Incendies en Russie : vers un nouvel été meurtrier ?

Avec l'arrivée des premières chaleurs estivales, les craintes liées aux feux de forêts et de tourbières ressurgissent en Russie.

L’arrivée du beau temps n’est pas synonyme que de réjouissances. En Sibérie, la semaine dernière, des températures estivales prématurées ont été observées, et avec elles, les premiers incendies. Dans la République de Touva, au nord de la Mongolie, 26 feux de forêt auraient déjà été enregistrés, ainsi que le rapporte le site Interfax.ru , contre aucun l’année dernière à la même période. Et comme la météo prévoit des températures encore plus chaudes et sèches au mois de mai, l’inquiétude commence à monter.

Plus d’un million d’hectares de forêt avait brûlé en 2010

Car les Russes ont en tête l’été dernier, où de juillet à septembre, la partie européenne du pays avait été dévastée par le feu, qui avait détruit plus d’un million d’hectares de forêt, 1200 foyers, et fait au moins 53 victimes, d’après les chiffres que rappelait récemment le journal Kommersant . Moscou avait été recouverte d’un nuage de fumée toxique, et ses habitants avaient eu du mal à respirer. Une catastrophe due à un temps particulièrement chaud et sec, et à la difficulté d’éteindre les tourbières en flammes, la tourbe étant un combustible. Due aussi au manque de prévoyance et de réactions des autorités russes.

Les vacances de Loujkov

Cela avait été particulièrement flagrant avec le cas Youri Loujkov : le maire de Moscou, en vacances au moment de l’embrasement de sa région, n’avait pas jugé nécessaire de rentrer en urgence. Devant le scandale que cela avait provoqué, Dmitri Medvedev avait limogé le dirigeant communiste, trouvant là d’ailleurs une occasion rêvée de s’en débarrasser .

Le volontarisme affiché de Poutine et Medvedev

Par la suite, Vladimir Poutine avait multiplié les interventions destinées à afficher la détermination du gouvernement à réparer rapidement les dégâts et à mettre en place de nouveaux moyens pour éviter qu’un tel désastre ne se reproduise. Il avait notamment annoncé qu’il allait « contrôler personnellement le déroulement de la reconstruction des villages dévastés grâce à des caméras spécialement installées sur les chantiers ».

Le gouvernement encourage les volontaires pour lutter contre le feu

Les dirigeants se savent donc attendus au tournant. Ils prennent de nouvelles mesures chaque jour. Des systèmes hydrauliques pour irriguer les tourbières ont déjà commencé à être installés. Des caméras sont postées sur des tours dominant les forêts, de façon à prévenir le plus rapidement possible les risques d’incendie. Une loi a été adoptée pour faciliter et encourager la constitution des citoyens en groupes de pompiers volontaires pour aider les professionnels, ou même les remplacer dans les régions les plus isolées.

Les lenteurs administratives freinent les mesures anti-incendies

Mais ces mesures se heurtent à des lenteurs administratives, à des problèmes de compétences. Le journal Kommersant révèle par exemple que la région de Moscou n’a pas le droit d’utiliser ses fonds pour mieux équiper ses forêts, mais qu’elle doit attendre qu’une part du budget fédéral lui soit allouée, ce qui évidemment prend du temps.

L’accès aux forêts dans la région de Moscou sera limité à partir du 1er mai

Or, le temps commence à presser puisque les premiers feux de tourbières sont annoncés par le ministère des Situations d’urgence pour la fin avril. Le ministère précise cependant que le désastre de l’an passé ne se reproduira pas.

Les conditions météorologiques actuelles incitent tout de même à la prudence. A la prudence extrême, même, puisque le gouverneur de la région de Moscou a décidé de limiter l’accès des citoyens aux forêts dès le 1er mai. Une mesure qui, jusqu’alors n’était prise qu’en état d’urgence.

Greenpeace Russie tire la sonnette d’alarme

Il faut dire, à en croire Grigoriï Kouksine, coordinateur du programme anti-incendie de Greenpeace Russie, que l’urgence est bel et bien là. Interrogé par Kommersant au sujet de l’efficacité des mesures, il se montre assez sceptique. D’après lui, les tourbières ne sont pas gérées correctement, contrairement à ce qui avait été promis, et l’idée de les irriguer peut être, à terme, dangereuse. Kouksine explique en effet qu’en inondant le sol sur lequel pousse la forêt, on risque à terme de tuer des arbres. Et les arbres morts augmentent les risques d’incendie. De plus, l’argent est mal dépensé, puisqu’il sert principalement à acheter de gros engins capables de lutter contre les incendies à un stade avancé, alors qu’il faudrait mettre davantage de moyens dans les extincteurs et les miradors, qui permettent de maîtriser le feu plus tôt.

Un pessimisme que partage Alexeï Yarochenko, autre responsable de Greenpeace Russie. Dans un article publié le 16 avril dernier, il estime que tout est mal géré : « Les nouvelles techniques promises aux régions arrivent en retard à cause de la lenteur bureaucratique. Il se peut même qu’elles arrivent après la saison des incendies ».

D’après Yarochenko, les Russes n’ont plus qu’à espérer un peu de pluie cet été s’ils ne veulent pas revivre le cauchemar de l’an passé.

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