Le FN affole la classe politique

Le PS et l'UMP sont de plus en plus inquiets après les récents sondages, confirmés par les résultats du premier tour des cantonales.
10

Le Front national voulait mettre « un coup de pied dans les urnes » lors de ces élections cantonales. Force est de constater que la formule reflète assez bien la réalité du premier tour de ce scrutin qui a eu lieu dimanche 20 mars. Le parti de Marine Le Pen y obtient un score national de 15 %, ce qui est un chiffre en nette amélioration par rapport aux dernières cantonales de 2004. Certes, le taux d’abstention (55% en moyenne) très élevé rend difficile l’interprétation précise de ces résultats, comme s’est empressé de le faire remarquer Jean-François Copé hier.

Les électeurs auraient-ils préféré « l’original à la copie »?

Mais si l’on rajoute cette percée du FN aux récents sondages plaçant Marine Le Pen en tête de la présidentielle de 2012, cela commence à faire beaucoup de signes en faveur de cette dernière. La prophétie de son père, qui disait que « le peuple préfèrerait toujours l’original à la copie », semble se réaliser en partie. Bien qu’il faille nuancer la notion de « peuple » lorsque l’on parle de 15% des 45% de votants aux cantonales, on ne peut pas non plus nier que l’électorat du FN semble tout de même s’agrandir.

Après avoir « chassé sur les terres du FN », N.Sarkozy pense à rebrousser chemin

Face à ce phénomène, les plus désemparés semblent être les membres de la majorité présidentielle. Nicolas Sarkozy avait réussi à récupérer de nombreuses voix parmi les électeurs frontistes. Or apparemment, une bonne partie de ces derniers ont refait le même chemin, mais en sens inverse. Le président de la République semble donc avoir décidé de changer de cap. C’est en tous cas ce qu’indique la récente décision du gouvernement de ne pas étendre la déchéance de la nationalité aux assassins de policiers. Mesure phare du fameux « discours de Grenoble », cette idée était assez symbolique de cette tendance de l’UMP à vouloir « chasser sur les terres du FN ». Son abandon est donc tout autant symbolique d’un changement de stratégie.

L’UMP plus que jamais divisée sur sa stratégie face au FN

Mais c’est précisément sur ce point que le parti de Nicolas Sarkozy apparaît le plus divisé . Faut-il marquer une différence plus nette avec les idées lepénistes, en acceptant de revenir sur certaines idées jugées trop à droite ? Ou faut-il au contraire enfoncer le clou en insistant sur les questions d’insécurité, d’immigration et d’Islam, en acceptant même, s’il le faut, de faire alliance dans certains cas avec le Front national ? Sur ces questions, l’UMP semble plus que jamais partagée.

Pour ou contre un front républicain ?

Cela a pu se vérifier récemment avec le lancement par Jean-François Copé d’un débat sur la laïcité et l’islam en France, qui a suscité de nombreuses polémiques, y compris au sein de la famille politique de son initiateur. Le Premier ministre lui-même s’était montré relativement prudent en affirmant qu’il était « opposé à un débat sur l’islam si cela conduit à stigmatiser les musulmans ». Cette dualité au sein de la majorité présidentielle s’est encore vérifiée hier à propos des consignes de vote au second tour des cantonales. Si certains, comme Nathalie Kosciusko-Morizet, ont clairement appelé à voter socialiste en cas d’élimination de candidats UMO, d’autres, dont Nicolas Sarkozy lui-même, se sont dit opposés à l’idée d’un Front républicain .

L’Ump a la mémoire courte, mais le PS n’est pas rancunier

Pas de quoi rassurer un PS qui peut se sentir floué par son adversaire de droite, refusant une union à laquelle lui avait pourtant consenti en 2002 en appelant à voter pour Jacques Chirac au second tour de l’élection présidentielle. Pas rancuniers, les socialistes persistent pourtant aujourd’hui encore dans cette stratégie, en appelant à « voter UMP si nécessaire pour faire barrage au FN » au second tour des cantonales, prenant ainsi le risque d’étayer les thèses frontistes, selon lesquelles « l’UMPS » ne formerait qu’un seul et même parti.

Autrement dit, si, comme certains le prédisent, un 21 avril bis venait à se produire en 2012, et que le candidat opposé à Marine Le Pen s’avérait être de gauche, le score serait certainement beaucoup plus serré qu’en 2002. Quoiqu’il en soit, la présidente du FN poursuit pour le moment son ascension, tandis que ses adversaires politiques se déchirent en se rejetant la responsabilité de sa montée en flèche .

Sur le même sujet