Advocaat fera-t-il aussi bien que Hiddink?

La Russie a gagné son billet pour l'Euro 2012. Mais cette qualification a fait naître davantage de doutes que d'enthousiasme.
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La Russie a obtenu cette semaine le droit de participer à son troisième Euro consécutif. La qualification avait en fait été assurée la semaine précédente par une victoire en Slovaquie, qu’il restait à confirmer à domicile face à Andorre. Ce fut chose faite mardi, les Russes s’offrant même une jolie démonstration : 6-0.

Contrat rempli pour la Russie

En 2010, Dick Advocaat quittait la sélection belge, avec laquelle il était sous contrat jusqu’en 2012, pour rejoindre la Russie, pays qu’il connaissait bien pour y avoir entrainé le Zénit St Petersbourg, avec qui il avait notamment remporté la Ligue Europa. Son départ avait été très mal perçu en Belgique, où l’on voyait déjà d’un mauvais œil sa double casquette de sélectionneur national et d’entraineur du club néerlandais d’AZ Alkmaar. Mais Advocaat avait été attiré irrémédiablement par la Russie où des conditions particulièrement avantageuses l’attendaient.

La victoire en Irlande : tournant des éliminatoires

En effet, comme le révélait alors le site Sovetski sport , le technicien batave s’était vu proposer une paye de 5 millions d’euros par an, sans impôts, avec bonus, et une reconduction de deux ans en cas de qualification pour l’Euro. Advocaat a donc rempli son contrat en faisant terminer son équipe première de son groupe. La campagne avait pourtant commencé on ne peut plus mal, avec une défaite à domicile dès la deuxième journée face à la Slovaquie, qui sortait alors d’un Mondial réussi en Afrique du sud et s’annonçait comme un concurrent sérieux. Les Russes allaient réagir une semaine plus tard, en signant une belle victoire à Dublin face à l’Irlande, pour ce qui reste de loin leur plus beau match de l’ère Advocaat.

Peu d’enthousiasme autour de cette qualification

Par la suite, la Russie n’a pas vraiment brillé, et a surtout profité de la défaillance de ses concurrents, et notamment de la Slovaquie, corrigée à domicile 4 à 0 par l’Arménie, l’une des plus grosses surprises de ces éliminatoires. Malgré cette première place, les Russes n’ont pas beaucoup enthousiasmé leurs compatriotes. A part Sergeï Foursenko , président de l’Union du football russe, qui vise « au minimum la finale » de l’Euro, peu de gens en Russie s’attendent à ce que leur équipe nationale réédite la performance de 2008. Il y a quatre ans, Guus Hiddink avait réveillé les supporters en conduisant ses joueurs en demi-finales de l’Euro, mettant ainsi fin à vingt ans de désespoir (depuis la finale de1988 URSS-Pays-Bas). Malgré la grande désillusion née de l’élimination en barrages pour la Coupe du monde 2010, Hiddink est resté dans le cœur des Russes.

Dick Advocaat n’a pas encore remplacé Guus Hiddink dans le cœur des Russes

Et beaucoup d’entre eux pensent qu’Advocaat ne fait qu’exploiter habilement l’héritage de son compatriote. Ce qui, dans les faits, est vrai au moins pour une chose : la Russie était dans le premier chapeau au moment du tirage au sort des groupes pour ces éliminatoires. Cela lui a permis d’éviter quelques gros morceaux. En 2008, elle était dans le troisième chapeau, et avait ainsi hérité de l’Angleterre et de la Croatie dans son groupe. En 2010, elle était dans le deuxième chapeau, et avait du affronter l’Allemagne. Si aujourd’hui, la Russie est considérée comme tête d’affiche, c’est précisément grâce aux bons résultats obtenus par Hiddink.

Deuxième meilleure défense des éliminatoires, à égalité avec la France

Autre raison pour laquelle Advocaat n’a pas conquis le cœur des Russes : le jeu. Si Hiddink, se caractérisait plutôt par sa prise de risque, Advocaat, lui, est plus prudent. Résultat : la sélection russe n’a encaissé que quatre buts, ce qui en fait la deuxième meilleure défense des éliminatoires à égalité avec la France, juste derrière l’Italie. Mais, si l’on excepte le dernier match face à Andorre, elle n’a inscrit que onze buts en neuf rencontres. Seuls la France, la Grèce et le Danemark ont fait moins bien. Le jeu d’Advocaat n’est pas spectaculaire, et cela lui est régulièrement reproché.

Un groupe pratiquement inchangé depuis 2008

Mais ce qui déplait le plus aux amateurs de football russe chez le sélectionneur national, c’est son absence totale d’innovation. Le groupe est en effet resté quasiment inchangé par rapport à celui de Hiddink. Les journalistes demandent régulièrement à Advocaat s’il compte intégrer de nouveaux joueurs, mais il leur répond systématiquement qu’il ne voit pas qui pourrait prétendre à une place en sélection. Il a bien consenti, lors des deux derniers matches, à appeler deux nouveaux (dont Dyadyun, qui s’était illustré avec le Rubin Kazan face à Lyon en tour préliminaire de Ligue des champions), mais il ne les a pratiquement pas fait jouer. Même le capitaine Andreï Archavine a récemment déclaré que l’équipe avait besoin de sang frais.

Archavine, Zhirkov et Pavlyuchenko n’ont pas confirmé

A l’image du joueur d’Arsenal, qui n’a jamais vraiment assumé son statut de maitre à jouer des Gunners, la plupart de ceux qui avaient brillé à l’Euro 2008 n’ont pas vraiment confirmé depuis: Zhirkov ne s’est pas plus imposé à Chelsea que Pavlyuchenko à Tottenham, Pogrebnyak à Stuttgart ou Bilyaletdinov à Everton. D’un autre coté, peu de joueurs ont semblé capables ces derniers temps de pouvoir hausser considérablement le niveau de jeu de la sélection. La seule satisfaction russe à l’étranger la saison passée est venue, contre toute attente, des Pays bas, où Dmitri Bulykin a inscrit 21 buts avec La Haye. Cela lui a valu d’être transféré l’été dernier à l’Ajax, où il n’a pas encore gagné sa place de titulaire. Mais à 32 ans, celui qui a déjà disputé l’Euro 2004 ne représente pas vraiment l’avenir du football russe.

Dick Advocaat va donc certainement emmener à l’Euro un groupe pratiquement identique à celui qui s’était hissé en demi-finales il y a quatre ans. Pour autant, quand on regarde jouer l’équipe russe, on n’a pas l’impression que les joueurs se trouvent les yeux fermés. Cela explique qu’un certain scepticisme règne autour de la sélection. Espérons pour les coéquipiers du talentueux Dzagoev qu’ils sauront déjouer les pronostics, et faire mieux que le Danemark et la Grèce qui, après avoir décroché une victoire surprise en 1996 et 2004, étaient sortis dès le premier tour des éditions suivantes.

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