La lutte contre l'économie souterraine au cœur des débats

Les trafics de stupéfiants et les débats qu'ils suscitent prennent toujours plus d'ampleur. D'autant plus que nous entrons dans une période électorale.

Cette semaine, l’actualité a de nouveau placé la ville de Sevran, en Seine-Saint-Denis, au cœur des débats. Un policier vient en effet d’y être volontairement renversé par un véhicule. Cela intervient au lendemain de la publication d’un article du Parisien au sujet du trafic de stupéfiants dans un autre quartier de cette ville, les Beaudottes. On y découvre, comme dans le reportage du Nouvel observateur paru il y a un peu plus d’un an à ce sujet, le quotidien effroyable de certains de ses habitants, forcés de décliner leur identité aux trafiquants pour avoir le droit de gagner leurs appartements.

Sevran, symbole de l’ampleur qu’a pris l’économie souterraine

Stéphane Gatignon, maire Vert de Sevran, paraît lui-même désemparé devant l’ampleur de la situation. Dans un communiqué publié par le Parisien ce vendredi, il déclarait : «Malgré l'intervention massive des différents services de police, notre ville est toujours gangrenée par les trafics (…), c'est une situation intolérable. Les armes sont de plus en plus nombreuses. On assiste à une véritable fusion entre narco-trafiquants et trafics d'armes. La violence s'installe, se banalise. Le quotidien des habitants est devenu invivable ».

Répression, aide sociale ou légalisation

Au-delà de ce cas particulier, c’est le débat autour des solutions que l’on peut apporter pour lutter contre « l’économie parallèle » qui est relancé. Et comme nous entrons dans une période électorale où, une fois de plus, le thème de la sécurité va jouer un rôle majeur, chaque formation politique qui se respecte se doit d’apporter une réponse à ce problème, que personne ne nie aujourd’hui. Voici, en caricaturant un peu, les trois points de vue majeurs qui s’affrontaient jusqu’à présent sur le sujet : il y a les partisans de la répression, qui estiment que seule une sévérité sans faille de la police et de la justice pourrait permettre d’en finir avec les trafics en tous genres. Il y a ceux qui considèrent que c’est en apportant une réponse sociale (amélioration des conditions de vie dans les quartiers, lutte contre le chômage…) que l’on arrivera à régler le problème. Et puis il y a ceux qui pensent qu’une légalisation totale ou partielle du cannabis serait la solution.

Légalisation, fausse bonne idée ?

Cette dernière proposition, avancée il y a peu au Mexique, où la guerre entre narcotrafiquants met le pays à feu et à sang depuis plusieurs années , est défendue en France par l’extrême gauche, mais aussi par les Verts. Cécile Duflot affirmait encore récemment, sur le plateau de Mots croisés , que, selon elle, « légaliser le cannabis permettrait de supprimer les mafias ». Une idée rejetée par ses adversaires politiques, notamment de droite, mais aussi par le criminologue Alain Bauer, qui l’estime totalement injustifiée et inefficace, l’Espagne et les Pays-bas étant deux exemples d’échec de cette expérience.

L’échec de la « guerre aux trafiquants »

On ne peut cependant pas vraiment dire que la politique du gouvernement en place depuis 2007 (et même avant, puisqu’en tant que ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy avait déjà déclaré « la guerre aux trafiquants » ) ait vraiment porté ses fruits. Elle se heurte notamment à une incohérence majeure : comment accroître la répression tout en réduisant les effectifs de police ?

La nouvelle stratégie socialiste

Le Parti socialiste, qui, comme le notait il y a peu le magazine Marianne , se sait « attendu au tournant » en matière de sécurité, est peut-être la formation qui a le plus mûri sa réflexion à ce sujet. Dans le cadre du « pacte de protection et de sécurité publique » présenté il y a peu à Créteil, la lutte contre l’économie souterraine était mentionnée, alors que les socialistes avaient auparavant tendance à minimiser le problème, et à proposer des solutions plus idéologiques que concrètes. Des interrogations subsisteront cependant toujours quant à la capacité de la gauche à financer ses nouveaux projets sécuritaires.

Les politiques semblent en tous cas plus que jamais décidés à lutter de toutes leurs forces contre le trafic de cannabis, qui, ils l’ont bien compris, pose un problème non seulement économique, mais aussi d’équilibre social. Cependant, leurs efforts seront-ils suffisants pour convaincre ceux qui se sont engagés, ou qui s’apprêtent à le faire, sur le chemin de l’illégalité, de revenir à une existence « normale » ? Rien n'est moins sur. On peut gagner de l’argent par tous les moyens. La preuve en est, les pouvoirs publics commencent à prendre la mesure du marché du cannabis alors même que celui de la cocaïne , qui représente des sommes bien plus considérables, a explosé. La vraie question à se poser serait donc plutôt de savoir comment redonner envie aux jeunes de trouver leur place dans la société, plutôt qu’évoluer en marge de celle-ci. Et en cela, les dirigeants montrent-ils toujours le bon exemple ?

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