Les Français sont bons vivants mais mauvais en politique

Voici quelques clichés allemands, plus ou moins gros, sur la France.
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Un sondage réalisé en 2000 pour le magasine allemand Die Zeit, et publié il y a un an sur le site vupar.worldpress.com , révèle que dans leur très grande majorité, les Allemands jugent les Français créatifs et sympathiques, mais aussi nationalistes, peu respectueux de leur environnement et indisciplinés. Cette enquête est assez représentative de toutes les autres du même type, à savoir que les Allemands ont une opinion des Français assez favorable en ce qui concerne le style et le mode de vie, un peu moins en ce qui concerne la politique et l’organisation du pays.

« Vivre comme Dieu en France »

Paru en 2010, le livre Points de Vue – Sichtweisen , écrit par Frank Baasner, directeur de l’Institut franco-allemand de Ludwigsburg, confirme, en les nuançant et en les approfondissant, les résultats du sondage de Die Zeit. Il cite notamment cette expression « vivre comme Dieu en France », qui montre bien cette idée de bonheur de vivre, « toujours d’actualité en Allemagne » selon l’auteur, qui précise que cela est surtout lié au « savoir-faire culinaire français ». « L’idée du Français bon vivant persiste en Allemagne, on se l’imagine volontiers avec sa baguette et sa bouteille de rouge sous le bras ». Ces clichés se traduisent en chiffres puisque, comme le note Baasner, l’Allemagne est le plus grand importateur de fromage français, et le deuxième plus grand importateur de vin français.

« Les femmes françaises plus minces et raffinées que les Allemandes »

Au-delà de l’aspect purement culinaire, Frank Baasner note que cette image de l'Hexagone est aussi liée à celle des femmes françaises, beaucoup plus raffinées que les Allemandes. Une théorie qu’il expose, là aussi chiffres à l’appui, puisque d’après lui seulement 35% des femmes françaises dépasseraient l’indice de masse corporelle, contre 60% des allemandes. L’auteur y voit un signe que les Françaises prennent plus soin d’elles que leurs voisines, ou en tous cas, que c’est l’image qu’elles renvoient : « La Française jouit d’une réputation à l’image de sa capitale, Paris, synonyme de l’élégance, de la sophistication, du charme et de la féminité. Dans les grandes villes surtout, on peut rencontrer en effet ce type de femme française. Plutôt d’apparence frêle, rarement sans maquillage, le mascara appliqué dans le rétroviseur avant d’arriver au bureau, elle soigne son look ».

« La France est plus avancée que l’Allemagne en ce qui concerne l’intégration »

En plus de sa cuisine et de ses femmes, la France serait réputée Outre-Rhin pour son sens de l’intégration. « En France, on est plus avancé dans la prise de conscience collective de la diversité ethnique. Les immigrés sont constamment encouragés à demander leur naturalisation, on évite explicitement de mentionner l’origine des citoyens issus de l’immigration car on craint de les stigmatiser inutilement et d’en faire des citoyens à part », écrit Baasner, qui observe qu'en Allemagne, «il a fallu du temps pour que les immigrés ou leurs enfants nés dans le pays soient considérés comme membres à part entière de la société», et que cela n'est pas totalement le cas, aujourd'hui encore, contrairement à ce que l'on peut voir en France.

« Les discours de Sarkozy ne seraient jamais passés en Allemagne »

Ce discours est nuancé par celui de beaucoup d’observateurs, pour qui les récentes sorties du gouvernement français sur l’immigration, l’identité nationale ou les Roms ne seraient jamais passés en Allemagne. « Aucun chancelier allemand n’oserait tenir les mêmes propos que ceux tenus ces dernières semaines par Nicolas Sarkozy et certains ténors de l’UMP. Parce que conscients de leur histoire, la presse, l’opinion publique et les principaux partis allemands dénonceraient à l’unisson un discours à connotation nazie », écrivait le professeur Gilbert Casasus, spécialiste des relations franco-allemandes, dans Marianne en aout 2010.

« Les Français sont nuls en économie »

On retrouve dans cette analyse de Gilbert Casasus une tendance qui ressort, aussi bien dans le sondage de Die Zeit que dans le livre de Frank Baasner : si les Allemands admirent souvent les Français pour leur goût et leur manière de vivre, ils ne partagent pas du tout leurs visions politiques. Cela est encore plus vrai pour ce qui concerne l’économie. Un document publié par le site diploweb.com en 2001 est de ce point de vue assez révélateur : « Alors que les Allemands savent bien que la France arrive à des résultats économiques inférieurs de près d’un tiers, ils ne comprennent pas - voire n’admettent pas - que les Français affichent encore des rêves de prestige et de politique étrangère indépendante de la puissance américaine. Quoi qu’il arrive, les Allemands ont tendance à considérer que la France n’a - de toute façon - pas de véritable vision à proposer. Toutes ses prises de position sont donc, par définition, dépourvues de sens », peut-on y lire.

« Les Français sont arrogants et peu fiables »

Toujours sur ce site, on trouve les témoignages intéressants du journaliste anglais John Laughland, et de l’historien français Edouard Husson, qui tous deux connaissent bien l’Allemagne et ses relations avec la France. Pour le premier, « l’arrogance de la France paraît non seulement irritante mais paradoxale aux Allemands, compte tenu de l’incroyable soumission des gouvernements français aux autorités allemandes ». Le second remarque quant à lui que « Les Allemands voient trop souvent dans les Français des gens peu fiables qui ne tiennent pas toujours parole. Cela les choque et explique qu’ils aient parfois du mal à s’entendre avec la France ».

Sur ce dernier point, il confirme ce qu’écrit Baasner, qui note toutefois que ce genre d’idées reçues n’a tendance à resurgir qu’en période de tensions : « De manière générale, ingénieurs, managers et entrepreneurs français bénéficient d’une bonne réputation en Allemagne. Toutefois, les perceptions réciproques ne sont pas toujours objectives, et dès que des situations de tension apparaissent dans le travail de coopération, les clichés ont tendance à reprendre le dessus : "de toutes façons les Français ne sont pas fiables", "les Français sont superficiels" ».

Le reste du temps, les clichés et autres désaccords n’empêchent pas la France et l’Allemagne d’être, l’une pour l’autre, le premier partenaire commercial.

CONT12

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