Léon Trotski, de la campagne à la révolution mondiale

Léon Trotski a, quoiqu'on en dise, marqué l'histoire mondiale. Sa vie, extrêmement riche en rebondissements, mérite d'être parcourue.
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Léon Trotski, de son vrai nom Leïba Davidovitch Bronstein, est né le 7 novembre 1879 (ou 26 octobre, selon le calendrier Jullien en vigueur en Russie jusqu’en 1917. Cette date coïncide avec celle de la Révolution bolchévique, qui aura lieu 28 ans plus tard), dans une famille juive de Ianovka, au sud de l’Ukraine (qui fait alors partie de l’Empire russe). Il grandit dans un milieu relativement aisé: «Mon enfance à moi n’a connu ni la faim ni le froid. Au moment où je suis né, la famille de mes parents possédait déjà une certaine aisance. Mais c’était le bien-être rigoureux de gens qui sortent de l’indigence pour s’élever et qui n’ont pas envie de s’arrêter à moitié chemin». Son père est un propriétaire terrien parti de peu, mais dont la richesse «n’a cessé de s’accroître».

«La prison, la déportation, l’émigration pour université»

Sa scolarité se déroule à Odessa puis à Nikolaïev. C’est dans cette dernière ville que Trotski fait la connaissance de la jeunesse révolutionnaire, participant à la création de l’Union des travailleurs du sud de la Russie. Cela lui vaut d’être arrêté pour la première fois en 1898. «De même que mes contemporains, j’ai eu pour université la prison, la déportation, l’émigration». C’est à Londres qu’il fait, en 1902, la connaissance de Lénine . Ses relations avec le futur leader de la Révolution d’octobre ne sont pas toujours des plus cordiales, puisque dès 1903, des désaccords apparaissent, notamment lors du Congrès de la social-démocratie russe. Ce mouvement politique se scinde en deux partis, les bolchéviks et les Menchéviks.

Quand Lénine qualifiait Trotski, le menchévik, de «Judas»

Trotski se positionne alors du côté des menchéviks, s’opposant à Lénine à qui il reproche son attitude trop autoritaire. Il va par la suite chercher à réunifier le mouvement social-démocrate, sans succès. Dans les années qui vont suivre, Trotski reste en froid avec Lénine, qui va même jusqu’à le qualifier de «Judas». Jusqu’à la Révolution de 1917, qui voit les deux hommes se réconcilier: «je revins à Lénine plus tard que d’autres, mais je revins à lui plus fermement et sérieusement que ceux de ses disciples qui, de son vivant, imitaient, parfois d’une façon déplacée, le maître dans ses paroles et ses gestes, et qui, après sa mort, se sont avérés d’impuissants épigones et d’inconscients instruments aux mains des forces ennemies». Cette réconciliation sera à la base de la réussite du coup d’Etat d’octobre 1917.

Orateur hors-norme et théoricien de la révolution permanente

Trotski rentre une première fois en Russie après la Révolution de 1905. Il sera l’un des trois présidents que le Soviet de Saint-Petersbourg connaît pendant les quelques mois de son existence. C’est à cette époque qu’il élabore, avec Alexandre Parvus, sa théorie de la Révolution permanente: «La tâche directe de la social-démocratie sera de parachever la révolution démocratique. Mais le parti du prolétariat, quand il aura conquis le pouvoir, ne pourra se borner à un programme démocratique. Il sera forcé d’entrer dans la voie des mesures socialistes. Le trajet qu’il pourra faire dans cette voie dépendra non seulement des rapports internes de nos forces, mais aussi de toute la situation internationale». Trotski acquiert un nouveau statut dans le monde révolutionnaire russe. Propagandiste très actif, il révèle des talents d’organisateur et d’orateur hors du commun. Rédacteur du journal Izvestia, l’organe du soviet de Saint-Petersbourg, il fait avancer de manière significative la cause révolutionnaire.

Un activisme de tous les instants à travers toute l’Europe

Cela lui vaut d’être une nouvelle fois condamné, en 1907. Destitué de tous ses droits civils, il est envoyé à vie en Sibérie. Sur le chemin de l’exil, il s’évade et rejoint l’Europe, dans des conditions que l’on a peine à imaginer (raid rocambolesque de sept cent kilomètres à travers la Sibérie, jusqu’à l’Oural, conduit par un éleveur de rennes notoirement alcoolique). Cette nouvelle immigration est pour Trotski l’occasion d’accroître encore son activité. Il va à la rencontre de tous les cercles d’étudiants russes dispersés en Europe occidentale. Il leur présente, lors de nombreuses conférences, ses conclusions sur la Révolution de 1905 et ses perspectives sur celle à venir. Installé à Vienne, il y publie La Pravda , qu’il envoie clandestinement en Russie. Il se lie avec d’autres révolutionnaires européens, comme Rosa Luxemburg. Il devient, durant la Première Guerre mondiale, correspondant de guerre dans les Balkans pour le journal Kievskaïa Mysl , puis pour Nashe slovo , qui est publié à Paris. Une expérience qui apprend beaucoup à Trotski, et qui lui est très utile au moment de conduire des affaires de guerre.

Chef d’orchestre du coup d’Etat de 1917

Les dernières années de cette riche période d’immigration, Trotski les vit à New York, ayant été expulsé de France. C’est aux Etats-Unis qu’il apprend la nouvelle de la Révolution de février, qu’il salue comme le début de la tant attendue Révolution permanente. Il revient alors en Russie. En juillet 1917, il se range définitivement du coté des bolchéviks, avec la volonté de renverser le gouvernement provisoire, qui a pris la décision de continuer la guerre, contre la volonté du peuple. Il est, avec Lénine, le principal instigateur du coup d’Etat d’octobre 1917, dont il sera le véritable chef d’orchestre. Difficile, alors, d’imaginer l’incroyable destin qui allait être le sien… ( LIRE LA SUITE ).

Toutes les citations de Trotski sont issues de sa biographie, Ma vie , Gallimard, 1953.

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