Guy Roux, l'éternel

Guy Roux revient une nouvelle fois au centre des affaires à Auxerre. Le destin du club bourguignon semble décidément lié au sien pour toujours.

À Auxerre, une nouvelle page se tourne avec le départ de Jean Fernandez pour Nancy. Laurent Fournier vient d’être nommé entraîneur, mais le changement le plus important a surtout lieu un peu plus haut dans l’organigramme du club. À 72 ans, Gérard Bourgoin fait en effet son grand retour à la tête de l’AJA, soutenu par ceux avec qui il a bâti le club: Jean-Claude Hamel et Guy Roux. Ce dernier revient donc une nouvelle fois aux affaires. Bien que ce ne soit pas officiel, personne ne doute du fait qu’il jouera un rôle important dans l’orientation sportive. Son retour au premier plan donne l’occasion de revenir sur quelques étapes de son immense carrière.

Un parcours exceptionnel

Dans ses mémoires, intitulées Entre nous et publiées sous forme d’entretien avec Dominique Grimault en 2006, Guy Roux évoquait son enfance, sa longue carrière à la tête de l’AJA et sa vie de "retraité" qui commençait alors à peine (et qui allait être interrompue un an plus tard par un court passage à Lens). L’occasion de mesurer à quel point cet homme a eu un parcours exceptionnel, mû depuis toujours par une volonté hors du commun. De très nombreuses anecdotes contées dans ce livre permettent à la fois de se rendre compte de cela, et de voir à quel point la vie et le football ont changé entre le début et la fin de l’immense carrière de Guy Roux.

Une jeunesse marquée par la faim

Ainsi, Guy Roux a seulement seize ans lorsqu’il débute en équipe première à Auxerre, qui joue alors en Division d’Honneur, il est encore lycéen. Un statut qui ne lui donne pas droit au sandwich offert par le club après le match! Pour calmer sa faim, il profite du fait que le lycée prépare le petit déjeuner du lundi matin le dimanche soir pour chaparder discrètement quelques morceaux de pain. Ce rapport difficile à la nourriture se retrouve tout au long de sa jeunesse, ce qui explique en grande partie son légendaire côté économe.

Les économies sur tout

Les économies, il les a faites sur tout. «Enfant, je ne suis jamais allé dans un magasin», explique Guy Roux, dont la grand-mère et la tante découpaient les tenues militaires de son père, les teignaient en bleu et en faisaient des culottes courtes que le futur coach bourguignon portera jusqu’à seize ans. Cette habitude de composer dans des conditions de fortune, il va la garder dans les premières années de sa vie d’entraîneur.

Recruté par hasard

Celle-ci commence alors qu’il a à peine vingt et un ans et demi. Nous sommes en 1960, et Guy Roux assiste, comme spectateur payant, à une rencontre amicale entre Auxerre et l’équipe anglaise de Crew. À la mi-temps, les Britanniques demandent s'il est possible de leur prêter quelques joueurs car ils ont des blessés. Guy Roux y va, et à la fin du match, les dirigeants d’Auxerre, qu’il a quittés quelques années auparavant pour faire ses études dans le Limousin, lui proposent de revenir jouer chez eux. Roux accepte, mais à une condition: il veut être entraîneur-joueur.

Entraîneur-joueur à 21 ans

La demande de Guy Roux paraît totalement fantaisiste aux dirigeants auxerrois. Pourtant, ces derniers finissent par l’accepter, après s’être rendus compte que ce serait la solution la moins coûteuse pour leur club. Sans le savoir, ils viennent d’engager celui qui entraînera l’AJA de 1961 à 2005, la faisant passer de la Division d’Honneur à la Ligue des champions.

À Auxerre, il a tout construit

Guy Roux commence sa carrière d’entraîneur avec seulement deux ballons, ses dirigeants le traitant de «fou» lorsqu’il en réclame cinq. Là encore, cela explique certains épisodes célèbres de la légende Roux à Auxerre. Le stade n’a pas de projecteurs, ni de tribunes, il n’y aucune infrastructure. Ces conditions de fortune, Guy Roux va les améliorer d’année en année. Tout comme il va construire patiemment son équipe, d’abord en recrutant malin, ensuite en privilégiant la formation, faisant d’Auxerre une «machine à champions» pour reprendre l’expression de Dominique Grimault. Jean-Marc Ferreri, Eric Cantona, Basile Boli, Phillippe Mexès, Djibril Cissé, Abou Diaby ou encore Bacary Sagna, pour ne citer qu’eux, sortent tous du centre de formation de l’AJA.

Un Guy Roux des années 2000 ferait plutôt sa carrière en Angleterre

Réputé pour son talent de formateur et de meneur d’hommes, Guy Roux s‘est aussi toujours distingué par ses analyses et ses formules bien à lui. Ainsi, lorsqu’on lui demande si un parcours semblable au sien serait possible au XXIème siècle, le légendaire entraîneur bourguignon répond qu’il «suffirait juste que son successeur apprenne un peu à manipuler l’informatique, s’adapte à quelques moyens technologiques que les gamins actuels apprennent à trois ans». Mais si c’était à refaire aujourd’hui, Guy Roux affirme qu’il construirait plutôt sa carrière en Angleterre.

Pour Guy Roux, «la France, c’est la Bulgarie»

Pour expliquer cette idée, il n’hésite pas à comparer la situation de l’entraîneur français en Angleterre à celle du fameux «plombier polonais», à qui l’on proposerait en France un salaire dix fois supérieur, la Sécu, le chômage et une bonne retraite. Poursuivant son raisonnement, Guy Roux va jusqu’à comparer la France à la Bulgarie. «Ce n’est pas du tout péjoratif, précise-t-il, car la Bulgarie est un beau pays, mais un pays pauvre. Eh bien nous, nous sommes pauvres par rapport aux Anglais.»

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