Marc Chagall, peintre d'exception

Retour sur le parcours atypique d'un peintre qui a marqué l'histoire du XXème siècle.
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Dans le cadre des projets hors les murs réalisés par le Musée national d’Art moderne – Centre Pompidou, qui consistent à exposer certaines collections dans les grands musées en région, le Musée de Grenoble propose du 5 mars au 13 juin 2011 une exposition consacrée à Chagall et à l’avant-garde russe. A travers l’œuvre de Marc Chagall, le but est d’explorer l’histoire de l’avant-garde russe du début du XXe siècle, ses étapes successives et ses temps forts.

Le rôle important de l’avant-garde russe

Ce n’est pas un hasard si un peintre russe a été choisi pour parler de l’avant-garde dans les arts. Au début du XXe siècle, la Russie a en effet joué un rôle essentiel dans l’innovation artistique. Que ce soit en musique, avec Diaghiliev, Prokoviev et Stravinski, dont la première représentation du Sacre du printemps à Paris en 1913 provoqua un scandale, ou en peinture avec Malevitch, Kandisky et Chagall.

Chagall, l’inclassable

Ce dernier, né en 1887, est considéré parmi tous les artistes de l’avant-garde, comme un inclassable. Il ne peut être rattaché à un seul des mouvements nés de l’effervescence artistique de la fin du XIXe – début du XXe siècle, comme le néo-primitivisme, le rayonnisme, le suprématisme, le cubisme et autres. C’est ce que note Jacob Baal-Teshuva dans son livre Chagall , où il décrit le peintre comme « un promeneur solitaire dont l’œuvre intemporelle est aujourd’hui encore rebelle à toute tentative de classification ».

Une œuvre empreinte de mysticisme

Ce que Chagall apporte en plus, par rapport aux autres artistes de son époque, c’est sans doute le coté très mystique de beaucoup de ses œuvres. Le Musée Chagall de Nice est d’ailleurs entièrement consacré au Message biblique , œuvre de dix-sept toiles réalisé par le peintre. Cet attachement au religieux, Chagall le doit sans doute à ses origines. Né Moyshe Segall, il a en effet grandi à Vitebsk, en Biélorussie, une ville connue pour être une place forte du hassidisme, cette branche du Judaïsme qui constitue en quelque sorte une avant-garde religieuse puisqu’elle s’oppose aux conceptions très traditionnelles et académiques du Judaïsme, lui préférant une approche très joyeuse du rapport homme – Dieu.

Marqué par l’histoire de la communauté juive russe

Toujours d’après Baal-Teshuva, les origines de Chagall ont eu une influence décisive sur son œuvre : « il demeura fidèle à ses origines marquées par cet hassidisme féru de contes et d’histoires, panthéisme juif dont la foi dans le lien indissoluble entre Dieu et l’homme permet aux croyants de faire des miracles ». A l’image des Contes d’Odessa d’Isaak Babel , l’œuvre de Chagall puise son inspiration dans l’univers si particulier des Shtetls, ces quartiers juifs de la Russie tsariste, marqués par les pogromes. Cela est particulièrement visible sur des toiles comme Sabbat , Le Juif rouge ou encore Visite chez les grands-parents .

Son attachement au judaïsme n’empêche pas Chagall de peindre la crucifixion

Pour autant, cet attachement très fort au Judaïsme n’a pas empêché Chagall de briser les codes pourtant très stricts de sa communauté, en illustrant notamment la crucifixion, allant jusqu’à établir un parallèle entre le Christ en croix et les juifs persécutés ! Il faut dire que lorsque des motifs explicitement chrétiens apparaissent dans ses œuvres, Chagall a depuis longtemps été arraché à son environnement d’origine. Il s’est installé dans un premier temps à Saint-Pétersbourg, où il cherche à être reconnu en tant qu’artiste. Une tache d’autant plus ardue qu’à l’époque (en 1906), les Juifs n’ont pas les mêmes droits civiques que les autres Russes, et ne peuvent pas s’établir facilement dans les grandes villes ou fréquenter les écoles prestigieuses.

De Saint-Pétersbourg à Paris

A Saint-Pétersbourg, Chagall fait des rencontres décisives, comme celle de Max Vinaver, un député qui l’encourage moralement et financièrement, lui permettant de réaliser son rêve : quitter la Russie pour Paris. Malgré des débuts difficiles dans la capitale française, teintés de nostalgie pour son pays, la France deviendra sa « véritable patrie ». Paris inspirera nombre de ses toiles, et il y rencontrera les plus grands artistes du moment. La France lui offre une luminosité qu’il n’avait pas connue jusque là. Celle-ci modifie sa peinture, à tel point que Picasso dira de lui : « Après la mort de Matisse, Chagall est le seul artiste à avoir vraiment compris l’essence de la couleur ».

Amoureux de la France

Malgré un retour en Russie de 1914 à 1922, qui lui permettra d’assister à la Révolution, comme en témoigne sa toile du même nom peinte en 1937, et une période de huit ans où il vécut aux Etats-Unis (de 1941 à 1948), c’est en France qu’il passa la majeure partie de sa vie, et où il mourut en 1985. Il préféra avoir son musée dans son pays d’adoption plutôt qu’en Israël, et sa femme insista pour qu’il soit enterré au cimetière catholique de Saint-Paul-de-Vence plutôt qu’au cimetière juif de Nice. Ainsi, comme le note encore Baal-Teshuva, « c’est donc parmi des chrétiens que repose le plus grand peintre juif de tous les temps ».

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