Laurent Leblond, journaliste spécialisé sur les questions franco-allemandes et européennes, introduisait son ouvrage Le couple franco-allemand depuis 1945 , paru en 1997. L’auteur y soulignait le cas unique d’une telle coopération entre deux « ennemis héréditaires ». Les relations franco-allemandes depuis 1945 sont en effet un modèle de réconciliation et d’innovation. Elles entretiennent une dynamique qui leur vaut d’être qualifiées de « moteur de la construction européenne ».

Le moteur de la construction européenne

Le Dictionnaire des relations franco-allemandes , paru en 2009, revient en détail sur les étapes successives de cette construction. Les premières tentatives de projet commun émergent dès l’immédiat après guerre, sous l’impulsion de Jean Monnet, Robert Schuman et Konrad Adenauer. Mais c’est le 22 juillet 1963 que ce dernier, alors chancelier allemand, signe avec Charles de Gaulle, le Traité de l’Elysée, qui scelle officiellement la réconciliation entre les deux pays.

Depuis, France et Allemagne ont « mis en place un réseau d’institutions et de structures permettant une coopération bilatérale à l’échelle gouvernementale, réseau dont la qualité et la densité sont uniques au monde », peut-on lire, toujours dans ce dictionnaire.

L’importance du Traité de l’Elysée

Le caractère unique de ces relations réside notamment dans leur définition très précise, que l’on retrouve dans ce Traité de l’Elysée. Il y est en effet établi que des sommets franco-allemands doivent se tenir de façon très régulière (au moins deux fois par an), et que les deux parties ont une obligation de concertation pour tout ce qui concerne les questions importantes de politique étrangère.

Cela se vérifie encore aujourd’hui, comme en atteste un récent article publié sur le site france-allemagne.fr , évoquant la rencontre entre Laurent Wauquiez et Werner Hoyer : « Les ministres ont fait le tour des questions bilatérales et européennes, comme ils le font régulièrement par téléphone ou lors de déplacements, et ont annoncé deux positions communes, sur le soutien d’un accès rapide pour la Tunisie au « statut avancé » dans la coopération avec l’Union européenne d’une part, et sur les manifestations violentes en Albanie d’autre part ».

Une coopération toujours plus étroite

La politique internationale est loin d’être le seul thème traité lors de ces sommets franco-allemands. La coopération entre les deux pays voisins, que ce soit au niveau économique, social ou culturel, y est constamment abordée. Autrement dit, au-delà de la dimension très symbolique de ces rencontres, ponctuées d’images fortes comme la poignée de main entre François Mitterrand et Helmut Kohl au cimetière de Verdun en 1984, il y a une réelle volonté de développement commun, qui est de plus en plus visible, notamment en matière d’emploi. Outre les sociétés franco-allemandes à proprement parler, les échanges se multiplient entre entreprises des deux pays. Et cela se traduit en chiffres. Toujours d’après ce Dictionnaire des relations franco-allemandes , « 7500 Allemands viennent chaque année s’installer en France, et le nombre de Français vivant en Allemagne ne cesse de croitre ».

Diane Kruger en ambassadrice, pour rendre le couple plus « glamour » !

Déjà très étroites, les relations entre les deux pays peuvent encore être renforcées. C’est en tous cas ce que pense le magazine ParisBerlin, qui l’an passé a publié un livre dans les deux langues : 99 propositions pour ré-enchanter les relations franco-allemandes . Cécile Boutelet, rédactrice en chef du magazine, estime qu’il faut « rendre plus glamour la relation entre la France et l’Allemagne ».

En lisant ce guide, à la rédaction duquel ont participé 200 personnalités attachées aux deux pays, dont l’inévitable Daniel Cohn-Bendit, on se rend compte que ses propos sont à prendre au sens propre. Il y est en effet suggéré de « faire émerger un glamour franco-allemand à travers des personnalités populaires qui aient vraiment une double culture » et de « désigner ainsi chaque année un « ambassadeur » de la culture franco-allemande, comme le fait UNICEF ou d’autres grandes causes internationales avec des personnalités du showbiz. Personnalité possible : Diane Kruger ».

Les autres propositions avant-gardistes du think tank ParisBerlin

Du reste, l’ouvrage ne manque pas d’idées insolites, puisqu’il propose aussi de « créer une série franco-allemande de type NCIS ou Plus belle la vie », d’imaginer une « équipe franco-allemande de football pour quelques matches de gala », ou encore de « créer un livre des idées reçues sur la France et l’Allemagne en bande dessinée ».

Ces suggestions légèrement fantaisistes côtoient des propositions beaucoup plus sérieuses, comme la création d’une « véritable armée franco-allemande », « le renforcement de la coopération existante entre régions et länder », ou encore « la mise en place d’une instance économique commune, destinée à servir d’arbitre dans les conflits de type EADS ». Le programme, qui se veut avant-gardiste, imagine aussi un « ministère commun de l’environnement », ou encore un « groupe franco-allemand pour la parité homme-femme».

Autrement dit, 48 ans après le Traité de l’Elysée, la France et l’Allemagne entendent toujours se « positionner comme la locomotive de la nouvelle Europe ». « Après l’ère de la réconciliation, puis de la banalisation, osons l’ère du ré-enchantement ! », concluent les auteurs du projet.

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