Marine Le Pen - Jean-Luc Mélenchon: le duel

Les deux candidats, souvent qualifiés de populistes, se sont affrontés dans un débat animé ce matin sur RMC.

C’était un petit peu l’événement politique de ce début d’année, et peut-être aussi le premier grand débat médiatique de la campagne présidentielle de 2012. Ce matin, Jean-Jacques Bourdin recevait sur RMC-BFM Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Pour certains, c’était l’opposition de deux populistes, pour d’autres de deux « grandes gueules », de deux candidats « hors système » ou encore des deux personnalités qui montent en politique.

L’enjeu était de décrypter les différences entre deux personnages qui, bien que se déclarant totalement opposés l’un à l’autre, sont parfois décrits par les médias comme ayant des postures similaires. Pour certains journalistes, Mélenchon est même un « Le Pen de gauche » .

Le Pen soutenue par les ouvriers, Mélenchon par les artisans et commerçants

Ce qui est certain, c’est que le leader du Font de gauche et la présidente du Front national ont au moins en commun une revendication : celle de défendre les classes populaires. Jean-Jacques Bourdin a d’ailleurs amené les deux candidats sur ce terrain, en citant une enquête du CSA selon laquelle Marine Le Pen serait soutenue par les ouvriers, et Jean-Luc Mélenchon par les artisans et les commerçants. La n°1 du FN a alors cherché à discréditer son adversaire en le traitant de « rabatteur de voix pour Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn ».

Le Pen reproche à Mélenchon d’avoir participé à la « dégradation du pays »

Reprochant à Jean-Luc Mélenchon son ancienne appartenance au PS, elle l’a accusé d’avoir participé à la dégradation de la santé du pays : « Vous avez une lourde responsabilité dans la situation d’aujourd’hui. On ne peut pas régler les problèmes avec ceux qui les ont créés ». Et la présidente du FN de reprocher à Mélenchon de n’avoir pas démissionné de son poste de ministre lorsque le gouvernement auquel il appartenait a orchestré de grandes privatisations et pris des mesures antisociales.

Mélenchon défend le bilan de la gauche au pouvoir

Jean-Luc Mélenchon a riposté en défendant le bilan du programme commun de 1981, et en affirmant que le FN, en quarante ans d’existence, n’a « servi à rien » si ce n’est à « amener de la haine ». L’ancien ministre a ainsi rappelé que la gauche avait mis en place la retraite à 60 ans, les 35 heures, la 5e semaine de congés payés, la CMU, l’abolition de la peine de mort, ou encore la légalisation de l’homosexualité. Ce sont, d’après Mélenchon, ces avancées sociales significatives qui font qu’aujourd’hui les « syndicalistes vomissent Marine Le Pen et le FN », et que « la gauche fera toujours bloc contre le FN ».

Le Pen accuse Mélenchon d’être du côté du Medef

Concernant l’immigration, en revanche, Jean-Luc Mélenchon a dit ignorer les fameux propos de Georges Marchais , cités par Marine Le Pen, et a réaffirmé sa volonté de régulariser tous les immigrés sans papiers. Un combat qui a toujours été celui de la gauche, d’après Mélenchon, qui, en fin d’émission, citera même Jaurès à ce sujet. L’un des arguments avancé par le leader du Front de gauche est celui des maladies, expliquant que si l’on ne garantissait pas de protection minimum aux gens qui arrivent dans notre pays, nous nous exposerions à toutes sortes de contagions. D’après lui, les ouvriers et les employés, sur ce point, sont de son côté, car ils savent que les travailleurs sans papiers font baisser les salaires et constituent une concurrence déloyale. Pour Marine Le Pen, se prononcer en faveur de régularisations massives, c’est se placer du côté du Medef.

Mélenchon veut étendre la laïcité et reproche à Le Pen d’être « anti-musulmans »

Marine Le Pen a, comme à son habitude, dénoncé l’immigration massive, qui selon elle pose un problème non seulement économique, mais aussi du point de vue de la laïcité. « L’intégrisme musulman viole les règles de la république », a-t-elle déclaré, avant d’ajouter que « nier les racines chrétiennes de la France serait une absurdité (...) Aujourd’hui ce sont les intégristes musulmans (et non catholiques) qui posent problème », a conclu à ce sujet la présidente du FN. Jean-Luc Mélenchon a estimé, lui, qu’il n’y avait « pas de problème avec l’islam, mais avec une poignée d’intégristes », avant de reprocher à son interlocutrice de « faire le tri » entre bons et mauvais fanatismes religieux. « Vous avez une obsession anti-arabe et anti-musulmans », a-t-il ajouté avant de se prononcer en faveur d’une « loi pour étendre la laïcité ». Jean-Luc Mélenchon veut notamment stopper tout financement d’écoles religieuses par l’Etat, tandis que Marine Le Pen estime que les écoles sous contrat avec l’Etat doivent le rester.

Le Pen est contre l’euro

Sur le plan économique, Marine Le Pen a reconnu que les deux candidats partageaient une « dénonciation commune de l’Union européenne » tout en réaffirmant vouloir « quitter l’euro et mettre en place un système 1 euro =1 franc ». « C’est l’euro qui a créé la vie chère, qui est à l’origine du chômage, de la baisse du pouvoir d’achat, de la mise en concurrence déloyale de nos ouvriers et de nos employés », a affirmé la candidate frontiste, accusant son adversaire d’avoir défendu Maastricht lorsqu’il était ministre, et de continuer à défendre l’Union européenne alors que celle-ci est « ultralibérale et mondialiste ».

Mélenchon est pour un Smic européen

Jean-Luc Mélenchon s’est de nouveau opposé à l’abandon de l’euro, déclarant : « nous avons besoin d’une monnaie européenne ». Il s’est en revanche prononcé en faveur de la mise en place d’un « Smic européen, pour éviter la concurrence déloyale ». Le leader du Front de gauche veut que l’Europe, après avoir réussi à mettre en place une monnaie commune, crée aujourd’hui un système de « convergence sociale ». Vous voulez « aggraver la situation des travailleurs », lui a répondu Marine Le Pen, avant de lancer : « contrairement à monsieur Mélenchon, nous n’avons pas une vision libérale de la monnaie au FN ».

Le Pen reprend des idées de gauche

Par le même procédé de réappropriation de certaines grandes idées de gauche, Marine Le Pen a également appelé à un certain « contrôle de l’Etat sur l’économie », à la fiscalisation de la spéculation, et même à la « nationalisation-sanction » des banques qui ne respecteraient pas l’intérêt national, mais poursuivraient uniquement leur propre intérêt. La présidente frontiste n’a pas hésité à employer le terme de « révolution fiscale », affirmant la nécessité de « rééquilibrer le capital et le travail », et appelant l’Etat à prendre en charge une augmentation des salaires les plus modestes.

Mélenchon veut plafonner les salaires

A ce sujet, Jean-Luc Mélenchon a de nouveau exprimé sa volonté de fixer un salaire maximum pour les patrons, de façon à ce qu’il n’y ait « pas une entreprise où le salaire le plus haut soit 20 fois supérieur au plus bas ». De la même façon, le leader du Front de gauche estime qu’il « ne faut pas permettre à des gens de gagner 20 fois le revenu médian ».

Quand les Le Pen chantaient l’Internationale

Fidèle à eux-mêmes, les deux candidats se sont également affrontés sur le terrain des « petites phrases ». Mélenchon a comparé Marine Le Pen à Dracula, qu’il essaie de faire « fondre à la lumière ». Marine Le Pen a pour sa part qualifié son adversaire de « Yvette Horner de la politique », considérant que Mélenchon menait des combats d’arrière garde. De façon plus surprenante, la présidente frontiste a reconnu qu’elle chantait étant plus jeune l’Internationale avec son père, et que cette chanson participait aussi selon elle à l’identité française.

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