J.L.Mélenchon, grande gueule de l'année

Les auditeurs de RMC ne s'y sont pas trompés. Cette année, Jean-luc Mélenchon s'est spécialisé dans les sorties fracassantes.
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3030 internautes ont élu Jean-luc Mélenchon « grande gueule de l’année » sur le blog de l’émission Les grandes gueules de RMC. Il devance le fondateur de Médiapart, Edwy Plenel , et l’humoriste Stéphane Guillon , tous deux au centre de l’actualité en 2010, succédant ainsi à Augustin Legrand, Robert Ménard ou encore Xavier Mathieu. Le député européen a dit « savourer » cette récompense, considérant qu’il est « toujours plaisant d’être identifié comme quelqu’un ayant quelque chose à dire, et qui le dit en mettant les formes ». Il a cependant reconnu que l’expression « grande gueule » le « choquait » un peu, et qu’il ne savait pas vraiment s’il devait la prendre comme un compliment.

Une grande gueule, pour ses admirateurs et pour ses détracteurs

La formule de « grande gueule » est en effet à double sens. Elle peut désigner quelqu’un qui ose dire les choses, au risque de s’opposer à l’opinion majoritaire. Mais elle peut aussi désigner quelqu’un qui parle à tort et à travers. Jean-luc Mélenchon peut donc être considéré comme une « grande gueule » aussi bien par ses admirateurs que par ses détracteurs. Ces derniers étaient d’ailleurs majoritaires au moment où Jean-luc Mélenchon a été appelé pour réagir , puisque Franck Tanguy et Bernard Debré, présents sur le plateau à ce moment, s’en sont rapidement pris au leader du Parti de gauche, lui reprochant notamment ses récentes prises de position sur Cuba, qui équivalent selon eux à soutenir Kim Jong Il.

L’affaire Guillermo Farinas révèle-t-elle le vrai visage de Mélenchon ?

Jean-luc Mélenchon vient en effet de provoquer une nouvelle polémique en s’opposant à l’attribution du Prix Sakharov au journaliste cubain Guillermo Farinas. Cela n’a pas manqué d’indigner de nombreux confrères de l’intéressé, dont Jean Quatremer, de Libération, qui écrit sur son blog : « un dissident cubain récompensé, journaliste qui plus est, voilà qui est insupportable pour cet admirateur de Fidel Castro et de Hugo Chavez ». Pour Franck Tanguy aussi, Jean-luc Mélenchon a « révélé son vrai visage » lors de cette affaire, montrant qu’il méritait peut-être le titre de grande gueule de l’année, mais « certainement pas le prix de la démocratie ».

Mélenchon assure qu’il ne soutient ni le régime castriste…

Jean-luc Mélenchon a pour sa part répondu que s’il s’était opposé à la remise de cette distinction à Guillermo Farinas, ce n’était certainement pas par soutien au régime castriste, mais parce qu’il estimait qu’après avoir déjà récompensé par deux fois un dissident cubain, il aurait été normal que l’on choisisse d’autres causes tout aussi légitimes à ses yeux, comme par exemple celle de Breaking the silence, cette ONG de soldats israéliens qui luttent contre les crimes commis contre des Palestiniens par leur propre armée.

Ces arguments n’ont visiblement pas convaincu ceux qui commencent à s’agacer des polémiques à répétition lancées par l’ancien membre du Parti socialiste.

… ni le régime chinois

Il est vrai que ce dernier n’a pas beaucoup ménagé tout au long de cette année, ni les hommes politiques, ni les journalistes. Ces derniers, semble-t-il, tentent aujourd’hui de lui faire payer cette "insolence" en le présentant comme un anti-démocrate. Ainsi, récemment, Pierre-luc Séguillon avait reproché à Jean-luc Mélenchon d’être « très complaisant avec la Chine ». « Vous ne parlez pas des Droits de l’homme en Chine, ça a l’air de ne pas du tout vous intéresser » avait lancé le journaliste au leader du Parti de gauche. Ce dernier avait trouvé ces reproches « insupportables», et, s’il ne niait pas être en faveur d’une « coopération avancée en matière économique entre la France et la Chine », affirmait « ne pas avoir l’intention de méconnaître une seule seconde les problèmes de Droits de l’homme qui se posent en Chine ». Devant un Séguillon sceptique, Mélenchon avait conclu : « la Chine est une puissance pacifique qui ne pratique pas l’impérialisme aveugle américain », avant de s’en prendre à Nicolas Sarkozy, coupable selon lui d’être « pieds et poings liés derrière les Etats unis ».

Quand Mélenchon insulte les journalistes…

Avant ce mini « clash » avec Pierre luc Séguillon, Jean-luc Mélenchon s’était rendu célèbre par d’autres sorties nettement plus virulentes sur les journalistes. Son premier coup d’éclat de l’année remonte au mois de mars, lorsqu’il avait traité un étudiant de l’école de journalisme, de « petite cervelle » entre autres, dans une vidéo restée célèbre . En octobre , c’était au tour de David Pujadas d’être traité de « larbin » et de « salaud ». Beaucoup avaient alors reproché à Jean-luc Mélenchon de mener une « croisade anti-médias ». Interrogé par Jean-jacques Bourdin sur ce nouveau dérapage, le député européen avait réaffirmé que David Pujadas était « servile et complaisant ».

… et réclame l’expulsion des « médiacrates »

Invité des Grandes gueules quelques jours plus tard, il s’en était pris cette fois-ci à Laurence Ferrari, qu’il avait préalablement traitée sur son blog de « perruche », et à qui il reprochait d’avoir prétendu qu’il n’avait « ni programme ni idées ». Jean-luc Mélenchon était même allé encore plus loin en appelant à la « révolution citoyenne dans les médias » : « les médiacrates doivent être expulsés, et la base doit avoir la parole ».

Beaucoup voient dans cette attitude agressive envers les médias et le système une stratégie électoraliste visant à reconquérir un public populaire. Jean-luc Mélenchon ne cherche d’ailleurs pas à se défaire de cette étiquette de populiste qu’il dit assumer . En revanche, il n’accepte pas d’être comparé au leader du Front national, jugeant « infâme » l’appellation de « Le Pen de gauche » que lui donnent certains. Sa manière de s’adresser aux médias, de dénoncer le système, de prôner une certaine radicalité en usant de formules simples (d'aucuns diront simplistes) comme « Qu’ils s’en aillent tous », qui est le titre de son livre devenu best-seller, sont pourtant autant de points communs avec Jean-marie Le Pen. Son vocabulaire, avec ses références fréquentes à la patrie, notamment, laissent penser qu’il cherche à récupérer cette partie de l’électorat populaire qui, dans les années 80, a déserté la gauche pour rejoindre le Front National .

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