L'ancien président russe Mikhaïl Gorbatchev fête ses 80 ans

L'anniversaire du dernier dirigeant soviétique sera plus fêté en Occident qu'en Russie. Un retour sur sa carrière nous permet de mieux comprendre pourquoi.
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Mikhaïl Sergeevitch Gorbatchev est né le 2 mars 1931 dans la région de Stavropol, au sud de la Russie. Il est issu d’une famille paysanne. Après des études de droit, il devient secrétaire régional du Parti en 1970, ce qui lui permet de faire la connaissance de Youri Andropov. Ce dernier, qui était alors président du KGB et allait devenir en 1982 le chef de l’Etat soviétique, se rendait en effet fréquemment en cure thermale dans la région et remarqua immédiatement le jeune dirigeant. Faut-il y voir un lien de cause à effet, Gorbatchev devient membre du Comité central du PCUS en 1971. Son ascension se poursuit jusqu’à la plus haute marche, atteinte le 11 mars 1985, lorsqu’il est nommé Premier secrétaire du Parti.

Le jeune Gorbatchev est accueilli avec enthousiasme en 1985

Sa nomination au sommet de l’Etat est accueillie avec optimisme par la population, si l’on en croit le site lenta.ru , qui retrace son parcours. Il faut dire que Mikhaïl Gorbatchev se démarque singulièrement de ses prédécesseurs: il n’a que 54 ans. Andropov avait 68 ans lorsqu’il succéda à Brejnev après la mort de ce dernier, et n’eut pas le temps de mener à terme ses grandes réformes puisqu’il mourut à son tour en 1984, deux ans après son arrivée au pouvoir. Konstantin Tchernenko, 72 ans, prit alors le relais, mais décéda lui aussi un an seulement après sa prise de fonction! Jeune et dynamique, Gorbatchev a donc toutes les chances de conjurer la malédiction des chefs d’Etat soviétiques.

La Perestroïka pour donner un second souffle à un système vieillissant

A l’image de ses dirigeants mal en point, l’URSS a un système vieillissant. Elle est embourbée dans une guerre sans issue en Afghanistan, et la course à l’armement pèse de tout son poids sur une économie déjà fortement affaiblie par une désorganisation et une corruption généralisées, auxquelles Andropov avait essayé un temps de s’attaquer. Gorbatchev va, dès le début de son mandat, s’atteler à poursuivre la tache de son premier mentor. En avril 1985, il lance le vaste processus de démocratisation de la société soviétique, connu sous le nom de Perestroïka (reconstruction).

Comme Lénine en 1921

Gorbatchev veut accélérer le développement socio-économique du pays. Pour cela, il reprend le principe de la NEP, la Nouvelle politique économique lancée par Lénine au sortir de la Guerre civile russe dans les années 1920, et qui consistait à réintroduire une part d’auto entreprenariat et de commerce libre dans l’économie. On assiste alors à l’apparition massive de coopératives, et à l’acquisition par de très nombreux Russes de résidences secondaires.

Transparence et démocratisation

Mais la nouveauté, c’est aussi la Glasnost’ (transparence) voulue par le chef de l’Etat. Gorbatchev veut un accès plus libre des citoyens à l’information. En cela, il ouvre une brèche considérable dans le régime autoritaire soviétique. De nombreux écrivains, artistes ou prisonniers politiques bannis par le passé sont réhabilités. Ce grand chamboulement de la politique intérieure s’accompagne d’une révolution similaire dans la politique extérieure de l’URSS: Gorbatchev veut réduire l’armement, et parle de retirer ses troupes d’Afghanistan.

La catastrophe de Tchernobyl et celle de la loi anti-alcoolisme

Parallèlement à ces grands changements, Gorbatchev doit faire face à de graves problèmes. Il y a bien sur la catastrophe de Tchernobyl en 1986 et le tremblement de terre en Arménie en 1988. Mais il y a aussi le séisme provoqué par la campagne contre l’alcoolisme. Gorbatchev avait en effet décidé de réguler la vente d’alcool, n’autorisant l’ouverture des lieux de vente de spiritueux qu’à certaines heures et établissant un système de tickets de rationnement. Cela avait donné lieu à d’interminables files d’attente devant les commerces en question et au boum de la fabrication d’alcool artisanal. Au final, cela a valu à Gorbatchev une extrême impopularité.

L'économie est en trop mauvais état pour être relancée

Plus grave encore, la politique réformatrice de Gorbatchev n’a pas permis de relancer une économie bien trop sinistrée. Les pénuries de certains produits de première nécessité deviennent de plus en plus importantes, ce qui contraint le chef de l’Etat à étendre le système des tickets de rationnement à un très grand nombre d’aliments de base. Gorbatchev augmente les paies des travailleurs, mais ces derniers ne peuvent rien acheter faute de marchandises sur les étals. Une situation qui aboutit à des grèves massives, et à une contestation d’autant plus importante que, grâce à Gorbatchev, elle n’est, pour la première fois dans l’Histoire de la Russie, pas réprimée.

Tout s’écroule

Le système s’effondre alors de lui-même. Tout comme l’Empire soviétique, rendu totalement perméable, surtout après la chute du Mur de Berlin. Cette situation atteindra le comble de l’absurdité lorsque Gorbatchev sera forcé de démissionner de son poste de dirigeant, son pays ayant cessé d’exister! Aujourd’hui, à l’heure de l’anniversaire des 80 ans de Mikhaïl Gorbatchev, les Russes se souviennent surtout de cette décomposition de l’URSS, de cette victoire de l’Occident, et de ces files d’attente devant des magasins vides, plutôt que de la liberté qu’a entrepris de leur rendre le dernier Président soviétique.

C’est en tous cas ce que révèle le site RIA novosti , s’appuyant sur une enquête du VCIOM (institut de sondage russe), d’après laquelle 73% de la population aurait du mal à détacher les effets positifs de la politique de Gorbatchev. Cela explique que les 80 ans de Gorbatchev soient plus fêtés à Londres, où un grand gala aura lieu le 30 mars en son honneur, qu’à Moscou, où il célèbrera son anniversaire très modestement en famille.

Ce déficit de popularité au sein de son propre pays n’empêche pas Gorbatchev d’avoir aussi ses partisans parmi les démocrates, comme en témoigne l’hommage qui lui est rendu aujourd’hui par Novaïa gazeta , ni d’intervenir fréquemment pour commenter, généralement de façon très négative , l’actuelle gestion du pays. Néanmoins, 26 ans après la Perestroïka, Mikhaïl Gorbatchev reste beaucoup plus aimé en Occident qu’il ne l’est en Russie.

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