Iles Kouriles: la tension monte

La Russie et le Japon sont en pleine guerre diplomatique au sujet des îles Kouriles. Cela altérera-t-il la coopération économique entre les deux pays?

Depuis 65 ans, soit la fin de la Seconde guerre mondiale, la signature d'un traité de paix entre le Japon et la Russie est impossible, comme nous le rappelle le site aujourdhuilarussie.com . En cause, les îles Kouriles, cet archipel qui s'étire du sud de la péninsule du Kamchatka jusqu'au nord-est du Japon. Ces îles annexées par Moscou à la fin de la Seconde guerre mondiale sont revendiquées par Tokyo, où on les appelle les Territoires du nord. De l’absence formelle de paix, la Russie et le Japon sont en train de passer aux déclarations de guerre, leurs dirigeants respectifs multipliant les sorties fracassantes.

Le Japon veut se réapproprier les Territoires du nord

Au jeu des petites phrases, ce sont les Japonais qui ont commencé, nous rappelle le journal Kommersant , qui retrace l’historique des évènements récents concernant cette région. A l’été 2009, le Japon a en effet adopté une loi décrétant les Territoires du nord comme étant leurs terres. Puis les dirigeants se sont mis à évoquer de plus en plus souvent une « occupation illégale » de ces îles par les Russes. Les Japonais auraient alors refusé d’écouter les appels au compromis lancés par Moscou qui proposait notamment la création d’une zone économique commune.

Réaction russe et visite symbolique de Medvedev

En réaction, les Russes mènent des manœuvres militaires sur l’île d’Etorofu en juillet 2010. Une démarche qualifiée « d’inacceptable » par les dirigeants nippons, qui déclarent une nouvelle fois que les Territoires du nord doivent leur revenir. Mais l’affront ultime pour les Japonais, c’est la fameuse visite, le 1er novembre dernier, de Dmitri Medvedev, premier dirigeant russe à se rendre dans les Kouriles. Plusieurs fonctionnaires haut placés lui emboîteront le pas, faisant comprendre les intentions russes de marquer leur territoire.

Le ministre japonais des Affaires étrangères à Moscou

Au Japon, on perçoit cette visite comme une offense, mais aussi comme un échec diplomatique du gouvernement qui compromet sérieusement les perspectives d’accord russo-japonais au sujet des Kouriles. Pour relancer les négociations, le ministre des Affaires étrangères, Seiji Maehara, vient de se rendre à Moscou. Une visite destinée à trouver un terrain d’entente. Peu de temps avant sa venue, Seiji Maehara déclarait en effet qu’il voulait « dépasser les émotions » et mener des négociations dans le calme. Apaisé et pacificateur, il disait compter sur « la sagesse et la raison des deux peuples et de leurs dirigeants ».

La déclaration incendiaire de Naoto Kan

Mais un nouveau rebondissement a lieu le 7 février. Cette date est pour les Japonais le Jour des territoires du nord (en référence au traité de Shimoda , signé le 7 février 1855, et attribuant les îles aux Nippons). A cette occasion, le Premier ministre japonais, Naoto Kan, a lancé une déclaration incendiaire, en qualifiant la visite de Medvedev « d’outrage impardonnable». Dans la foulée, des nationalistes nippons s’en s'ont pris au drapeau russe à l’ambassade de Tokyo. Sergeï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, a dénoncé des propos peu diplomatiques .

Colère de Dmitri Medvedev

La réaction du Président Medvedev ne s'est pas fait attendre. Il affirme vouloir défendre cette « région stratégique » (qui est tout de même la troisième réserve mondiale de pêche), qui fait selon lui « partie intégrante du territoire russe ». Il parle de rééquiper les troupes russes présentes aux Kouriles, qui comptent aujourd’hui 3000 soldats (ils étaient plus de 10 000 à l’époque soviétique), et notamment d’envoyer, dès leur réception prévue pour 2015, les deux porte-hélicoptères Mistral récemment achetés à la France.

La Russie et le Japon n’ont aucune raison de dégrader d’excellentes relations

Mais cette hostilité manifeste des deux côtés pourrait cependant en rester au stade des mots. La Russie et le Japon n’ont en effet aucun intérêt à ce que leurs excellentes relations économiques et commerciales se dégradent. Hier, à l’issue de l’entretien entre Sergei Lavrov et Seiji Maehara, un proche du président Medvedev a d’ailleurs réaffirmé la volonté commune de renforcer les liens économiques entre les deux pays : « Nous ne pouvons remettre en cause, pour quelques déclarations, une coopération d’un tel niveau. Le Japon est notre partenaire le plus important, nous avons avec lui des relations très larges, et notre coopération se poursuivra en dépit des replis politiques ».

Il est vrai que les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint l’an passé le chiffre non négligeable de 24 milliards de dollars, et sont bien partis pour le dépasser. De nouveaux projets sont en effet en cours, comme la construction d’une seconde usine de montage Toyota en Russie, ou encore la réalisation commune de 30 000 véhicules tout-terrain par le constructeur russe Sollers et son homologue japonais Mitsui.

De quoi dissuader les deux parties de régler de façon trop violente ce différend historique.

CONT12

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