Le dialogue interreligieux est-il possible en Russie?

L'Eglise orthodoxe russe veut jouer un rôle dans la réconciliation entre communautés. Elle ne manque pas de propositions, dont certaines peuvent surprendre.
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Les émeutes sur fond de nationalisme qui ont eu lieu en Russie en décembre , et qui ne sont peut-être pas terminées, ont relancé les débats toujours très complexes sur le multiculturalisme et les tensions entre les différentes nationalités présentes sur le territoire. Dmitri Medvedev lui-même, lors d’une réunion avec le parlement le 17 janvier dernier, a estimé que « mettre fin aux tensions interethniques et construire la paix sociale était un préalable indispensable à la résolution de tout autre problème, qu’il soit d’ordre économique, social ou politique ».

Medvedev insiste sur l’identité nationale russe

« Pour contrer le nazisme, qui de par sa nature même est antinational et destructeur pour n’importe quelle ethnie, il faut apporter une réponse très sérieuse », a ajouté le président russe . Il est selon lui indispensable d’accorder de l’importance à la culture multinationale de la Russie, au sein de laquelle la culture russe (par distinction avec les cultures des différentes minorités) doit faire l’objet d’une attention particulière. « Les Russes (de souche) constituent le peuple le plus nombreux sur notre territoire, la langue russe est la langue nationale, et la religion orthodoxe est la plus répandue dans notre pays. Il nous faut donc développer les meilleurs aspects du caractère russe, ceux qui sont à la base du fondement de notre nation », a conclu le chef de l’Etat.

L’Eglise s’invite dans le débat…

L’Eglise orthodoxe russe a bien reçu le message et prend très au sérieux son rôle dans la résolution des conflits interethniques et religieux. Vsevolod Tchapline, qui s‘occupe de la coopération entre l'Eglise et la société pour le patriarcat de Moscou, s’est ainsi entretenu récemment avec les représentants de divers mouvements politiques de jeunes. La plupart d’entre eux font partie de Russie unie (comme Molodaya gvardia, la jeune garde), mais on note aussi la présence de groupes d’extrême droite, comme le DPNI (mouvement contre l’immigration illégale). Il est ressorti de cette réunion que « les circonstances actuelles donnaient à l’Eglise orthodoxe russe le droit d’être l’un des représentants légitimes du peuple russe dans le dialogue interreligieux et interethnique ».

… et veut créer un Conseil interreligieux pour régler les conflits

Des propositions concrètes ont également été élaborées au cours de cette rencontre, dans le but de stabiliser la situation politique du pays, et de prévenir les conflits interethniques et sociaux : apprendre le russe aux immigrés « légaux », couper court à toute forme d’immigration illégale ou encore prévenir le terrorisme. L’Eglise propose également de créer un « Conseil interreligieux de Russie », comprenant trois groupes.

  • Un groupe opérationnel de « réaction anticrise », destiné à « prévenir ou à résoudre les conflits interethniques ».
  • Un groupe d’information, chargé de détecter d’éventuels risques de conflit, notamment sur internet.
  • Un groupe juridique, chargé d’étudier la « conflictualité » de certaines instructions et de préparer une éventuelle réaction aux décisions judiciaires.

Une entente interreligieuse a été trouvée…

Si l’on ignore pour le moment si les propositions de l’Eglise seront suivies d’effets, les représentants religieux de Russie viennent en tous cas de montrer qu’ils pouvaient s’entendre sur un tout autre sujet. Celui de la tenue vestimentaire des Russes, et notamment des femmes. Faut-il y voir un lien de cause à effet avec l’actuel sursaut identitaire russe ? Sans doute. Toujours est-il que cette semaine, ce décidemment très inventif Vsevolod Tchapline a estimé qu’il serait pertinent d’introduire en Russie un code vestimentaire. Une idée que lui suggèrerait la tenue, trop légère selon lui, de certaines Russes. Le port de la mini-jupe serait selon lui une « incitation au viol », ainsi que le rapportait hier le site lenta.ru .

… concernant le port de la mini-jupe !

Si cette proposition n’a pas manqué d’indigner une partie de la population, au point qu’une pétition a été envoyée au Patriarche Kirill pour demander « l’arrêt de cette propagande discriminatoire envers les femmes », elle a en revanche reçu le soutien de plusieurs personnalités musulmanes. Ainsi, le président tchétchène Ramzan Kadyrov s’est déclaré « étonné qu’appeler les femmes à être discrètes et à se conduire avec une grande dignité soit vécu comme une atteinte à des quelconques droits ».

Un avis partagé par le chef du comité exécutif des muftis de Russie, Mukhamedgali Khouzine, pour qui « le choix des vêtements est lié aux convenances ». Certains représentants des autorités juives du pays ont également accueilli la proposition de Vsevolod Tchapline positivement. En émettant toutefois quelques réserves, à l’image d’Andreï Glotzer, représentant du Grand rabbin de Russie, qui rappelle que « le concept de discrétion peut varier d’une culture à une autre ».

Quelle que soit la réaction que peut susciter cette idée d’établir un code vestimentaire national, force est de constater qu’elle a permis de démontrer que l’entente interreligieuse était possible en Russie.

CONT12

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