Anelka et Booba, une certaine idée de la France

Alors que les polémiques nées du fiasco sud-africain commençaient à peine à s'estomper, Nicolas Anelka et Booba viennent d'en "remettre une couche".
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Difficile de comprendre la logique de Nicolas Anelka et Booba. Le footballeur et le rappeur étaient interviewés ensemble par le magazine Les Inrocks aujourd’hui. Il en ressort que l'état d’esprit qui règne en France ne leur correspond pas et qu’ils sont incompris. Ce n’est peut-être pas tout à fait faux. Cela dit, leurs jugements semblent être basés sur autant de préjugés que ceux dont ils se disent victimes.

Anelka a-t-il vu le vrai visage de la France ?

Ainsi, Nicolas Anelka prétend avoir vu « le vrai visage de la France » après le fiasco du mondial sud-africain. « On disait Ribéry a frappé Gourcuff. Gourcuff, le bon Français, Ribéry, le musulman », rapporte l’attaquant de Chelsea. Son discours semble cependant quelque peu partial. S’il est vrai que certaines personnalités se sont laissées emporter, comme Alain Finkielkraut, déjà fortement critiqué par ailleurs, avec sa sortie sur la « génération caillera et les caïds de banlieue » , la majorité des médias a plutôt parlé de « gamins capricieux », « pourris par l’argent », ou encore de l’incompétence de Raymond Domenech. Alors, certes, les sites d’extrême droite, toujours très actifs, se sont empressés de reprendre les phrases les plus polémiques. Mais on a l’impression qu’Anelka, s’empresse, lui, de saisir quelques phrases prononcées par une minorité, pour affirmer que la France ne l’aime pas.

Booba répond aux clichés par… des clichés

Un avis que partage Booba, qui considère que son ami footballeur a été pointé du doigt parce qu’il « vient de la banlieue ». Selon lui, une majorité de Français est habituée à voir les noirs « balayer dans les rues, faire les poubelles, garder les enfants des plus riches, ou chanter Saga Africa ». Des clichés énormes, qui sont tout de même assez largement contredits par l’actualité puisque encore récemment, la très grande majorité de la presse s’est indignée des propos de Jean-Paul Guerlain sur les « nègres » . Le parfumeur a du s’en excuser immédiatement, et les exemples du même genre sont nombreux. Aussi, en prétendant que « quand on ne gagne pas en France, on parle tout de suite des religions, des couleurs », Nicolas Anelka et Booba se basent sur des propos que ne partage pas l’ensemble des Français, loin s’en faut. On pourrait d’ailleurs retourner leur phrase : la dernière fois que la France a gagné, on a mis en avant, et cette fois-ci de façon beaucoup plus manifeste, le rôle positif du multiculturalisme. Qui ne se souvient pas en effet de la fameuse formule « black-blanc-beur », lancée à cette époque et longtemps gardée comme modèle ?

Cela montre bien qu’Anelka et Booba sont assez largement subjectifs dans leurs jugements. Cela dit, ils reflètent aussi, de la même manière que ceux qui véhiculent les clichés dont ils se plaignent, l’opinion d’une partie de la population.

Un certain malaise vis-à-vis de la France…

En disant notamment que si on l’avait forcé à chanter la Marseillaise, il aurait « quitté l’équipe », Nicolas Anelka exprime aussi l’opinion d’un certain nombre de Français d’origine étrangère (bien que lui ne le soit pas, puisqu’il est Antillais), qui affirment ne pas se sentir Français. L’un des exemples les plus fameux et les plus récents, est celui de Karim Benzema, qui n’hésitait pas à dire, il y a quelques mois maintenant, sur l’antenne d’RMC , qu’il avait opté pour la France uniquement par choix sportif, son « pays étant l’Algérie ».

A l'étranger, certains essayent d’exploiter, comme pourraient le faire dans l’autre sens les extrémistes français, ce ressentiment d’une certaine génération issue de l’immigration vis-à-vis du pays d’accueil de leurs parents. Le journal algérien Le buteur publiait ainsi récemment un article dans lequel il encourageait « les Français de l’immigration » à choisir leur pays d’origine, à grands coups de clichés tout aussi déplorables que peuvent l’être ceux de l’extrême droite française : « En France, on ne pardonne jamais leurs erreurs aux Arabes », « Nicolas Anelka est un joueur que la France des Guillaume (comme aiment les jeunes des banlieues à qualifier les Français de souche) a détesté un peu plus depuis qu’il a embrassé l’islam ».

… fondé sur des idées parfois légères

Mais ce ressentiment vis-à-vis de la France se base parfois sur des idées totalement erronées. Ainsi, Booba prétend qu’à l’école « on t’apprend la Marseillaise », ce qui n’est déjà plus tout à fait vrai, mais surtout que « le sang impur » dont il est question dans l’hymne national, serait du « sang d’Algérie, du sang d’Africain ». Quand on sait que la Marseillaise date de la fin du XVIIIe siècle, sa phrase n’est pas vraiment fondée. Tout comme la comparaison à laquelle il s’essaie entre la France et d’autres pays. Evoquant la fameuse demande en mariage de Domenech à l’Euro 2008, Booba affirme en effet : « Tu fais ça en Angleterre ou en Italie, t’es mort ». Son analyse est très juste, mais il oublie de dire que si un joueur de la sélection anglaise ou italienne déclarait avoir choisi cette dernière uniquement pour des raisons sportives, comme l’a fait Benzema pour la France, il serait sans doute « mort » aussi. Récemment, les supporters de la Squadra azzura ont notamment déployé, pour protester contre la sélection d’un joueur noir, une banderole sur laquelle on pouvait lire « Non à une équipe multiethnique ».

Or, contrairement à ce que semblent insinuer Booba et Anelka, cela ne s’est jusqu’à présent jamais produit en France.

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