Le racisme dans les stades russes

Certains hooligans continuent de donner une bien mauvaise réputation à la Russie, qui accueillera l'épreuve majeure de football dans sept ans.
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Les problèmes de racisme dans les stades russes sont récurrents. Mais cela pourrait changer. Les autorités semblent en effet décidées à sévir de façon plus radicale contre ce phénomène, et pour cause: la dernière victime en date du racisme de certains supporters russes n’est autre que Roberto Carlos, star mondiale du football. À la fin du match Krylia Sovetov-Anji, le Brésilien a reçu une banane lancée depuis les tribunes du Stade Metallurg de Samara. Excédé, le capitaine de l’équipe de Makhatchkala a quitté le terrain sur le champ, tendant deux doigts vers les spectateurs, pour indiquer que c’est la deuxième fois (en quinze matches) qu’un tel incident se produit.

Pour la 2e fois en 15 matches, Roberto Carlos est visé par une banane

Lors de la 2e journée de championnat, à Saint-Petersbourg, Roberto Carlos avait en effet déjà reçu une banane, lancée cette fois-ci avant le début de la rencontre. L’affaire avait été plus ou moins étouffée, et le club incriminé, le Zénit, avait été condamné à payer 300 000 roubles (environ 7500 euros). Cette fois-ci, le Brésilien a semblé décidé à ne pas laisser passer cet incident. «Je suis indigné par le comportement abominable de ce supporter. J’espère que l’Union du football russe, l’UEFA et la FIFA prononceront une sanction adéquate à cet incident odieux. De telles choses ne se tolèrent pas dans des pays civilisés.»

Les clubs sanctionnés plus durement

Sentant que l’événement allait avoir une retombée médiatique internationale importante, les instances du football russe ont réagi de façon déterminée. Elles ont modifié le règlement actuel, qui prévoit déjà qu’un club dont les supporters se rendent coupables d’actes racistes peut se voir infliger une amende de l’ordre de 100 000 roubles ainsi que le retrait de trois points. Désormais, il pourra en plus se voir infliger un huis clos sur trois rencontres d’affilée, plus un match à disputer sur terrain neutre.

La détermination actuelle des plus hautes instances du football russe…

Alou Alkhanov, responsable du comité d’éthique de l’Union du football russe, insiste sur la volonté des plus hautes autorités de se saisir de l’affaire: «On ne peut pas fermer les yeux sur un tel manque de respect envers un footballeur, sur une telle violation des droits de l’homme. Non seulement les instances footballistiques doivent prendre des mesures contre l’homme qui a jeté cette banane, mais celui-ci doit également faire l’objet d’une sanction de type administratif», déclare-t-il au journal Kommersant .

… contraste avec leur laxisme passé

Les instances sportives et politiques russes n’ont pas toujours fait preuve d’un tel volontarisme. Les manifestations d’un racisme très radical sont en effet fréquentes depuis de nombreuses années en Russie. Et elles ont été traitées parfois avec un certain laxisme. Dans un article de Novaya gazeta daté de 2007, Ilya Yachine, journaliste et membre de l’opposition démocratique, s’était penché sur ce sujet. Il y rappelait quelques faits marquants, comme ces fans de l’équipe de Vologda, auteurs d’une véritable mise en scène lors d’un match de leur équipe, au cours duquel ils s’étaient déguisés en membres du Ku-klux klan et avaient pendu un épouvantail représentant un Noir. D’autres préfèraient arborer des portraits d’Adolf Hitler…

«Monkey go home !»

Comme le notait Ilya Yachine, ce genre d’incidents passaient en général inaperçus et restaient le plus souvent impunis. Les choses ont commencé à changer lorsque Welliton, autre joueur brésilien du championnat russe, a été accueilli par une banderole, sur laquelle on pouvait lire «Monkey go home!» (Rentre chez toi, le singe). Le Spartak, club dont les supporters avaient brandi ce message, avait alors été condamné à payer une amende. Mais visiblement, cela n’avait pas suffi à calmer l’ardeur de certains ultras moscovites, qui se sont distingués quelques mois plus tard en déployant une banderole célébrant l’anniversaire de leur «grand-père» Adolf Hitler. Là encore, le Spartak a été condamné, mais il semble, comme l’écrivait hier Vladimir Mozgovoï, autre journaliste de Novaïa Gazeta, que le mal soit profond et qu’aucune loi ne puisse vraiment y remédier.

Une force politique organisée et dangereuse

Le milieu des supporters est «l’une des quelques forces sérieuses et organisées que l’État ne contrôle pas», écrivait Ilya Yachine il y’a quatre ans. Les évènements de la Place du Manège en décembre dernier lui ont donné entièrement raison. Il y a des hooligans liés aux milieux les plus extrémistes dans toutes les capitales d’Europe, mais en Russie ils représentent carrément une force politique d’opposition capable de défier les autorités. Celles-ci commencent donc à nourrir quelques inquiétudes quant au Mondial que la Russie organisera en 2018.

L’organisation russe n’avait pas besoin de ce nouveau «coup de pub»

Dans ce contexte, l’incident au centre duquel s’est retrouvé Roberto Carlos, et qui a une nouvelle fois mis les hooligans russes sur le devant de la scène internationale, n’a pas du tout été du goût des instances dirigeantes sportives et politiques. D’autant plus que quelques jours auparavant, un autre événement avait déjà fait le «buzz» : alors qu’il venait saluer ses supporters et leur donner son maillot, Danko Lazovic, l’attaquant du Zénit St-Pétersbourg a été frappé dans le dos par l’arme électrique d’un policier qui l’avait visiblement pris pour un supporter! Choqué, le joueur serbe avait eu les mots suivants: «C'est dingue qu'il puisse se passer une chose pareille dans une compétition sportive. Mais ici en Russie, clairement, tout est possible.»

Pas de quoi améliorer la réputation des organisateurs de la Coupe du monde 2018…

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