Marquée par Tchernobyl, la Russie regarde de près le Japon

Que ce soit sur le plan géographique ou émotionnel, les Russes sont très touchés par ce qui se passe à Fukushima.

Le monde entier a les yeux rivés sur la centrale de Fukushima. Une situation qui n’avait pas été vécue depuis 25 ans et la fameuse catastrophe de Tchernobyl. Même si pour le moment, on ignore encore si le désastre sera de même ampleur que celui qui avait eu lieu à l’époque en URSS, on ne peut s’empêcher de faire le parallèle. En Russie et en Ukraine, comme l’écrivait cette semaine le site 20minutes.fr , les « sombres souvenirs » ressurgissent. Cela donne lieu à de très nombreuses réactions, entre panique, admiration et solidarité.

Le sang-froid des Japonais impressionne les Russes

En premier lieu, ce qui frappe les Russes, c’est le courage dont font preuve leurs voisins asiatiques. « Les Japonais continuent de se conduire de façon étonnamment calme », notait aujourd’hui le journal Kommersant , qui remarque aussi que la plupart des citoyens russes résidant au Japon ont adopté le comportement local. Les représentants de la communauté russe de Tokyo ont même adressé hier un message à leurs concitoyens, invités à arrêter de paniquer. « Ceux qui se trouvent actuellement au Japon sont obligés de constater que la pression qu’ils reçoivent de leurs compatriotes et des médias russophones les affecte plus que les conséquences du tremblement de terre elles-mêmes ! », pouvait-on lire dans leur lettre ouverte.

Le traumatisme de Tchernobyl

Le sang-froid des Japonais suscite également l’admiration du journal Komsomolskaïa Pravda . « Les fiers samouraïs font preuve d’une dignité exceptionnelle. Les gens s’entraident sans vanité et sans mouvements superflus », peut-on lire dans un article qui rappelle par ailleurs, qu’en 2004, la rumeur d’un accident nucléaire avait circulé dans la région de Samara. Malgré un message officiel des autorités, expliquant que la centrale était simplement arrêtée pour une réparation planifiée, personne n’y avait cru et les gens s’étaient rués dans les pharmacies pour y acheter de l’iode. Cet épisode montre bien à quel point les Russes ont été traumatisés par Tchernobyl et ne font plus du tout confiance aux annonces officielles dans ce domaine.

L’Extrême orient russe tremble

Un autre exemple vient d’ailleurs d’illustrer cette tendance : malgré les informations officielles, selon lesquelles l’Extrême orient russe n’aurait pas été contaminé par les radiations en provenance du Japon voisin, les agences aériennes locales auraient été prises d’assaut par les habitants de la Sakhaline, de Khabarovsk et de Vladivostok. C’est en tous cas ce que déclarait hier l’Agence aérienne du Primorie au site er-portal.ru . D’après elle, il ne resterait plus de billets pour Moscou en provenance de l’Extrême orient. Une région qui, il est vrai, serait la première touchée par le pour l’instant non officiel nuage radioactif de Fukushima .

Les autorités russes font plus que jamais preuve de prudence

Si la panique gagne les citoyens russes, leurs dirigeants ne donnent pas non plus l’impression d’être très rassurés. «J'espère qu'il n'y aura pas de problèmes aussi graves, pas de tels cataclysmes en Russie et dans d'autres pays de la région », a ainsi déclaré hier Dmitri Medvedev, propos repris par Le Figaro . De son côté, le Premier ministre Vladimir Poutine a demandé au ministère de l’Energie, au ministère de la Nature et à l’Agence fédérale d’énergie atomique Rosatom de rendre, d’ici un mois, une analyse complète de la situation actuelle du nucléaire russe. Les autorités ont également appelé à une grande vigilance concernant la situation dans l’Extrême orient. Elles ont notamment demandé aux services douaniers de renforcer les contrôles de radioactivité sur tous les produits, bagages, courriers, moyens de transport et personnes en provenance du Japon.

Malgré le récent conflit au sujet des Kouriles, la Russie soutient à fond le Japon

Il faut dire que la Russie est bien placée pour comprendre et pour redouter ce qui arrive aujourd’hui au Japon, elle dont les installations nucléaires ont tant de fois été pointées du doigt depuis la catastrophe de Tchernobyl. Cela explique que Moscou ait immédiatement réagi à la tragédie japonaise. Dès le 11 mars, Dmitri Medvedev et Vladimir Poutine ont offert l’aide du pays à leur voisin nippon. Malgré le récent conflit entre les deux pays , les autorités ont immédiatement proposé leur assistance à Tokyo. Le mouvement pro-Kremlin Molodaïa gvardia a même décidé d’annuler un déplacement de militants aux Kouriles du sud en raison de la situation actuelle du Japon, ainsi que nous l’apprenait dimanche dernier Le Monde .

Autre signe fort, la très surprenante proposition de Vladimir Jirinovski. Souvent décrit en France comme un ultranationaliste ou un « Le Pen russe », ce dernier a en effet appelé les Japonais à « venir s’installer en Russie pour sauver leur nation », ainsi que le rapportait cette semaine le site rbc.ru . Toujours selon ce site, un tiers des Russes serait en faveur de cette idée, considérant que les Japonais sont « droits, intelligents et travailleurs ».

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