D.Medvedev et les « villages Potemkine »

Le Président russe se déplace personnellement dans les villes pour mesurer l'avancée de ses projets de modernisation. Quelques surprises l'y attendent.
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« Le grand ménage de printemps, c’est une chose. Mais là, ils ont tout repeint, enlevé les arbres renversés, rebouché les trous dans l’asphalte qu’avant ils ne rebouchaient jamais, remplacé les vieux arrêts de bus par des nouveaux ». Comme tous les habitants de Lytkarino, cette femme qui témoigne sur le site news.ru a eu l’agréable surprise de voir sa petite ville de la région de Moscou se transformer avec l’arrivée du printemps. Ou plus exactement, avec l’arrivée… de Dmitri Medvedev.

Car les habitants de Lytkarino ne sont pas dupes. Ils ont vite compris que si des palissades neuves avaient soudainement fait leur apparition autour des vieilles baraques en ruines, si les portails des écoles avaient été repeints à la hâte, ce n’était pas par un élan de générosité soudain de la municipalité, mais parce que les instances locales des principales villes de la région moscovite ont été convoquées il y a peu par le Président Medvedev.

Le Président veut que les maires fassent un effort pour la modernisation

Ce dernier leur a fait comprendre qu’ils devaient prendre au sérieux leur rôle dans la modernisation du pays, qu’il ne cesse de ressasser dans tous ses discours. Cela passe par une amélioration des logements et des lieux publics, autrement dit par une politique municipale volontariste. « La propreté et l’ordre, c’est l’affaire de tous ceux qui sont chargés d’en répondre, mais c’est aussi le résultat du travail conjoint des municipalités, des organismes compétents et du pouvoir », a ainsi déclaré Dmitri Medvedev, annonçant qu’il irait vérifier lui-même si ses consignes ont bien été respectées, en prenant soin de ne pas emprunter d’itinéraires prévus à l’avance, mais de se rendre « dans les cours et les halls d’entrée des immeubles où vivent les Russes ». Le Président entend ainsi éviter de se laisser abuser par des « villages Potemkine ».

La légende des « villages Potemkine »

Comme le célèbre cuirassé, les villages Potemkine tiennent leur nom du prince Grigori Potemkine. Ce dernier fut un feld-maréchal et un homme politique russe de premier plan au XVIIIe siècle. Favori et amant de Catherine II, il fut envoyé par l’Impératrice dans le sud de l’Ukraine pour coloniser les terres de la « Nouvelle Russie ». Il y fonda les villes de Gerson, Nikolaïevsk, Sébastopol ou encore Iekaterinoslav (actuelle Dniepropetrovsk). La légende veut qu’il fit venir l’Impératrice pour qu’elle admire le travail accompli. A cette occasion, il aurait fait dresser des façades en carton-pâte pour masquer la misère des lieux. Bien que cette légende historique ait été largement démentie depuis, l’expression est restée, et, visiblement, la pratique aussi.

Les citoyens avertissent le Président via internet

Car malgré les menaces de Dmitri Medvedev, les dirigeants de Lytkarino ont donc tenté de reproduire la fameuse supercherie. Sauf que, pour leur plus grand malheur, les moyens de communication ont beaucoup évolué depuis l’époque de Potemkine. Aujourd’hui, les citoyens peuvent communiquer avec leur Président via internet. Et ils ne se sont pas privés de le faire. C’est ce que rapportait le journal Kommersant le 28 avril dernier : « Quelques jours avant l’arrivée de monsieur Medvedev, les habitants de Lytkarino ont commencé à communiquer massivement sur internet, racontant comment les autorités locales étaient en train de transformer leur ville en un village Potemkine. Ils ont expliqué que des filets de sécurité avaient par exemple été posés sur des vieux immeubles pour faire croire qu’ils étaient en cours de rénovation »!

Les maires se font taper sur les doigts

Ainsi averti, Dmitri Medvedev a donc cherché à voir ce qui se cachait derrière les palissades. Voyant que l’on avait effectivement cherché à le tromper, il a promis aux habitants présents sur les lieux qu’il allait s’entretenir avec les dirigeants de la ville. Le même genre de visite présidentielle avait déjà eu lieu à Smolensk le 11 avril dernier. Cette fois-ci rien n’avait été fait pour embellir quelque peu la cité et le chef de l’Etat s’était retrouvé devant un jardin d’enfants assez peu réjouissant. « Les jardins d’enfants ne devraient pas ressembler à cela » avait-il alors déclaré, avant d’ajouter, avançant dans la ville : « C’est une honte ! Et dire que c’est le centre-ville ! Mettez cela en ordre ! ».

Le Président russe joue donc les gendarmes et veille lui-même à ce que ses projets soient réalisés. Si les effets d’une telle politique ne se sont pour l’instant pas vérifiés de façon très concrète, force est de constater que l’actuel Président, qu’il soit mu par un électoralisme forcené ou par une réelle volonté de transformer son pays, va peut-être enfin faire changer certaines choses.

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