Défilés néo-nazis en Russie pour le Jour de l'unité du peuple

C'est devenu une tradition depuis l'instauration de cette fête nationale il y a cinq ans, les ultranationalistes russes défendent leur conception de l'unité
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L’identité nationale est une question bien plus polémique en Russie qu’en France. Et pour cause. Cela ne fait même pas vingt ans que la Russie existe dans ses frontières actuelles. Et ces dernières sont encore menacées par des velléités d’indépendance plus ou moins fortes . Le passé impérial, puis soviétique, le symbole d’une grande puissance russe font beaucoup de nostalgiques que tentent de séduire pêle-mêle les communistes, les nationalistes, mais aussi le pouvoir russe.

Poutine a-t-il favorisé ou neutralisé les ultranationalistes russes ?

L’extrême droite russe est très active, comme en atteste le nombre de crimes racistes régulièrement recensés. Cependant, les dirigeants semblent se préoccuper un peu plus de ce problème aujourd’hui qu’ils ne le faisaient ces dernières années. Il y a, du reste, deux façons d’envisager l’action de Vladimir Poutine dans ce sens. Pour certains, l’actuel Premier ministre favorise volontairement les mouvements d’extrême droite, dont certains ont été créés par des personnalités proches du pouvoir. Pour d’autres, au contraire, le président de Russie unie s’est dressé en rempart face à la menace nationaliste, et il a su mettre une partie des activistes de son côté pour mieux les canaliser.

Fête de l’unité du peuple ou de sa désunion ?

Symbole de la quête d’une solide identité nationale, la Journée de l’unité du peuple a été créée il y a cinq ans, par Vladimir Poutine. Le 4 novembre de chaque année, on célèbre ainsi la victoire de Minine et Pojarski qui en 1612, chassèrent les Polonais de Moscou, laissant ainsi la voie libre à la dynastie des Romanov, qui allait régner jusqu’en 1917. Le 4 novembre dernier, on a pu mesurer une fois de plus, à cette occasion, la mobilisation des organisations nationalistes et celle de la jeunesse pro Kremlin. Cette dernière cherche désormais à chaque manifestation de ce type, à créer un contrepoids aux opposants du régime.

Poutine et Medvedev accusés de laisser les étrangers envahir le pays

En l’occurrence, les groupes d’extrême droite sont farouchement opposés au président Medvedev et à son Premier ministre, accusés de laisser leur nation se désagréger en faisant venir « un million de Chinois et d’azéris ». Leur « Marche russe » se déroule sous le slogan de « la Russie aux Russes ! ». Ce à quoi les jeunes activistes de Russie unie leur répondent « la Russie pour tous ». Depuis quelques temps, une troisième force s’est jetée dans la bataille : les Antifas (pour antifascistes). Ces derniers sont de plus en plus nombreux, ce qui occasionne évidemment de grandes batailles rangées quand les deux groupes se croisent. Cette année cependant, un seul de ces incidents a été recensé lors de la Journée de l’unité du peuple, à Saint Petersbourg. Ailleurs, comme à Moscou, l’affrontement a plutôt eu lieu sur le terrain des slogans. Les Antifas balisant le trajet de leurs adversaires politiques de graffitis du type « la Marche russe, c’est un troupeau de moutons ».

Entre 3000 et 6000 personnes défilent dans Moscou en criant « Sieg Heil »

Cela n’a pas empêché le « troupeau » en question, composé, selon les sources, de 3000 à 6000 activistes, de défiler dans la capitale. Les Nachi (Russie unie), étaient eux 20 000. Au programme de la manifestation d’extrême droite organisée par les deux principales organisations ultranationalistes du pays, le DPNI (mouvement contre l’immigration illégale) et la Force slave (nouveau nom de l’Union slave, qui a officiellement été dissoute ), des saluts nazis, des « Sieg heil », et la promesse de « construire un paradis blanc », ou encore de mener aux immigrés une « vie de chiens ». Même s’ils n’y déploient pas autant de ferveur que pour contrer les manifestations d’opposition au pouvoir, les Nachi et autres organisations pro Poutine essayent d’enrayer toujours plus le phénomène de ces manifestations ultranationalistes. L’unité de tous les citoyens de Russie est mise en avant, à l’image du Patriarche de Moscou et de toute la Russie, Kirill, qui a célébré sa liturgie en compagnie de représentants des autres religions traditionnelles de la Russie.

Malgré tout, les identitaires russes, qui sont pour l’instant plus nombreux, plus libres et plus organisés que leurs homologues français , continuent d’essayer de mettre à mal l’unité russe, tout en prétendant vouloir la préserver. Leur mobilisation était même cette année bien au-delà de celle des années précédentes, si l’on en croit le centre d’analyse Sova , spécialisé dans l’étude des phénomènes de racisme et de xénophobie.

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