La Transnistrie fait de la résistance

Ce petit pays non reconnu, vivant toujours à l'heure soviétique, est au coeur des débats entre La Russie et l'Occident.
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Peu d’Européens connaissent la Transnistrie, ce pays qui n’en est pas vraiment un. Aucun Etat n’a reconnu son existence, hormis l’Abkhazie et l’Ossétie du sud, qui sont eux aussi des Etats non reconnus. Pourtant, ce mince filet de territoire, situé à l’est de la Moldavie et faisant officiellement partie de cette dernière, a bel et bien le fonctionnement d’un Etat. Avec sa capitale, Tiraspol, ses institutions, son drapeau, son poste frontière, son Président… La Transnistrie constitue un cas à part, et son statut est discuté depuis bientôt vingt ans.

Un conflit qui n’a jamais vraiment été réglé

En 1990, la Transnistrie, région russophone où est concentré l’essentiel de l’industrie de la République soviétique de Moldavie, proclame son indépendance. Un an plus tard, la Moldavie l’imite, créant un Etat qui englobe de facto la Transnistrie. Mais les habitants de cette dernière ne veulent pas de cet Etat roumanophone, et refusent de sortir du système soviétique. Une guerre éclate alors entre la Moldavie et les sécessionnistes transnistriens, soutenus par l’armée russe. Depuis, si la guerre a cessé, le conflit n’a jamais été réglé, et la République moldave de Transnistrie existe au sein de la Moldavie qui ne la reconnaît pas. Pas plus qu’aucun autre Etat européen d’ailleurs. Isolée, la Transnistrie continue de faire de la résistance. Elle a gardé absolument tous les symboles de l’ex-URSS : drapeau frappé de la faucille et du marteau, défilés militaires aux couleurs soviétiques… L’omniprésent président Igor Smirnov, lui-même, déclarait encore il y a peu: « Nous ne sommes jamais sortis de l’URSS ».

Le dernier bastion de l’URSS

Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’URSS existe toujours, donc ! Avec tout ce que cela comporte comme inquiétudes pour les observateurs occidentaux. Car la Transnistrie reste un territoire assez secret, où il est difficile de pénétrer. Toutes les rumeurs circulent au sujet de cette zone de non droit. Elle serait « la poudrière de l’Europe », d’après Xavier Deleu, auteur d’un livre ainsi titré. Elle serait un immense repaire d’armes, et continuerait aujourd’hui à en fabriquer. Plusieurs reportages et témoignages nous montrent la Transnistrie comme une ”plaque tournante” : drogue, nourriture, alcool, cigarettes, armes y transiteraient à l’abri de tout contrôle.

La Russie entretient un rapport ambigu avec Tiraspol. Elle maintient ses bases militaires dans ce pays, qu’elle ne reconnaît pourtant pas. La Transnistrie faisant officiellement partie de la Moldavie, qui est un pays neutre, toute présence militaire étrangère est normalement illégale sur ce territoire. Mais les Russes estiment que leur présence est un contre-poids nécessaire à l’influence occidentale.

Un enjeu de la lutte d’influence entre Russie et Occident

On mesure bien ici l’enjeu que représente la Transnistrie entre l’Occident et la Russie. Cette dernière n’apprécie pas tellement le « deux poids, deux mesures » de la politique occidentale, qui consiste, par exemple, à reconnaître l’indépendance du Kosovo, qui n’a pourtant pas plus de légitimité à ses yeux que celles de l’Abkhazie, ou de l’Ossétie du sud.

Le débat sur le futur statut de la Transnistrie a été relancé ces derniers jours, entre toutes les parties concernées : Moldavie et Transnistrie d’un coté; OSCE, Russie, Ukraine, UE et Etats-Unis de l’autre. Si le président Smirnov est plus que jamais tourné vers la Russie, le président moldave par intérim, Mikhaï Ghimpu, est, lui, plus que jamais tourné vers l’Occident et l’Europe. Il a récemment demandé l'aide de l’OTAN pour bouter les soldats russes hors de Transnistrie. Il multiplie les gestes symboliques pour montrer son hostilité vis-à-vis de la Russie, dans la lignée de la Révolution orange d’Ukraine, ou de la politique de Saakachvili en Géorgie. Il a ainsi refusé, le 9 mai dernier, de participer à la traditionnelle Parade de la Victoire à Moscou, comme cela était prévu, considérant que la Moldavie se trouvait non pas du côté des vainqueurs de la Deuxième Guerre mondiale, mais plutôt de celui des vaincus. Certains y voient même une réhabilitation du régime nazi d’Antonescu, dictateur roumain des années 40.

Quoi qu’il en soit, même si toutes les parties prônent une solution pacifique, au sujet de laquelle Dmitri Medvedev lui-même s’est récemment dit confiant, il n’est pas sûr que Ghimpu obtienne totalement gain de cause. Car l’OTAN est actuellement en grande négociation avec la Russie. Au sujet des boucliers anti-missiles en Europe, dont il a été question cette semaine à Lisbonne. Et au sujet de l’Afghanistan, où les armées occidentales, embourbées en terrain hostile, sollicitent de plus en plus l’aide de l’ex ennemi soviétique, qui connaît bien cette région pour y avoir mené une guerre particulièrement dure dans les années 1980.

Forts de leur position, les Russes ne braderont certainement pas leurs zones d’influence à n’importe quelles conditions.

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